Affaire Fillon : retour sur ce feuilleton qui n'a pas fini de perturber la campagne

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L'affaire Penelope Fillon

RÉCAP - Alors que le candidat de la droite a confirmé mercredi 1er mars qu'il était convoqué par les juges en vue d'une mise en examen dans l'affaire des emplois présumés fictifs de Penelope, la femme de François Fillon, et de ses enfants, un point s'impose sur la chronologie de cette affaire. Un scandale qui met à mal la campagne de l'ancien Premier ministre à l'élection présidentielle.

Episode après épisode. Comme un mauvais feuilleton qui donne une image négative du monde politique ou des médias - tout dépend de quel bord on se place -, chaque jour, chaque semaine, "l'affaire Fillon" connaît un rebondissement. Au grès des révélations du Canard Enchaîné et des autres, ou du calendrier judiciaire, l'échéance électorale approche, et cette élection, qui dépend tout de même beaucoup du sort de François Fillon, semble toujours aussi incertaine. Alors, pour vous aider à y voir plus clair dans ce qui au départ était appelé "l'affaire Penelope Fillon", voici un petit retour en arrière sur ce feuilleton politico-judiciaire.

25 janvier : la bombe du Canard

Le Canard enchaîné révèle dans son édition du 25 janvier que Penelope Fillon a été rémunérée, entre 1998 et 2007, comme attachée parlementaire de son mari ou de son suppléant Marc Joulaud, sur l'enveloppe réservée à cet effet pour les parlementaires. Au total, elle aurait reçu 500.000 euros brut. De mai 2012 à décembre 2013, elle aurait par ailleurs reçu 5000 euros brut par mois de la Revue des deux mondes, dirigée par un ami de son mari, Marc Ladreit de Lacharrière, pour un travail dont la réalité est mise en doute. Le parquet national financier (PNF), soupçonnant des emplois fictifs, ouvre aussitôt une enquête préliminaire pour "détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits".

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26 janvier : riposte de Fillon au JT de TF1

Au soir des révélations du Canard, le candidat de la droite à la présidentielle réagit : "La séquence des boules puantes est ouverte", dit-il. Le lendemain, au 20H de TF1, il assure qu'"il n'y pas le moindre doute" sur l'emploi "légal" et "réel" de sa femme comme collaboratrice. Il annonce avoir également rémunéré ses enfants pour des missions ponctuelles et ajoute qu'il se retirera seulement s'il est mis en examen.

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30 janvier : les époux Fillon entendus

Le 30 janvier, M. Fillon, son épouse et M. Ladreit de Lacharrière sont entendus par la police, qui s'est déjà rendue le 28 à l'Assemblée nationale et à la Revue des deux mondes pour y chercher des documents, rapporte l'AFP. Le Canard enchaîné, dans son édition du 1er février, affirme que Mme Fillon a touché au total plus de 900.000 euros brut. Soit 831.440 euros brut comme assistante parlementaire pour les périodes 1988-1990, 1998-2002, 2002-2007 et 2012-2013. Ainsi que 100.000 euros à la Revue des deux mondes pour la période mai 2012-décembre 2013. Les deux enfants rémunérés comme assistants parlementaires en 2005-2007 auraient perçu 84.000 euros brut. M. Fillon dénonce "un coup d’État institutionnel" contre sa candidature, venu "de la gauche".

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1er février : la droite doute de son champion

Le 1er février, un sondage donne M. Fillon éliminé au premier tour de la présidentielle. La question d'une solution de rechange agite en privé les esprits à droite. Le 2 février, sur France 2, l'émission "Envoyé spécial" diffuse des extraits d'un entretien accordé en mai 2007 par Penelope Fillon au Daily Telegraph, dans lequel elle déclare n'avoir "jamais été l'assistante" ni s'"occuper de la communication" de son mari. Du côté des Républicains, si en public on fait front, dans les coulisses, tout le monde cherche un recours en cas de défection de François Fillon. 

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Le 6 février : la conférence de presse

Le 6 février devant la presse, M. Fillon répète que son épouse et ses enfants ont réellement travaillé et que "tous les faits évoqués" étaient "légaux et transparents".  Il présente ses "excuses" aux Français pour avoir fait travailler sa famille mais conteste à quiconque le droit de revenir sur le choix de la primaire. Il souligne qu'il n'y a pas de "plan B" à sa candidature. L'exercice périlleux de l'opération "vérité" semble dans un premier temps réussi pour l'ancien Premier ministre, mais les premières enquêtes d'opinion dès le lendemain montrent qu'il n'a pas convaincu.

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Le 7 février : la campagne malgré tout

Affirmant qu'une "nouvelle campagne commence", François Fillon repart sur le terrain et décide de contre-attaquer. Alors qu'au début de l'affaire, le candidat LR avait affirmé sa hâte d'être entendu par le parquet national financier, le 9 février, ses avocats demandent à cette instance de se dessaisir de l'enquête en cours. Pendant sa conférence de presse, d'ailleurs, Fillon avait remis en cause la compétence du PNF, affirmant que ce n'étaient "pas les bonnes instances" qui enquêtaient. Face à la fronde à droite qui ne cesse pas, et à l'accueil souvent hostile des électeurs, François Fillon répète à l'envi qu'il n'y a pas de "solution alternative". Mais il appelle Nicolas Sarkozy à la rescousse et tente de relancer sa campagne.

