Affaire Penelope Fillon : François Fillon peut-il s’en sortir par la communication ? (et si oui, comment ?)

Affaire Penelope Fillon : François Fillon peut-il s’en sortir par la communication ? (et si oui, comment ?)

STRATÉGIE - Alors que François Fillon fait face à de nouvelles révélations sur la façon dont il a employé sa femme et ses enfants, LCI a demandé à Nicolas Boudot, conseiller en communication, d’analyser la ligne de défense du candidat républicain à l’élection présidentielle.

Pourra-t-il s’en sortir ? Ira-t-il, vraiment, "jusqu’au bout", comme il vient de l’affirmer ? François Fillon est en pleine tourmente, à la suite des révélations du Canard enchaîné sur l’emploi de sa femme, puis de ses enfants. Si, en soi, ces emplois ne sont pas forcément illégaux, le montant des sommes allouées fait tiquer. LCI a demandé à Nicolas Boudot, conseiller en communication, ce qu’il pensait de la ligne de défense du candidat Les Républicains à la présidentielle. 

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LCI : Depuis une semaine et l’enchaînement des révélations, la ligne de défense de François Fillon a évolué, sans qu'il parviennent pour l’instant à éteindre l'incendie. Quelles ont été ses erreurs ?

Nicolas Boudot : François Fillon a réagi en plusieurs temps. Première réaction d’abord, face aux caméras : celle de balayer ces accusations "misogynes", et de décrédibiliser la source. Cela n’a pas marché. Il a ensuite mis en œuvre une stratégie ultra-institutionnelle : le journal de 20h de TF1. Sauf que ce genre d’émission peut être mortelle. Depuis quinze ans, le nombre de politiques qui ont fait le 20h, ou des grands médias, puis ont disparu, est colossal. On se souvient de Michèle Alliot-Marie sur le dossier de ses vacances en Tunisie. Ou encore de Jérôme Cahuzac et ses promesses chez Bourdin.

Et là, François Fillon a raté son 20h, il a tendu une perche pour se faire battre, en disant : "Si je suis mis en examen, je ne me présente pas". Sur le fond, c’est plutôt habile, car il met la pression sur le juge. En effet, on imagine difficilement qu’un juge du parquet, qui dépend du ministère de la Justice, mette en examen un candidat à deux mois de l’élection présidentielle : la crise politique et institutionnelle qui en résulterait serait encore plus grave.  Sauf que pour l’opinion, parler de mise en examen, c’est déjà être coupable. Ce message n’a donc pas été entendu par l’opinion publique.

François Fillon a aussi révélé qu’il avait embauché ses enfants, pour déminer le terrain. Et finalement, cela s'est retourné contre lui.

Il savait que le dossier de ses enfants pouvait sortir, il a commencé à jouer une forme de transparence. Il n’a pas menti, mais il a eu le tort de ne pas être précis sur les détails, ce qui a permis aux médias de feuilletonner, d’en remettre des couches. 

Autre posture de François Fillon et de son entourage, celle de dénoncer un "complot", un "lynchage médiatique", comme lors de son meeting de la Villette dimanche. Est-ce efficace ?

C’est plutôt bien joué sur le coup. Car ce qu’on peut voir de la situation pour l’instant, est que la "bataille" se joue entre François Fillon et les médias, et pas avec ses opposants politiques. C’est un fait : pour l’instant, ni les équipes de Macron, ni de Hamon, ni encore celles du FN n’attaquent Fillon sur le dossier de sa femme. Pourquoi ? Soit parce qu’eux aussi ou leur entourage sont concernés - le FN doit payer une amende pour deux postes d'assistants parlemntaires fictifs au Parlement européen, on voit beaucoup la femme d'Emmanuel Macron -, soit parce qu’ils ne veulent pas ouvrir la question de la transparence de manière trop large. Les attaques viennent peut-être de l'opposition politique, mais pour l'instant, elles sont uniquement médiatiques : aucun ténor de l'opposition n'a pris la parole sur le sujet. François Fillon peut jouer là-dessus.

François Fillon pourrait s'en sortir en jouant l'opinion publique contre les médias- Nicolas Boudot

Mais justement, peut-on gagner face aux médias ?

