Bayrou démissionne : cinq semaines, quatre mini-crises et puis s'en va

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TÊTU - Démissionnaire ce mercredi, le désormais ex-garde des Sceaux aura passé une bonne partie de son temps aux côtés d'Emmanuel Macron à créer la polémique au sein de l'exécutif.

Son passage express au gouvernement l'aura confirmé. François Bayrou est un animal décidément bien difficile à dompter. Après la droite et la gauche, c'est Emmanuel Macron qui en a fait le constat, après quelques mois de collaboration, depuis l'annonce de son soutien en février, jusqu'à sa démission, mercredi 21 juin. Mais ce sont surtout les dernières semaines qui ont vu les deux hommes s'éloigner.

Friture sur les investitures

Le premier coup de semonce est intervenu le soir même de l'annonce des investitures des candidats de la République en marche (REM), le 11 mai. Très insatisfait par le nombre de circonscriptions gagnables accordées au MoDem par la commission d'investiture du mouvement créé par Emmanuel Macron, il pousse un coup de gueule dans un communiqué le soir de l'annonce. "La liste des investitures publiées cet après-midi est celle du mouvement politique En Marche!, elle n'est en aucun cas celle à laquelle le MoDem a donné son assentiment", écrit-il, annonçant la convocation d'un bureau politique dans les 24 heures. 


Les ténors de la REM, à l'image de Benjamin Griveaux, font alors assaut de politesses pour plaire à l'allié présidentiel. "Les choses vont se détendre, il reste 150 circonscriptions à gagner". Sans oublier de remarquer que François Bayrou s'était défendu de toute manoeuvre électoraliste quand il avait rallié Emmanuel Macron, en février. Le soir même, il en remet une couche et compare le mouvement à une "lessiveuse" et constate que le parti est "à l'état gazeux". Les autres circonscriptions distribuées, les candidats bayrouistes obtiendront finalement 80 circonscriptions. François Bayrou et Richard Ferrand, alors secrétaire général d'En marche, qui auraient failli en venir aux mains le jour de l'investiture présidentielle, continueraient d'entretenir des rapports très froids. 

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Je mets mon nom quand même

Autre exemple de ce qu'on ne dicte pas sa conduite au ministre de la Justice avec sa loi devant apporter transparence et confiance chez nos élus. Don Quichotte de cette transformation du comportement des élus devant l'éternel, François Bayrou a une occasion en or de mettre le sujet au centre de l'attention. Celui qui est alors maire de Pau entend bien que ce projet, des plus ambitieux, porte le nom de "loi pour la moralisation de la vie publique". Sauf que deux noms, et pas des moindres, sont moins convaincus de l'opportunité du mot "moralisation". Le Premier ministre Edouard Philippe, qui craint que l'affaire qui touche Edouard Ferrand ne vienne entâcher le débat, et Emmanuel Macron, qui tranchera en faveur de son chef de gouvernement. Sauf que, le 1er juin, alors qu'il présente son projet de loi pour le rétablissement de la confiance dans notre démocratie, c'est bien installé derrière un panneau où s'inscrivent les mots "moralisation de la vie publique". Des "gamineries", sourira plus tard Macron, selon Le Canard enchaîné.

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Je "RT" ce que je veux

Le parquet de Paris a ouvert le 22 mars une enquête préliminaire pour "abus de confiance" à la suite d'une lettre de l'eurodéputée du Front national Sophie Montel dénonçant des emplois fictifs parmi les assistants parlementaires d'une vingtaine de députés européens. Parmi elle, sa fidèle de toujours Marielle de Sarnez. Cette dernière, devenue ministre des Affaires européennes, publie un communiqué pour se défendre. Le ministre de la Justice retweete la défense de la vice-présidente du MoDem. Un retweet qui a suscité des critiques de la part de magistrats. "J'ai pris soin d'effacer la mention garde des sceaux, c'est mon compte personnel qui compte 620.000 abonnés (...) J'ai trouvé à titre personnel que ces explications étaient utiles", a expliqué le ministre, estimant avoir "exercé [sa] liberté de citoyen individuelle". Une justification à laquelle devra réagir Christophe Castaner. Le porte-parole du gouvernement a exprimé des réserves et s’est interrogé sur "la gestion de nos réseaux sociaux et notamment sur cette fine limite qui peut exister entre les réseaux privés et publics". 

Je téléphone à la presse si je veux

Dernier exemple en date (et probablement pas le dernier, avec la séquence sur son appel à Radio France. Mécontent du comportement des journalistes enquêtant sur les soupçons d'emplois fictifs qui touchent son parti, le MoDem, François Bayrou passe un coup de téléphone "en tant que citoyen" au patron de la cellule d'investigation. Même s'il comprend "l'agacement" de son ministre, Edouard Philippe lui rappelle qu'"un ministre n'est pas animé par sa mauvais humeur". Manière de dire que les coups de sang contre les rédactions, surtout quand on entend moraliser la politique, peuvent s'apparenter à des pressions. La réponse ne tarde pas, renforçant l'impression que le ministre Bayrou n'est pas forcément le plus discipliné des soldats.

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Les deux hommes s'afficheront quelques jours plus tard, tout sourire, à la sortie du Conseil des ministres. Mais l'opération de communication fait long feu.

La fin de l'aventure ministérielle de François Bayrou interviendra finalement pour des motifs parallèles : après l'annonce de la démission de Sylvie Goulard et les rumeurs autour du départ de Marielle de Sarnez - les deux autres ministres MoDem du gouvernement - le garde des Sceaux, gêné aux entournures par une enquête portant sur des soupçons d'emplois fictifs dans son parti, n'a pas vraiment le choix de prendre ses cliques et ses claques. La situation est en effet difficilement tenable, pour celui qui porte un projet de loi de moralisation de la vie publique. Et ce, d'autant plus que l'Elysée se serait lassé de ses incartades. François Bayrou obtiendra quand même d'avoir le dernier mot : démissionner plutôt que d'être limogé.

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