Assistants parlementaires du FN : les documents qui révéleraient un système "frauduleux"

Assistants parlementaires du FN : les documents qui révéleraient un système "frauduleux"
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FRAUDE - L'enquête sur les emplois présumés fictifs d'assistants parlementaires du Front national se poursuit. La justice soupçonne le parti d'avoir fait financer par le Parlement européen ses propres salariés. Une thèse corroborée par des documents perquisitionnés au siège du Front National, selon le Monde qui les révèle mercredi. Le parti dément fermement.

Au fur et à mesure des révélations, la défense du Front National se fissure. Le parti se défend depuis plusieurs mois d'avoir créé des emplois fictifs au sein du Parlement européen dans le but de financer des salariés travaillant pour son siège. Vingt assistants parlementaires sont dans le viseur de la justice française et européenne. 

Dans l'Hexagone, la justice a déjà mis en examen Catherine Griset pour avoir cumulé deux fonctions : cheffe de cabinet de Marine Le Pen et assistante accréditée (donc travaillant sur place, ndlr) à Bruxelles. L'enquête se poursuit pour déterminer les contours de l'affaire et l'ensemble des protagonistes. D'autres mises en examen sont donc à envisager.

Au niveau européen, le Parlement ponctionne la moitié de l'indemnité parlementaire de Marine Le Pen et de cinq autres députés frontistes (Bruno Gollnisch, Jean-Marie Le Pen, Mylène Troszczynski, Sophie Montel, Dominique Bilde), dans le but de rembourser les salaires d'assistants indûment versés. Une méthode utilisée lorsque les membres du Parlement jugés ne se soumettent pas au paiement de l'amende qui leur est réclamée. 

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Des documents saisis accuseraient clairement le fonctionnement du parti

Des documents saisis par les enquêteurs en charge du dossier lors de perquisitions menées au siège du parti les 17 février 2016 et 20 février 2017 vont, selon Le Monde, dans le sens de l'accusation : le FN aurait utilisé les fonds du Parlement européen pour financer les activités de son parti. Le quotidien en dévoile ce mercredi certains extraits. On y découvre ainsi qu'en juin 2013, Wallerand de Saint Just, le trésorier du FN, a envoyé un courriel à Marine Le Pen l'alertant "qu'"en 2013 les dépenses ont été mensuellement de 100.000 euros plus élevées que prévu". Sa solution : "Dans les années à venir et dans tous les cas de figure, nous ne nous en sortirons que si nous faisons des économies importantes grâce au Parlement européen et si nous obtenons des reversements supplémentaires." A cela s'ajoutent une dizaine de documents comptables mentionnant des " économies dues aux députés européens" ou des "économies européennes".

Autre document révélé qui fragilise l'argumentaire frontiste, un courrier adressé par le trésorier à Cotelec, le microparti de Jean-Marie Le Pen. Réclamant un prêt de "1 500 000 euros", il explique qu'un " point devra être fait lorsque les économies réalisées après l’élection européenne seront chiffrées exactement et lorsque les nouveaux reversements seront mis au point."

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Dans un rapport de synthèse remis aux magistrats, les policiers estiment, d'après Le Monde, que ces documents font "ressortir la mise en place d’un système frauduleux, impliquant plusieurs cadres du Front national". "Ainsi, il apparaissait que, depuis 2012, le FN avait pour leitmotiv, par l’intermédiaire de ses cadres et sur avis de sa présidente, la volonté de réaliser des économies grâce aux financements du Parlement européen", résume l'enquête.

Enfin, des mails concernant Charles Fourcade, graphiste au "Carré", le siège du parti mais aussi assistant parlementaire local de la députée Marie-Christine Boutonnet, pèseraient dans la balance. On y découvre, rapporte le journal, que lorsque l’assistant souhaitait obtenir son contrat de travail ou ses bulletins de salaire, il passait par l’intermédiaire d’une autre assistante parlementaire, Jeanne Pavard, également connue pour être une proche de Wallerand de Saint Just. 

Et ce n'est pas tout. Charles Fourcade s'adresse au n°2 du parti lorsqu'il réclame une hausse de salaire en mars 2015. Florian Philippot est effectivement son supérieur hiérarchique au siège, pourtant son salaire provient alors du Parlement européen. "Je n’ai constaté aucune revalorisation salariale sur mon bulletin de salaire du mois de février. Qu’en est-il, as-tu eu le temps d’en parler avec Marie-Christine Boutonnet ? Je te remercie de me confirmer que le montant de mon salaire sera modifié (revalorisé), comme convenu, pour le mois de mars", lui écrit-il. Le salarié a été mis en examen le 10 mars dernier pour recel d'abus de confiance.

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"Une très grave diffamation" selon Wallerand de Saint Just

Ces révélations du Monde ont fait bondir Wallerand de Saint Just. Dans un communiqué,  le trésorier du FN confirme la phrase qui le concerne, mais en conteste l'interprétation et dénonce "une très grave diffamation". "Ce journal ose en conclure qu’on trouverait là la preuve de la 'mise au point d’un système frauduleux'. Une telle accusation à partir de ce document est risible", écrit le patron du FN en Île-de-France. 

"Les économies que le FN anticipait portaient sur les salariés du Front National qui devenus députés français au Parlement européen allaient voir leurs contrats de travail s’interrompre ; les 'reversements supplémentaires' étaient ceux attendus des élus départementaux et régionaux dont le nombre devait augmenter considérablement vu les enquêtes d’opinion", soutient-il.

Des nouveaux éléments affluent depuis le début de l'enquête

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A la mi-mars, Aymeric Chauprade qui a claqué la porte du parti l'année dernière dévoilait dans différents médias et dans un livre coécrit par des journalistes de Marianne et Mediapart que le Front National avait mis au point un système très rentable : faire payer les salaires des employés du parti par le Parlement européen grâce à des emplois fictifs d'assistants parlementaires. Une situation dont Marine Le Pen serait selon lui pleinement consciente. Le député européen était d'ailleurs entendu mardi par les juges à ce sujet.

Quelques jours plus tôt, un autre ex-frontiste dénonçait un "système de corruption généralisé". Gaël Nofri, ancien conseiller de la candidate FN en 2012, aurait lui aussi bénéficier d'un emploi fictif pour éviter au parti de rémunérer son vrai poste. De janvier à avril 2012, il aurait reçu à son grand étonnement des fiches de paie du Parlement européen où il apparaissait comme assistant parlementaire de Jean-Marie Le Pen. Pourtant, il dit n'avoir  "jamais signé de contrat d’assistant parlementaire européen" pour le fondateur du parti.

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