"Oui, les sportifs ont un cerveau" : Aude Amadou, du hand à l'Hémicycle, histoire d'une (possible) reconversion

"Oui, les sportifs ont un cerveau" : Aude Amadou, du hand à l'Hémicycle, histoire d'une (possible) reconversion

ÉLECTIONS LÉGISLATIVES 2017
INTERVIEW – Ex-joueuse professionnelle de handball, passée par Nice et Toulon (D1/D2), Aude Amadou est désormais candidate dans la 4e circonscription de Loire-Atlantique, sous la bannière de la République en Marche. Elle détaille le cheminement qui l’a fait passer du sport à la politique.

Ça ne s’invente pas. Aude Amadou, du temps où elle foulait les parquets de la D1 et la D2 de handball, évoluait au poste… de demi-centre. Et la voilà aujourd’hui qui , à l’âge de 37 ans, figure parmi les nombreux candidats issus de la société civile (52% des 428 investitures) de la République en Marche aux élections législatives des 11 et 18 juin. En piste dans la 4e circonscription de Loire-Atlantique, elle évoque, pour LCI, l'origine de son engagement, et les liens, souvent méconnus, entre sport professionnel et politique. Des liens plus étroits qu’on ne pourrait le penser.

LCI : À quand remonte votre intérêt pour la politique ?

Aude Amadou : Ça m’a toujours intéressée !

LCI : Depuis l’enfance ?

Aude Amadou : (rires) Non, quand même pas. Disons que ça a commencé après avoir passé mon Bac, au début de ma vie étudiante. J’ai fait une classe préparatoire alors c’était assez naturel d’en parler avec mes camarades. C’était nouveau pour moi, vu qu’on en parlait nullement en famille.

LCI : Sachant qu’Emmanuel Macron se définit comme n’étant ni de droite ni de gauche, de quel côté penchiez-vous à l’origine ?

Aude Amadou : J’ai un ancrage plutôt à gauche, familialement parlant. Après, je me suis forgée des convictions à travers les rencontres que j’ai faites, et ce que j’ai fait dans ma vie. C’est ce qui m’a ensuite permis de me retrouver politiquement dans le parti d’Emmanuel Macron.

LCI : Vous ne vous retrouviez dans aucun parti auparavant ?

Aude Amadou : Non, vraiment. Le courant centriste tel qu’il existait avant ne m’avait pas autant convaincue.

LCI : Mais alors votiez-vous à gauche ou à droite ?

Aude Amadou : Ça dépendait des élections, du contexte, de ce dont la France avait besoin. Je n’ai pas toujours voté à gauche ou à droite (rires).

LCI : Avez-vous voté pour François Hollande en 2012 ?

Aude Amadou : Non.

LCI : Qu’est-ce qui vous a retenu de vous engager avant de rallier les Marcheurs fin 2016 ?

Aude Amadou : Je manquais sans doute de maturité. Mais surtout de temps. Être militant prend énormément de temps. Et on ne l’a pas quand on est sportif de haut niveau. Moi, quand je fais quelque chose, j’ai besoin de le faire à fond, sinon je ne le fais pas.

LCI : C’est donc la fin de votre carrière professionnelle qui vous a poussé à franchir le pas et à vous engager ?

Aude Amadou : Oui parce que, quand ça s’arrête, on s’ennuie un petit peu. Mais le mouvement, j’y suis allée par simple curiosité au départ, pour savoir ce qui se disait et si on allait enfin entrer dans l’action derrière. J’ai été séduite immédiatement. Au sein des comités, des ateliers ont été mis en place et on s’est vite rendu compte que ça remontait (jusqu’au candidat, ndlr). Ensuite, les actions de terrain sont arrivées et j’ai donc décidé de devenir militante. J’étais dans un comité, j’ai beaucoup tracté…

LCI : En quoi l’arrivée d’Emmanuel Macron dans le paysage politique a-t-elle changé la donne pour vous ?

Aude Amadou : J’ai vraiment vu un renouveau, justement dans le fait que le citoyen pouvait passer du rôle de spectateur à celui d’acteur.

LCI : Et qu’est-ce qui vous a conduit à candidater ? En avez-vous directement discuté avec Emmanuel Macron ?

Aude Amadou : Non non, j’en ai seulement discuté avec ma feuille blanche (rires). Je l’ai fait spontanément. Pour moi, le vote est un devoir citoyen, et là, l’ouverture de cette possibilité de participer à la vie publique, je l’ai aussi vue comme un devoir citoyen. Je me suis dit qu’il fallait que j’y aille, et qu’on verrait ensuite ce qui se passe.

