Marine Le Pen, championne des travailleurs ? Les votes des parlementaires FN la contredisent

DÉCRYPTAGE - Alors que la candidate du Front national ne cesse de clamer sa volonté de défendre les travailleurs français, certains votes des élus frontistes, au Parlement français comme à Bruxelles, font pourtant montre d'un décalage entre les paroles et les actes.

Ce devrait être un des enjeux majeurs du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, mercredi 3 mai, à quelques jours du second tour de la présidentielle. Qui, des deux candidats, pourra le mieux défendre les travailleurs. 


Par la voix de Marine Le Pen, le Front national a beau jeu de se présenter comme un parti défenseur des droits sociaux, là où le libéral Emmanuel Macron serait celui de la finance aveugle et de la mondialisation destructrice d’emplois. Une stratégie électorale appliquée pour capter au mieux les voix de la France insoumise, déchirée entre son rejet de l'extrême droite et celui des recettes libérales du candidat d'En Marche !.

Le FN, parti des travailleurs ?

Ce fut le cas à Whirlpool, cette usine amiénoise en grève depuis que sa délocalisation a été décidée par la direction du groupe, à la fin du mois de janvier 2017. Une usine qui fut le théâtre de ce que les médias ont coutume d'appeler "un tournant de la campagne". Le 27 avril, la candidate du parti d’extrême droite y avait fait sensation en débarquant de nulle part au milieu des piquets de grève de cet établissement de fabrication d’électroménager, tandis que son concurrent rencontrait les représentants des salariés.


"Je suis ici à ma place, exactement là où je dois être, au milieu des salariés de Whirlpool, au milieu de ces salariés qui résistent à cette mondialisation sauvage, à ce modèle économique qui est honteux, avait clamé Marine Le Pen. Je ne suis pas en train de manger des petits fours avec quelques représentants qui en réalité ne représentent qu'eux-mêmes."

Le FN au pouvoir, les tenants de la mondialisation et des délocalisations, les détricoteurs du droit du travail et, plus globalement, les ennemis du camp des travailleurs trouveraient donc à qui parler, à en croire la championne du protectionnisme économique.


Mais les annonces de Marine Le Pen, partisante d'une ligne protectionniste, souffrent d’un décalage avec le comportement des élus de son parti, parfois bien plus libéraux qu'elle, dans les assemblées où ils siègent, du Parlement européen au Sénat en passant par l’Assemblée nationale.

Loi Travail, la valse des amendements libéraux

Un décalage qu'illustre notamment l'attitude des élus lepénistes au moment du débat sur la loi Travail, que la candidate entend abroger. Marine Le Pen avait beau critiquer dans ce texte une ouverture à "la précarisation et à la dérégulation du travail", cela n'a pas empêché les élus de son propre camp de déposer des amendements pas franchement favorables à la protection des travailleurs, comme l’avait relevé Public Sénat à l’époque. 


Les sénateurs Stéphane Ravier et David Rachline avaient ainsi glissé des textes proposant la suppression du compte pénibilité et le relèvement des seuils sociaux de 50 à 100 salariés (tout comme leurs collègues de l’Assemblée nationale Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen). Ce qui aurait pour conséquence de diminuer les obligations des entreprises concernées à l’endroit de leurs employés (notamment l’obligation d’un comité d’entreprise ou la négociation syndicale pour le temps de travail, les salaires). 


Stéphane Ravier, le sénateur-maire de Marseille, avait aussi proposé de réduire à deux mois le délai de baisses de commandes ou du chiffre d’affaires nécessaire à justifier les licenciements économiques, là où le texte voté avait proposé un minimum de deux trimestres de baisse. Au Sénat, les amendements en question avaient été supprimés sur décision de Marine Le Pen en personne, les élus blâmant pour ces textes le travail d’assistants parlementaires trop zélés, rapportait Le Monde à l’époque.  A noter également que les quatre élus nationaux frontistes avaient également déposé un amendement visant à supprimer un article de la loi Travail assouplissant les conditions de dépôt de plainte pour harcèlement sexiste

Au niveau européen : une stratégie nihiliste

Mais Marine Le Pen elle-même n’est pas exempte de grands écarts non plus, comme le démontre le vote des parlementaires FN au sujet de la directive européenne sur les travailleurs détachés. La suppression de cette règle, qui autorise les entrepreneurs français à engager des employés non-Français avec les cotisations sociales de leur pays d’origine (donc moins élevées qu’en France), figure parmi les propositions-phare de Marine Le Pen. 


Mais comme l’avait souligné Jean-Luc Mélenchon lors du débat du 4 avril, les eurodéputés FN s’étaient abstenus lors du vote sur cette directive, en 2014. Du côté de Marine Le Pen, on s'en était expliqué en faisant valoir que l’on ne voulait pas s'exprimer "contre les contrôles" qui allaient avec cette directive.

D'autres votes pourraient être cités, tels ce refus d'un amendement sur la création d’un revenu minimum européen ou sur la mise en place d’un socle fondamental de droits sociaux, avait relevé le webzine spécialisé dans les luttes sociales BastaMag. Interrogé sur le sujet par France 24, le député européen Bernard Monot s'était défendu de la façon suivante : "Nous voulons la progression sociale, mais avec nos outils à nous". Une attitude qui avait même vu deux eurodéputés FN s'opposer à un texte sur la prévention des cancers professionnels.


Une entiéreté dans le comportement d'élu qui n'avait pas empêché la patronne du FN de se déplacer en séance plénière pour voter contre le Ceta, ce traité de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne, très critiqué par la gauche radicale. Un rare exemple que ne manquent pas de critiquer les adversaires du Front national. Emmanuel Macron saura-t-il prendre leur pas ?

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