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Le 16 février : "les investigations vont se poursuivre"

Avec pas mal d'avance sur le calendrier prévu, le 16 février, le PNF, qui vient de recevoir le rapport de police concernant l'enquête, annonce qu'il n'envisage pas "en l'état" de classement sans suite et que "les investigations vont se poursuivre". "Rien de nouveau" dans cette déclaration, selon François Fillon, qui s'en "remet au seul jugement des urnes". Car vu le tempo judiciaire, le candidat de la droite sait maintenant qu'il ne sera pas mis en examen d'ici le 17 mars prochain, et la date limite du dépôt officiel des candaditure à l'élection présidentielle. Sa campagne peut se poursuivre, et le feuilleton de "l'affaire Fillon" aussi.

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24 février : la justice accélère

La rumeur disant que le PNF allait communiquer bruissait depuis déjà plusieurs heures. Et le communiqué du parquet national financier est tombé alors que François Fillon tenait un meeting à Maison-Alfort (Val-de-Marne)... Pas de quoi provoquer une réaction du candidat de la droite devant ses troupes, mais, assurément, un nouveau coup dur à encaisser pour lui. Car le parquet a décidé d'ouvrir une information judiciaire pour "détournement de fonds publics, abus de biens sociaux, complicité et recel de ces délits, trafic d'influence et manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité sur la transparence de la vie publique". Et des juges d'instruction vont donc enquêter sur les soupçons d'emplois fictifs visant la famille de l'ancien Premier ministre. 

1er mars : le coup du lapin et de la mise en examen

Une annulation à la dernière minute et une conférence de presse convoquée quelques heures plus tard pour expliquer les raisons de son absence, si la visite de François Fillon au Salon de l'agriculture était de toute façon annoncée comme agitée, cette jounrée a pris un tournant totalement inattendu. Car le candidat de la droite a appris par ses avocats qu'il allait être mis en examen. Mais pas de quoi faire dévier l'ancien Premier ministre de sa ligne de conduite, voulant qu'il ne reconnaissait pas les faits qui lui étaient reprochés et que, donc, il ne se soumettrait qu'à une chose : le choix des Français, via le suffrage universel. Evoquant "'un assassinat politique", Fillon a alors répété devant les médias et le pays : "Je ne me retirerai pas, j'irai jusqu'au bout. Je vous demande de me suivre". Un peu plus tard durant ce 1er mars un peu fou, on apprenait que Penelope Fillon était également convoquée chez les juges d'instruction en vue d'une mise en examen. 

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5 mars : rassemblement place du Tracodéro

Lancé dans la foulée de la conférence de presse de François Fillon durant laquelle il a confirmé avoir reçu une convocation des juges, ce rassemblement des soutiens du candidat de la droite se voulait comme une démonstration de force. Contesté dans son propre camp, et abandonné par une partie de son staff, l'ancien Premier ministre a visiblement rempli son contrat. Puisque les premiers chiffrages - allant de 40.000 à 200.000 personnes présentes - vont au-delà des objectifs annoncés par les organisateurs. Au micro, et parfois sous une pluie battante, Fillon, entouré de ses proches et même de Penelope, a répété qu'il ne se laisserait pas intimider par les attaques et a une nouvelle fois admis ses "erreurs". Surtout, il a mis sa famille politique devant ses responsabilités : "Mon examen de conscience, je l'ai fait. Il vous revient de faire le vôtre", a-t-il notamment lancé aux dirigeants du parti les Républicains. Ces derniers se réunissent d'ailleurs lundi pour un comité politique avancé de 24 heures, afin "d'évaluer la situation". 

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14 mars : la mise en examen

Alors que François Fillon rendait visite aux chasseurs, à l'occasion de l'assemblée générale de la Fédération nationale, tombait la nouvelle de sa mise en examen pour détournement de fonds public, complicité et recel de détournement de fonds publics, complicité et recel d’abus de biens sociaux et manquement aux obligations de déclaration devant la Haute autorité pour la transparence de la vie publique de l'Assemblée nationale. Une annonce qui aurait pu doucher l'enthousiasme du candidat de la droite, qui est pourtant resté très détendu, voire rieur, en compagnie de cet électorat qui penche traditionnellement à droite. Car l'ancien Premier ministre était évidemment au courant de cette accélération dans son calendrier judiciaire, vu qu'il a lui-même demandé à se rendre à son audition devant les juges dès le mardi 14 mars au matin. Histoire de couper l'herbe sous le pied de ceux qui attendaient de pied ferme sa convocation initialement prévue le lendemain.

21 mars : l'enquête élargie

Cette information révélée par Le Monde est un nouveau coup dur pour le candidat de la droite. Car d'après le quotidien, le parquet national financier a délivré jeudi 16 mars un réquisitoire supplétif pour "escroquerie aggravée, faux et usage de faux" aux juges d’instruction en charge de l’enquête sur les époux Fillon. Les enquêteurs souhaitant en savoir si le couple a pu produire des faux pour justifier les salaires de Penelope Fillon... Séquence toujours compliquée, donc, pour François Fillon. D'autant que dans le même temps, alors que l'ancien Premier ministre continue de s'accrocher à sa candidature, Bruno Le Roux a dû quitter la place Beauvau après les révélations sur l'emploi de ses filles à l'Assemblée.

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