Complotisme, islam et... Bilal Hassani : plongée dans les pages des candidats de "La ligne claire", le parti de Renaud Camus aux européennes

Karim Ouchikh (à gauche) et Renaud Camus (à droite) ont lancé la liste d'extrême-droite "La Ligne Claire" aux élections européennes.
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A LA LOUPE - Les 34 listes candidates aux élections européennes du 26 mai prochain ont été annoncées et, parmi elles, plusieurs attirent l'attention. A commencer par "La Ligne claire", portée par le polémiste d'extrême droite Renaud Camus et le président du Siel, Karim Ouchikh. Derrière eux, 77 autres candidats plus ou moins actifs sur les réseaux sociaux, plus ou moins rompus à l'exercice politique. Plongée dans les pages Facebook publiques des candidats et candidates en lice sur cette liste anti-immigration.

Elle porte le numéro trois, sur trente-quatre, dans l'ordre d'affichage. La"Ligne claire", désormais candidate à l'élection au Parlement européen du 26 mai prochain, a de quoi intriguer. Car il n'y a pas si longtemps, en 2015, sa tête de liste, l'écrivain et théoricien du "Grand remplacement" Renaud Camus, était condamné en appel à une amende 4000 euros pour "provocation à la haine ou à la violence" contre les musulmans. Tout récemment encore, en avril 2019, la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) a annoncé saisir la justice à son encontre suite à un tweet dans lequel le polémiste d'extrême droite écrivait : "Une boîte de préservatifs offerte en Afrique c'est trois noyés en moins en Méditerranée, cent mille euros d'économie pour la Caf, deux cellules de prisons libérées et trois centimètres de banquise préservée".

Néanmoins, parce qu'elle présente des candidats à parité et parce que Renaud Camus n'a pas été frappé d'inéligibilité, cette liste a pu être enregistrée de manière tout à fait régulière auprès du ministère de l'Intérieur. Ainsi, la "Ligne claire", apprend-t-on sur le site du Conseil national de la résistance européenne (CNRE), micro-parti de Renaud Camus, émane d'une action conjointe entre l'écrivain et Karim Ouchikh, président du Siel - pour "Souverainté, Identité et Libertés" - autre micro-parti d'extrême droite. A leurs côtés, 77 colistiers et colistières, dont la volonté commune est d'interdire toute immigration, estimant que la "France est envahie". Mais au-delà des ambitions affichées, à quoi ressemblent et de quoi parlent ces candidats, désormais liés à une personnalité controversée ?  

Gilets jaunes, Vincent Lambert et beaucoup d'églises

Sur Facebook, certains colistiers affichent un profil public et plus ou moins actif. Des profils tantôt aux allures de candidats professionnels, avec écrits quotidiens, professions de foi, et d'autres plus hétéroclites, où se mêlent pamphlets anti-islam, tutos "brico-sympa" et recettes de thé Matcha. Sur les pages de ces candidats qui se présentent comme élus, auto-entrepreneurs, secrétaires ou encore adjoints de sécurité, se dessine néanmoins une ligne globale. On retrouve ainsi régulièrement abordée l'actualité du mouvement des Gilets jaunes - d'ailleurs, ce n'est pas un hasard, la numéro 2 de cette liste n'est autre que Florina Lignier, jeune manifestante qui a perdu un œil dans la mobilisation. 

Très présent aussi, le débat sur l'euthanasie à travers le cas Vincent Lambert, dont le médecin a annoncé dernièrement qu'il arrêterait les soins dans la semaine du 20 mai, après l'arrêt du Conseil d'Etat. En bonne position dans les statuts partagés revient également le thème de l'islam. Catherine Dorten, numéro 10 sur la liste, déplore ainsi que l'on "prône une 'inclusion' qui transforme notre territoire en fiefs asservis à un islam plus ou moins intégriste." Or, selon elle, "l'islam est incompatible s'il est suivi à la lettre avec une société judéo-chrétienne". Une rhétorique en phase avec les écrits de Renaud Camus et sa théorie du "Grand Remplacement". 

Autre sujet très marqué : le "patrimoine chrétien" de la France et le vandalisme des églises catholiques. L'incendie de Notre-Dame est évoqué, surtout sous le prisme de la suspicion. Ainsi, sur nombre de pages de candidats, les déclarations des autorités sont remises en cause et l'origine accidentelle de l'incendie pour le moins relativisée. On retrouve ainsi les thèses complotistes voulant prouver la présence d'individus suspects en haut des tours (ci-dessous, il s'agit pourtant bien d'un pompier).

D'autres posts semblent tracer un lien entre l'incendie et "les Allah Akbar qui parsèment la toile depuis un jour et demi", ou bien soulignent "ces milliers 'd'Amine', de 'Ryad', de 'Brahim', qui 'postent' sur les réseaux sociaux des émoticônes de visages rieurs, des cœurs roses et des pouces levés".

