Affaire Richard Ferrand : quatre questions pour tout comprendre aux révélations qui plongent le ministre dans la tourmente

POLÉMIQUE - Mis en cause par le Canard enchaîné dans une affaire de location de locaux à l’époque où il dirigeait les Mutuelles de Bretagne, Richard Ferrand est soutenu par Matignon, qui estime que "son honnêteté n'est pas en cause". Mais la pression s'accroît sur le ministre de la Cohésion des territoires après l'ouverture d'une enquête préliminaire, ce jeudi, par le parquet de Brest. En quelques questions, LCI revient sur cette affaire qui touche un soutien de la première heure d'Emmanuel Macron.

Dans son édition du 24 mai, Le Canard enchaîné consacrait une enquête sur la façon dont les Mutuelles de Bretagne, un organisme à but non lucratif dont Richard Ferrand était le directeur, a loué des locaux à une société gérée par la compagne du ministre de la Cohésion des territoires. Depuis, d'autres révélations du Monde ont pointé "le mélange des genres" entre les vies privée et profesionnelle du ministre. 


De quoi parle-t-on ? Richard Ferrand a-t-il commis quelque chose d'illégal ? Risque-t-il de perdre son poste ? Demeure-t-il soutenu par l'exécutif ? Alors que la pression s'est encore accrue ce jeudi avec l'ouverture d'une enquête préliminaire dans l'affaire immobilière impliquant le Finistérien, LCI fait le tour de la question.

Que dit l'article du Canard enchaîné ?

Mardi 23 mai, l'impertinent volatile fait frémir les rédactions avec une enquête évoquant les affaires immobilières du couple Ferrand, du temps où le ministre de la Cohésion des Territoires était le directeur général des Mutuelles de Bretagne (de 1993 à 2012). Début 2011, le conseil d'administration de cet organisme choisit, parmi trois offres, un espace de 379m², pour y installer un nouveau centre de soins. Le local en question, loué 42.000 euros par an, est proposé par la Saca, une société civile immobilière sans statut légal, gérée par Sandrine Doucen, compagne de Richard Ferrand. Originalité : la SCI n'en est pas encore propriétaire. Ce n'est qu'après avoir remporté l'appel d'offres que la structure se constitue et fait l'achat du bâtiment, financé intégralement par prêt pour une somme de 402.000 euros. Grâce au montage, totalement légal rappelle le Canard, Sandrine Doucen pourra rembourser son emprunt en moins de 10 ans et voir les locaux intégralement rénovés, aux frais de la Mutuelle, pour un montant de 184.000 euros. 

Pourquoi ça pose un problème ?

Alors que le gouvernement communique régulièrement sur sa future loi portant sur la moralisation de la vie publique - projet dévoilé ce jeudi après-midi par François Bayrou -, l'arrangement révélé par Le Canard enchaîné tombe mal. Si rien dans les tractations n'est illégal, qu'il s'agit là d'argent privé et que le choix des Mutuelles répond à une logique financière ("C'était la proposition la moins chère", argumentait le ministre auprès du Canard), reste que le soupçon de favoritisme et de l'arrangement à but lucratif plane sur le passé de Richard Ferrand. Après le raz-de-marée qu'a constitué l'affaire des emplois présumés fictifs de l'affaire Fillon, le fait qu'une femme de ministre se soit constituée un patrimoine immobilier grâce au concours de l'organisme dirigé par son mari, pourrait poser un problème moral.

Que répondent le ministre et son entourage ?

Depuis la diffusion de l'article du Canard, la communication gouvernementale bat son plein. "Le sujet est connu depuis plusieurs années. [...]. Il ne s'agit pas d'argent public", avait d'emblée évacué le porte-parole de la République En Marche, Benjamin Griveaux sur France Info. Dans la soirée suivant la révélation, il avait mentionné auprès de LCI que "Richard Ferrand n'était pas membre du conseil d'administration. C'est un papier qui ne repose sur rien de sérieux. [...] On n'a de leçon à recevoir de personne." Il avait ensuite regretté le "trouble" que jette l'affaire sur les premières semaines du gouvernement et pointé l'existence d'un "corbeau". Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, avait de son côté reconnu, au micro d'Europe 1 : "Ça tombe mal, ça crée de la suspicion".  


Et le principal intéressé ? Tout en dénonçant des "dénonciations calomnieuses" - alors que Le Canard rappelait à plusieurs reprises que l'arrangement est légal -, il s'appuie sur la logique financière du choix (9 euros/m² contre 10 à 15/m² selon les prix du marché), a dès les premières révélations assuré que la décision avait "été prise dans la pleine connaissance des liens qui l'unissaient à la propriétaire des lieux" et rappelé qu'il n'a jamais été membre du conseil d'administration. Le ministre de la Cohésion des Territoires a également mis en avant la lettre du président des Mutuelles de Brest au Canard enchaîné, qui valide ces points de défense.  Mercredi, le candidat aux législatives REM dans le Finistère a de nouveau récusé toute irrégularité et exclu de démissionner. "Tout ce que j'ai fait dans ma vie professionnelle est légal, public, transparent", a-t-il plaidé. 

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Affaire Ferrand : "Il n'y aucun fondement juridique sérieux dans l'article du Canard enchainé" selon Griveaux

Richard Ferrand peut-il perdre son ministère ?

La question a été posée, et immédiatement écartée. Dès la matinée du 24 mai, Matignon avait évoqué le sujet et annoncé : "La question de la démission de Richard Ferrand ne se pose pas." L'ouverture ce jeudi matin d'une enquête préliminaire n'y change rien.  Sur LCI, Christophe Castaner a réagi en qualifiant cette enquête de "bonne nouvelle parce qu'elle va permettre de sortir du débat moral" et confirme que "la justice est libre et indépendante". "Aussi longtemps qu'il n'y a pas de mise en examen, il n'y a aucune raison de demander à M. Ferrand de quitter le gouvernement", a ensuite réaffirmé le Premier ministre Edouard Philippe, qui avait estimé la semaine dernière que l'élection législative à laquelle Richard Ferrand se présente dans le Finistère serait "un juge de paix". "Je ne ferai pas de commentaires", a pour sa part déclaré, toujours ce jeudi, le président de la République lors d'un déplacement en Bretagne. Emmanuel Macron avait appelé mercredi le gouvernement à la "solidarité", tout en estimant que la presse ne devait "pas devenir juge".

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Castaner sur l'affaire Ferrand : "L'ouverture de cette enquête préliminaire est une bonne nouvelle"

Cette défense du gouvernement est loin de convaincre l'opposition. A droite, on est toutefois divisé. S'étonnant du "silence troublant du président de la République", le secrétaire général de LR Bernard Accoyer a estimé que le ministre devrait être "mis en retrait du gouvernement" après l'ouverture de l'enquête préliminaire. "On ne va pas à chaque fois demander à quelqu'un de démissionner", a en revanche estimé le député du même parti Thierry Solère, tout en considérant que le ministre pourrait partir s'"il gêne le gouvernement".


De son côté, Marine Le Pen a critiqué la gestion de l'affaire par l'exécutif, dénonçant un "enrichissement personnel", qui "ressemble fichtrement à l'affaire Fillon". Razzy Hammadi, porte-parole du PS, apour sa part plaidé pour le "retrait" de Richard Ferrand, jugeant la position du gouvernement "intenable" voire "toxique", et la comparant à l'affaire Cahuzac. 

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