C’est une question fondamentale, à laquelle il est difficile d’avoir une réponse. Mais si le débat reste entre Fillon et le monde médiatique, il pourrait s’en sortir en jouant l’opinion publique contre les médias : il y a un vrai sentiment de défiance dans la population, contre les élites. Et les médias font partie de ces élites.  

Pourtant, BFMTV sort un sondage ce mercredi en disant que 70% des Français ne sont pas convaincus par sa défense…

L’opinion publique est versatile. Elle se fonde sur les médias de masse, mais on ne peut pas considérer qu’elle soit très bien renseignée sur les détails de l’affaire, sur ce travail d’assistant parlementaire. Et tout dépend de la manière dont on présente les choses : 900.000 euros peuvent paraître une grosse somme, mais sur quinze ans, ce n’est pas la même chose que sur trois jours. De même, la somme de 3.000 euros peut paraître énorme à certains, mais plutôt normale à d’autres. 

Il y a aussi le fait que que ce travail d’assistant parlementaire est très compliqué à définir : sur 577 députés, il y a 577 façons de travailler différentes : c’est le député qui vous emploie, qui décide quelles sont vos tâches. Il faut également rappeler que parfois, les conjoints des politiques mettent leur propre carrière entre parenthèse, que la politique mange la vie privée, que cette embauche permet aussi à l’épouse qui aide d’avoir une retraite… Il y a donc sur l’interprétation de ce sujet la relativité et la subjectivité les plus absolues. 

Il lui faut maintenant trouver une astuce pour laver plus blanc- Nicolas Boudot

Comment François Fillon aurait-il pu échapper à cette déferlante ? 

La principale erreur de communication qu’il a faite est de ne pas avoir pris la mesure de l’importance, pour un candidat présidentiel à l’élection, de s’entourer d’une équipe de gens de confiance, à qui il faut absolument tout confier. A l'ère des réseaux sociaux, où la moindre révélation peut se transformer en tsunami, il faut s’entourer de spécialistes du digital, de spécialistes de la communication judiciaire, des relations presse et des relations publiques, des conseillers devant lesquels on fait le tour de son passé, de son présent, de tout ce qui peut ressortir : est-ce qu’on a ou a eu un compte bancaire à l’étranger ? Une maîtresse ? Fait travailler sa famille ? Eté attrapé pour un excès de vitesse ? Du point de vue médical, un dossier qui pourrait sortir ?

Aujourd’hui, en France, il faut pouvoir être transparent, se préparer à toutes les éventualités, faire sortir en amont certains sujets qui peuvent prendre des dimensions énormes et préparer des scénarios de crise. Alors que François Fillon a eu l’air, dans sa première prise de parole, de découvrir en direct, via les journalistes, les reproches qui lui étaient faits. Il n’était pas préparé, et n’a pas compris que l’opinion publique pouvait se braquer. Il lui faut maintenant trouver une astuce pour laver plus blanc.

Justement, que peut-il faire maintenant ? 

Il faut rappeler que faire travailler sa femme et ses enfants, s’il y a un travail effectif, n’est absolument pas une faute. Mais ce n’est plus accepté par l’opinion publique : le problème est là. Pour contourner cela, François Fillon aurait pu annoncer qu’il mettait sur un compte bancaire, confié à un avocat, l’équivalent de ce que son épouse a gagné. Et promettre que si jamais la justice considérait  que c’était un dû, il remettrait cet argent à des associations caritatives, par exemple. "Je sais que ce n’est pas illégal, d’ailleurs une cinquantaine de députés font la même chose, mais je comprends que l’opinion publique ne l’accepte pas, donc voilà ce que je fais" : voilà le discours qu'il faut avoir.  Pour moi, c’est le seul moyen de reprendre en main les choses.

Le fait que Penelope Fillon prenne la parole ne serait-il pas utile ?

Non. Cela ne servirait à rien, ce n’est pas elle qui est visée. Pour l’instant, lui s’érige en rempart devant elle, il la protège, et cette posture est plutôt bonne vis-à-vis de son électorat. En affirmant cet après-midi qu'il irait "jusqu'au bout", il coupe court aux tergiversations, ou aux vélléités de certains à droite qui se voient déjà comme successeurs, et il met la pression sur les juges. Cela est plutôt bien joué.

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