Une autre candidate, toujours à propos de l'incendie de Notre-Dame, partage un message s'interrogeant sur la présence de deux jeunes hommes, sourire aux lèvres, devant la cathédrale en feu. Une image là encore très relayée par l'extrême droite, montrant en réalité deux étudiants photographiés au mauvais moment et désormais pris pour cible et victimes de racisme sur les réseaux sociaux. Contactée par LCI à propos de cette publication, Elisabeth Lalesart, numéro 30 sur la liste, explique que "les images et les photos nous inspirent, illustrent des choses ou nous parlent, et elles suscitent des interrogations". 

Par ailleurs, nous avons retrouvé sur certaines pages de colistiers de la "Ligne claire" des publications encore plus sulfureuses. Ici une candidate, numéro 34, s'adresse "à tous les Toufik, Babacar et autres connardos pas référencés dans le calendrier grégorien", ajoutant : "Je vous hais et vous conchie". 

Marlène Schiappa et Bilal Hassani

Certains colistiers ont aussi leurs têtes, plus médiatiques, celles-là. La secrétaire d'Etat Marlène Schiappa, par exemple, est pointée du doigt par Bruno Lafourcade. Auteur de plusieurs livres, numéro 9 sur la liste "Ligne claire" et par ailleurs très actif sur Facebook, il écrit à son propos, en commentaire, qu'elle "pouffiasse tout ce qu'elle touche".

Autre compte, autre cible. Julien Havasi, membre du SIEL et numéro 7 sur la liste, s'en prend quant à lui à Bilal Hassani et Conchita Wurst, dans un article véhément. En-dessous, plusieurs commentaires injurieux sont laissés par des internautes sans lien apparent avec la "ligne claire". L'un d'entre eux écrit : "A empaler sur un pieu". Dans les 'likes', on retrouve le pouce levé de Julien Havasi. 

Il est à noter que ces dernières publications ne sont aujourd'hui plus en ligne. Entre lundi et mardi 14 mai, Bruno Lafourcade a restreint les accès à son compte, tandis que Christine Le Guen et Julien Havasi ont respectivement supprimé les posts ou likes épinglés. Et ce... après que nous avons sollicité une réaction de Renaud Camus sur l'activité en ligne de ses ouailles. Celui-ci, par retour de mail, a pris acte de "ces divers débordements, inégalement déplaisants". Et d'ajouter : "J'imagine que leurs auteurs, que je vais prévenir, auront à cœur de revenir dessus, s'ils le jugent opportun". 

Et c'est en effet ce que plusieurs d'entre eux ont fait ! Ainsi, Christine Le Guen, nous explique avoir "écrit ce post le soir de l’incendie de Notre-Dame. J’étais comme l’immense majorité de mes concitoyens, abasourdie, choquée, effondrée. Au fur et à mesure de la soirée, des vidéos étaient diffusées et commentées en direct. L’époque est au raccourci et à la mode des smileys. L’événement aurait dû être à la colère et à la tristesse. Mais certaines personnes l’ont trouvé drôle, inondant la toile de smileys amusés et de commentaires déplacés. Ce post était un cri de colère contre ces gens qui se gaussaient de ce drame national. Maladroit, sûrement. Déplacé, sûrement." Elle précise encore : " Cette parole est celle de Christine, personne touchée dans son cœur par cet événement, et pas Christine Le Guen, colistière de la Ligne Claire. Je n’étais, à cette période, pas candidate pour cette liste qui n’était, en outre, pas encore déposée."

Ménage dans les likes

De son côté, Julien Havasi a lui aussi été, en interne, "sommé  d'éclairer cette zone d'ombre". A propos de son like pour le moins étrange, il se justifie: "Je suis allé vérifier et j'ai effectivement bien 'liké' ce commentaire odieux pour ne pas dire insupportable". Le candidat avance par ailleurs plusieurs explications à son geste : "Par respect pour les personnes qui participent aux débats que j'organise sur mon profil Facebook, j'utilise la commande 'liker' tel un marqueur pour signifier que j'ai vu ou lu les commentaires, ce qui ne signifie pas que je les approuve (...)" Il poursuit : " Évidemment, je ne 'like' jamais les commentaires faisant appel à la violence ou soutenant des thèses hiérarchisantes. (...)" Et encore : "Puisque j'utilise mon téléphone en même temps que je cuisine par exemple, où que je mange, il m'arrive parfois en faisant défiler l'écran, d'appliquer des commandes involontaires comme 'liker' un commentaire quelconque. Au vu du contenu de celui-ci, ça ne peut être qu'un accident, jamais de ma vie, je n'ai plus tenir un tel propos, c'est contraire à mes valeurs, à ma foi et à mon éducation."

Sollicités, Marcel Meyer, André Zuliani, Bruno Lafourcade n'ont quant à eux pas donné suite. Mais à propos de la sortie de Bruno Lafourcade sur Marlène Schiappa, Renaud Camus tente toutefois : "C’est fâcheux. Cela dit, 'pouffiasse', et variations sur ce thème-là, ce n’est certes pas mon style, et n’est pas galant,  mais ça ne me semble pas dépasser, chez un écrivain un peu remonté, et je conçois qu’on puisse l’être, en l’occurrence, les limites de la liberté d’expression. Au regard de tout ce que je subis quotidiennement de haine, d’insultes, de diffamations et d’invitations au suicide, moi, ça ne me paraît pas trop méchant." L'intéressée appréciera. 

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