Présidentielle : pourquoi est-on moins surpris de voir le FN au second tour qu'en 2002 ?

DÉJÀ VU - Comme en 2002, le Front national est arrivé au second tour de la présidentielle. Mais quinze ans plus tard, ni stupeur ni gueule de bois. Et contrairement à Jacques Chirac avec Jean-Marie Le Pen, Emmanuel Macron va bien débattre avec son opposante FN, mercredi 3 mai sur TF1 et France 2. Simple question d’habitude ?

Vous avez sûrement gardé en mémoire cette fameuse soirée du 21 avril 2002. Peut-être vous souvenez-vous de la mine catastrophée de vos parents, ou de votre propre stupeur, à 20 heures, lorsque le nom de Jean-Marie Le Pen s’est affiché à côté de celui de Jacques Chirac, sur l’écran de la télévision. 


Peut-être avez-vous participé aux importantes manifestations spontanées qui ont empli les rues des grandes villes, après l’annonce des résultats. Si vos souvenirs sont troubles, regardez donc un peu ce qu’on a trouvé dans les archives de l'INA : ils étaient plus de 400.000 le 1er mai entre République et Nation, à Paris, "dans une ambiance bon enfant", "pour dire non à Le Pen".   

Pas de rassemblement populaire

Quinze ans plus tard, le contraste est saisissant. Certes, ce n’est pas le même Le Pen qui s’est affiché devant la France à 20 heures, mais c’est toujours le Front national. Forte de ses 21,3%, Marine Le Pen a brigué la deuxième place avec un total de 7,5 millions de voix. Soit 2,7 millions d'électeurs de plus que son père, voilà quinze ans. Immédiatement après sa qualification, la candidate frontiste a d'ailleurs évoqué, à juste titre, une "victoire historique". Et pourtant : dans les titres de presse ou dans la rue, la stupeur n'est plus là. Quelques centaines d'antifascistes se sont bien réunis place de la Bastille, à l'annonce des résultats. Mais la "nuit des barricades" qu'ils promettaient en réaction à un face-à-face Macron-Le Pen a rapidement été endiguée par les forces de l'ordre. Les échauffourrées ont fait deux blessés parmi les manifestants et abouti à quelques échanges de jets de bouteilles et de gaz lacrymogènes, mais le rassemblement populaire n'a pas eu lieu. 

A l'évidence, l'arrivée de Marine Le Pen au second tour n'a ni surpris, ni véritablement secoué. Mais pourquoi un tel changement depuis 2002 ? Pour Christèle Marchand-Lagier, maîtresse de conférence en sciences politiques à l’université d’Avignon et auteure de l’ouvrage Le Vote FN (éditions De Boeck Supérieur), c’est d’abord une question d’habitude. "Nous sommes dans le contexte d'une élection présidentielle ultra-médiatisée, nous explique-t-elle. Marine Le Pen a occupé une place jamais contestée dans cette campagne, ni par les médias, ni par les sondages. On s'est habitué à l'idée de la voir au second tour. C'est même l'inverse qui aurait été étonnant."

Sérieuse implantation locale

Elle poursuit sur la dédiabolisation du parti : "Par ailleurs, on parle souvent de la banalisation du Front national. Mais il ne s'agit pas seulement d'une stratégie électoraliste. Marine Le Pen a aussi été placée au coeur des discussions sur les enjeux de l'élection. Et c'est la même chose à chaque scrutin : on finit toujours par se demander combien de villes, de régions, seront désormais acquises au Front national."


Une impression de déjà-vu, de déjà-vécu, donc, mais pas que. En effet, en 2002, l'élément de surprise résidait aussi dans la façon dont Jean-Marie Le Pen s'était imposé au niveau local, dans des communes tournées à gauche ou aux mains de la droite républicaine. "Or depuis, il y a une défiance envers la classe politique traditionnelle qui a abouti à un enracinement local du Front national, dit encore Christèle Marchand-Lagier. Marine Le Pen bénéficie désormais d'une sérieuse implantation locale, dans le Nord ou en PACA. Et les bons scores qu'elle a réalisés dans ces coins de France n'ont surpris personne..." Démarche symbolique s'il en est, c'est d'ailleurs sur un marché de Rouvroy, dans le Pas-de-Calais, que Marine Le Pen a relancé sa campagne ce lundi matin. 

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