Bygmalion : "manœuvre", "manipulation", que vaut la théorie du complot de Sarkozy ?

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L'affaire Bygmalion

ANALYSE - Lors de son meeting à Poissy (Yvelines), mardi soir, Nicolas Sarkozy a qualifié de "manipulation honteuse" son renvoi en correctionnelle dans l'affaire Bygmalion. Mais qui a vraiment intérêt à le voir tomber ?

C'est un classique chez Nicolas Sarkozy. A chaque fois que les ennuis judiciaires se profilent, l'ancien président crie à la "manipulation" et à "l'acharnement" contre sa personne. Après le renvoi en correctionnelle requis par le parquet de Paris dans l'affaire Bygmalion, le candidat à la primaire de la droite n'a pas hésité une seconde à rééditer cet argumentaire mardi soir à Poissy.

Aucune polémique, aucune manoeuvre, aucune manipulation, aussi honteuse soit-elle, ne me détournera d'un centimètre de ma volonté absolue de construire avec vous une alternance forte- Nicolas Sarkozy

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Affaire Bygmalion : Nicolas Sarkozy commente son renvoi en correctionnel

Tout à sa logique victimaire, il a ajouté : "Me décourager de ma passion de la France, c'est un travail inhumain, ce n'est pas possible." Ses soutiens ont adopté la même pose. Mardi également, son lieutenant Frédéric Péchenard, ex-directeur de la police nationale, allait encore plus loin sur France Inter

C'est bien évidemment un complot politique- Frédéric Péchenard

Argument de l'ancien flic devenu responsable Les Républicains : "La décision du parquet est un écran de fumée pour l'affaire Cahuzac." Sous-entendu : François Hollande aurait donné l'ordre aux magistrats d'accélérer le calendrier judiciaire pour masquer le procès en cours de l'ancien ministre des Finances, soupçonné de fraude fiscale.

L'argumentaire du camp Sarkozy en rappelle d'autres. En février 2016, après la mise en examen de l'ex-chef de l'Etat dans l'affaire du financement de sa campagne de 2012, le député Edouard Courtial volait à son secours en faisant mine de se demander chez Valeurs Actuelles pourquoi cette mise en examen survenait "alors que Nicolas Sarkozy vient de publier un livre et de participer à une émission télévisuelle à forte audience". Au passage : un sondage Elabe pour BFMTV montrait au même moment que 8 Français sur 10 ne croyaient pas à la théorie de l'acharnement judiciaire contre lui.

En juillet 2014, Nicolas Sarkozy, mis en examen dans l'affaire des écoutes de l'Elysée, avait fustigé sur TF1 et Europe 1  

"l’instrumentalisation politique d’une partie de la justice". 

Pourquoi la théorie du complot ne tient pas

Qui veut donc la peau de Nicolas Sarkozy ? Dans la rhétorique de son camp, la majorité socialiste (et donc François Hollande) userait d'influence auprès des magistrats pour faire chuter le candidat à la présidentielle. La stratégie est-elle crédible ? Pas vraiment. Comme le montre Le Plus de l'Obs, François Hollande aurait plus intérêt à faire tomber Alain Juppé, le favori à droite, car tous les sondages montrent que l'actuel président sortirait plus fort (ou un peu moins faible) d'un duel avec Nicolas Sarkozy qu'avec l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac. Cela vaudrait également pour Emmanuel Macron, si l'ex-ministre devait être le candidat de la majorité sortante, comme le montre notre sondage TNS Sofres-One Point

En outre, la théorie du complot se heurte au timing judiciaire : même si les juges d'instruction suivent la réquisition du parquet (ils ont un mois pour cela, rappelle Europe 1),  un appel est toujours possible auprès de la chambre de l'instruction. Des délais qui rendent impossible un procès avant l'élection présidentielle. Et si Nicolas Sarkozy est élu en mai 2017, il bénéficiera de l'immunité présidentielle

Qui a intérêt à voir tomber Sarkozy ?

Pour un candidat à la présidentielle, les ennuis judiciaires sont toutefois très malvenus en termes d'image. Mais qui aurait intérêt à le voir tomber avant mai 2017 ? Pas la gauche, mais plutôt la droite. En effet, ses opposants à la primaire n'hésiteront pas à utiliser l'argument de la probité - faisant fi de la présomption d'innocence - pour éliminer un candidat sérieux. L'illustration la plus flagrante est celle de son ancien Premier ministre, François Fillon, qui a lancé l'offensive la semaine dernière : 

Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen ?- François Fillon

Et il n'est pas le seul. "Mis en examen, je n'aurais jamais été candidat à la primaire", a notamment savouré lundi Jean-François Copé, heureux de ne pas figurer dans la liste des personnes renvoyées en correctionnelle dans l'affaire Bygmalion. Il a enfoncé le clou mercredi matin sur Radio Classique, exprimant sa "confiance" dans la justice française : "J’ai connu une période où [ma mise en cause] arrangeait tout le monde, et personne ne criait au complot". 

Dans son livre La France pour la vie, Nicolas Sarkozy disait se sentir "dans la peau d'un gibier, c'est-à-dire de celui qui, quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, devient à un instant donné coupable, forcément coupable". Sauf que les chasseurs sont peut-être dans son propre camp.

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