Cannabis : légaliser ou réprimer ? Les propositions des candidats sur le marronnier de la présidentielle

ÉLECTIONS EUROPÉENNES 2019
STUPÉFIANT - Sujet redondant de n'importe quelle élection présidentielle, la légalisation du cannabis oppose toujours autant les candidats. Dépénalisation, "contraventionnalisation", légalisation... que proposent les candidats ? LCI fait le point.

C'est un enjeu de santé publique, en même temps qu'un enjeu de société. Que disent les candidats à la présidentielle au sujet de la légalisation du cannabis ? Cette plante concerne tout de même 1,4 million de consommateurs réguliers, selon les chiffres de l'Inpes, ce qui place la France au premier rang européen en la matière. Au total, 10,9 millions de Français ont déjà consommé du cannabis. Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, appelant à mettre fin au tout répresif, l'organisation de lobbying citoyen ECHO notait que le coût social du cannabis s'élevait à 1% du PIB national.

C'est aussi un enjeu sécurité publique. "En 2015, la présence de stupéfiants a été constatée dans 22,8 % des accidents mortels chez au moins un conducteur impliqué", rappelait le gouvernement dans son dernier bilan sur la sécurité routière. Le cocktail cannabis et alcool, continuait-il, "multiplie par au moins 15 le risque de causer un accident mortel". Ce marché, qui représentait 1,1 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2010, selon l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice, pose aussi des problèmes en matière de délinquance, comme en témoignent les multiples réglements de compte liés au trafic.

Alors, faut-il légaliser pour mieux encadrer la consommation, permettre aux personnes atteintes de maladies graves d'atténuer leur souffrance et s'offrir, par ailleurs, des recettes fiscales qui font le bonheur des Etats qui ont franchi le pas ? Dépénaliser pour mieux enrayer les trafics ? Ou s'en tenir à l'interdiction, étant donné les problèmes de santé publique que ce produit peut poser ?

Les "tout-répression" : Dupont-Aignan, Fillon et Le Pen

Pour ces trois candidats, l'évolution législative sur le cannabis est un non-sujet. Ainsi, aucun d'entre eux n'entend bouger de l'actuel cadre légal, qui punit l'usage, même récréatif, de 3750 euros d'amende et d'un an d'emprisonnement. Nicolas Dupont-Aignan avait traité de "collabos" Benoît Hamon et Nathalie Kosciusko-Morizet pour avoir voulu sortir de ce cadre légal. Marine Le Pen, qui s'exprime rarement sur le sujet, reste pour une législation punitive et entend "lutter de toutes [ses] forces contre les trafiquants et la drogue". François Fillon, de son côté, croit savoir qu'aux Pays-Bas, où la vente limitée du cannabis est légale, "la question fait débat" [...] Dire que, parce que la consommation augmente, on va tout libéraliser, ne me satisfait pas."

Pour la légalisation : Hamon, Mélenchon et Poutou

Les deux candidats de la gauche de la gauche prtagent leur position : la légalisation encadrée. "Le système actuel" a prouvé son échec, jugeait Benoît Hamon auprès du Parisien le 2 avril. Avec un motif en particulier : "Je légalise pour encadrer, car aujourd'hui c'est la loi du marché et la loi du plus fort". Il entend ainsi damer le pion aux traficants et éviter la circulation de "produits de mauvaises qualités". Jean-Luc Mélenchon ne dit pas autre chose. Tout juste ajoute-t-il qu'il s'agit là du seul moyen de "faire campagne contre le cannabis". 


Pour Philippe Poutou, à l'instar de son parti, est pour la légalisation, qu'il étend aux "drogues", avec lesquelles "il faut apprendre à vivre."

Pour assouplir : Cheminade et Arthaud

Dénonçant un débat "biaisé", la candidate de Lutte ouvrière refuse de trancher sur la question de la légalisation. Jugeant la prohibition comme "un échec total", rappelant le "fléau" qu'est la toxicomanie, Nathalie Arthaud est toutefois favorable à la dépénalisation. Le triple candidat à la présidentielle Jacques Cheminade se joint au constat que la politique du tout-répressif n'a rien donné jusqu'à présent et se présente donc en faveur de la décriminalisation d'une pratique... "instructrice". Jean Lassalle s'est quant à lui positionné pour ne plus faire de la consommation de stupéfiants un délit. 

C'est flou ou on ne sait pas : Macron, Asselineau, Lassalle

Le candidat "marcheur" est on ne peut plus obscur sur sa position à propos du cannabis. Emmanuel Macron juge ainsi "vain de pénaliser systématiquement la consommation de cannabis" mais ne croit pas "à la dépénalisation des petites doses". La proposition du candidat est détaillée dans son livre Révolution : une amende de 100 euros pour les consommateurs... ce qui est une "contraventionnalisation" (soit une forme de dépénalisation). François Asselineau a, lui, tranché... qu'il ne trancherait pas. "Le débat est trop clivant", juge-t-il, et il laissera faire les Français via un référendum.

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