De l'espoir au désarroi... le grand huit du Parti socialiste à Marseille

De l'espoir au désarroi... le grand huit du Parti socialiste à Marseille

DirectLCI
MUNICIPALES – Le Parti socialiste à Marseille a été sévèrement battu dimanche soir aux élections municipales. Une défaite dont les causes sont multiples et qui augure des lendemains difficiles.

En moins d’un an, les socialistes marseillais auront connu toutes les émotions. Portés par la victoire aux législatives en 2012 dans le département, ils pouvaient légitimement croire en leurs chances pour les municipales. Un enjeu local scruté à la loupe par le gouvernement, bien décidé à faire de Marseille une ville symbole en cas de victoire. Sous les conseils du Premier secrétaire, Harlem Désir, la désignation du candidat pour la mairie devait se faire sur la base de primaires . Ce qui a marché pour l’élection de François Hollande, devait marcher dans la deuxième ville de France.

Mais Marseille n’est pas la France. Et ce mode de scrutin n’a pas eu les mêmes effets escomptés. L’appel à l’union sacrée derrière le vainqueur des primaires, Patrick Mennucci, a rapidement sonné creux. La faute à une campagne interne sous haute tension à l’image des accusations de clientélisme portées par la Marie-Arlette Carlotti à l’encontre de Samia Ghali où de l’hostilité affichée par cette dernière contre le gouvernement socialiste.

Des primaires inefficaces

Des couacs qui ont laissé des traces. "Peut-être que des primaires locales sont trop vigoureuses parce qu’on se connaît très bien les uns les autres", a reconnu dimanche soir au siège de la fédération, Patrick Mennucci. "C’est vrai, j’ai rencontré dans la campagne parfois des personnes qui avaient voté aux primaires et qui ne voulaient pas voter pour le candidat, car ce n’était pas celui qui était sorti vainqueur. Evidemment c’est l’inverse du principe de ce scrutin", a-t-il poursuivi.

Mais réduire l’échec du PS aux municipales à cause de ces dissensions internes, est un raccourci un peu rapide. Dans un contexte national de fronde à l’égard du gouvernement socialiste, la venue des ministres à Marseille est loin d’avoir apporté l’élan pour la victoire. Jean-Claude Gaudin et sa théorie des courants l’avait senti. Les socialistes en ont payé le prix dimanche soir.

L’ombre de Guérini

À y regarder de plus près, les dissensions internes au Parti socialiste semblaient toutefois inévitables. Mise sous tutelle depuis un an, la fédération a cruellement manqué d’autorité pour rassembler les différentes têtes de liste durant la campagne des municipales. "Il faut la dissolution de l'appareil du parti socialiste" a d’ores et déjà plaidé dimanche soir, la candidate défaite dans le 3ème secteur Marie-Arlette Carlotti. "Notre parti ne s'est pas renouvelé et c'est une des causes de notre échec, constate-t-elle. Il doit pourtant changer ses pratiques, ses méthodes, ouvrir la voie à de nouvelles générations (...) pour le refonder sur des bases plus saines".

Des "bases plus saines" qui passent par la mise au ban, selon la ministre déléguée aux handicapées, du président du conseil général, Jean-Noël Guérini . "J'ai été la première à demander son exclusion du Parti socialiste pour l'ensemble de son œuvre. En présentant des listes contre nous dans tous les secteurs il a prouvé ses capacités de nuisance", déplore-t-elle. "En s'alliant à la droite (Lisette Narducci a fusionné ses listes avec l’UMP ), il a montré au grand jour sa totale absence de moralité".

Le "rêve" de Patrick Mennucci s’échappe

Un coup de poker que n’avait pas vu venir Patrick Mennucci. Lancé très tôt dans la campagne des municipales, le candidat s’est avant tout concentré sur l’élaboration de son programme. Un projet "clivant" regrettait un militant dimanche au siège de la fédération. "Il avait raison de vouloir réduire les pouvoirs du syndicat Force Ouvrière à la mairie, mais c’était peut-être un peu trop tôt. Il ne pouvait pas battre Gaudin et FO en même temps".

Lucide, Patrick Mennucci reconnaissait à quelques jours du 2ème tour que les électeurs "n’ont absolument pas voté sur le programme . Ça m’inspire un sentiment de regret, on était là pour le bien de la ville. J’ai fait une campagne sur le fond. Peut-être qu’on perdra, mais ce qu’on a fait comptera pour la suite", se persuadait-il voyant s’échapper le "rêve" de sa vie.

Un parti à reconstruire

Au lendemain des élections municipales, le Parti socialiste est laminé. "Il est en 1000 morceaux", déplore même l’ancien PS élu des 1er et 7ème arrondissements, Nassurdine Haïdari, éjecté des listes avant le 1er tour . "Mais je ne veux pas cracher sur Patrick Mennucci, corrige-t-il. Il faut prendre cette défaite collectivement. Le parti est blessé, mais il n’est pas mort. Il faudra juste trouver une nouvelle équipe, une nouvelle personne pour croire à nouveau au PS".

Prenant ses responsabilités, le candidat battu à assumer "personnellement cette défaite". Conscient de ne pas avoir créé l’union autour de son nom, il risque de rentrer dans une période de "purgatoire", analyse le politologue Richard Ghévontian . Seule solution pour le socialiste désormais : "reconstruire notre camp, c’est la tâche essentielle". Une reconstruction souhaitée par l’ensemble des socialistes Marseillais, mais la cicatrice laissée par les élections n’est pas près de se refermer dans un PS local déchiré.
 

Plus d'articles

Sur le même sujet

Lire et commenter