LCI : Pensez-vous que votre profil de sportive a pu intéresser le mouvement ?

Aude Amadou : Oui, mais il n’y a pas que ça. En tout cas, ce n’est pas ce que j’ai mis en avant quand j’ai candidaté. J’ai plutôt mis en avant ma diversité, culturelle, vu que je suis quarteronne (née d'un parent blanc et d'un parent métis, ndlr), la diversité par rapport à mes études aussi (une école de commerce puis une spécialisation dans la communication et l’événementiel sportif, ndlr). Je suis issue d’un milieu modeste et, rapidement, j’ai réussi à l’école. Le sport, quant à lui, m’a apporté ses valeurs, et m’a accessoirement permis de payer mes études. Ce côté débrouillarde a sans doute plu. C’est le combat d’une vie, à petite échelle certes, mais il a fallu se battre.

LCI : Diriez-vous que la politique est un sujet tabou dans le monde du sport professionnel ?

Aude Amadou : Non, parce qu’on en parle entre coéquipiers. C’est la notoriété qui fait que c’est difficile. Quelques sportifs se sont positionnés mais le contexte est tendu, les gens en ont ras le bol qu’on leur donne des leçons de morale.

LCI : Un sportif professionnel ne peut-il pas mettre sa notoriété au service d’un parti ?

Aude Amadou : Je vais être caricaturale mais le sportif de haut niveau, tout le monde lui dit : "C’est cool ce que tu fais mais tu n’as pas de cerveau." Il ne faut pas se voiler la face, il y a énormément de préjugés. Déjà, être sportif, c’est très fatigant. Alors y ajouter un engagement politique… C’est compliqué. Ce n’est pas un tabou mais il y a de la retenue par rapport à tout ça. D’ailleurs, regardez cette campagne présidentielle : le sport a été oublié par tous les candidats. Il n’y avait rien dans les programmes. Heureusement, il y a eu Paris 2024. Le combat de Laura Flessel a pu être vu. Le sport fait partie de la vie publique. Chaque sportif est un citoyen et doit en avoir conscience.

LCI : Depuis que vous êtes en campagne, complètement plongée dans la politique, est-ce que vous trouvez des similitudes avec l’univers du sport professionnel ?

Aude Amadou : Pas dans la politique en général, mais dans mon parti, oui. Il y a un esprit d’équipe, une volonté d’action par le travail, un sentiment d’appartenance. Dans une équipe, c’est pareil : on vient tous de milieux différents, on peut ne pas aimer son coéquipier, mais ce qui importe, c’est de gagner, de porter un projet commun. C’est une similitude très, très forte.

LCI : Est-ce que votre passé de sportive vous aide dans l’exercice de cette campagne ?

Aude Amadou : Oui, parce que, comme dans le handball, mon statut et mon implication ont évolué. Quand j’ai commencé, j’ai observé, j’ai essayé de trouver ma place et ce que je pouvais apporter. Ensuite, je suis devenue importante dans l’équipe, en suivant les consignes. Enfin, avec l’investiture, mes actions ont une portée différente, il faut prendre des initiatives. Comme quand j’ai été capitaine (rires). Je me sens aussi à l’aise que quand je jouais. Je suis bien entourée et je n’ai aucun complexe.

LCI : Est-ce que vous envisagez de faire une longue carrière en politique ? Voyez-vous un peu plus loin que ce siège de députée que vous briguez ?

Aude Amadou : Ah non ! Enfin, on ne sait jamais de quoi est fait demain mais la politique, je pense qu’on la fait vivre, on n’en vit pas. Par exemple, moi, je suis nantaise et, depuis que je suis née, on vit avec le PS. J’ai 37 ans et ce sont toujours les mêmes têtes. Il faut que ça change et, à échelle locale, je suis concrètement confrontée à cette volonté de garder le pouvoir par l’exercice du pouvoir.

LCI : Pour finir, que vous inspire la nomination de Laura Flessel à la tête du ministère des Sports ?

Aude Amadou : Je trouve ça génial, parce que c’est une femme de terrain et d’action. C’est un signe fort de la part d’Emmanuel Macron. Elle représente le monde du sport et son palmarès parle pour elle. En tant que femme, elle a un très beau parcours et elle n’est jamais restée spectatrice. C’est une actrice et une combattante. Quand je la vois, ça me conforte dans mes choix. Je me dis qu’on est de la même famille et qu’on va dans une direction commune.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

La présidence Macron

Plus d'articles

Lire et commenter