Yannick Jadot : "Il y a eu probablement un peu de tactique et pas assez d'écologie chez EELV"

Yannick Jadot : "Il y a eu probablement un peu de tactique et pas assez d'écologie chez EELV"
ÉLECTIONS LÉGISLATIVES 2017
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INTERVIEW - Sa vision de l'écologie, son programme, son regard sur le bilan de François Hollande ou de Ségolène Royal au ministère de l'Environnement... : juste avant le débat qui l'opposera ce jeudi soir à Michèle Rivasi en vue du second tour de la primaire EELV, Yannick Jadot a répondu aux questions de LCI.

Consensuel, rassembleur, disciple de Cohn-Bendit et dans la lignée de Nicolas Hulot : sur le papier, Yannick Jadot a toutes les qualités pour représenter EELV à la prochaine élection présidentielle. Ce partisan d'une écologie crédible (lisez son portrait ici), responsable et non moralisatrice, prône l'arrêt du nucléaire et le passage aux 32 heures. Surtout, il demande la fin des calculs politique au sein de son parti. S'il fait part de ses doutes quant à une victoire écolo en 2017, Yannick Jadot n'envisage pas pour autant une alliance avec le Parti socialiste avant le premier tour. L'eurodéputé est même très critique envers le bilan de François Hollande en matière d'écologie. 

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LCI : Vous parlez souvent "d’écologie crédible et responsable", "d’écologie politique". Qu’entendez-vous par là ?

Yannick Jadot : Une écologie crédible, c’est une écologie qui dit la vérité aux Français sur l’état de la planète. Il peut devenir catastrophique si nous ne luttons pas contre le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources et pour la préservation de la biodiversité. Il s’agit aussi de dire qu’aujourd’hui, nous avons les solutions pour éviter cet avenir de chaos. Mais l’écologie ne peut pas être la méthode Coué, cela ne peut pas être le "yakafokon", être culpabilisateur ou punitif. Il faut que ce soit réaliste, sérieux. Il faut expliquer aux Français le chemin à faire pour ces transformations. Mais parfois, entre "vous êtes responsables et vous êtes coupables", nous, les écologistes, avons pu franchir la ligne jaune. Et puis ces dernières années, il y a eu probablement un peu de tactique et pas assez d’écologie.

LCI : Le chômage est la principale préoccupation des Français. Concrètement, comment l’écologie peut-elle créer des emplois ?

Yannick Jadot : A travers la transition écologique. Regardez dernièrement les difficultés d’Alstom… Lorsqu’en 2007 j’ai fait le Grenelle de l’environnement avec Nicolas Hulot ou Allain Bougrain-Dubourg, nous voulions que le fret ferroviaire, responsable du point de vue environnemental et social, efficace du point de vue transport, représente 25% du transport de marchandise. Les gouvernements Sarkozy et Hollande ont opté pour le tout-camion. L’exécutif a aussi choisi la voie du nucléaire, avec des milliards et des milliards d’argent public alors qu’en Allemagne 400.000 emplois ont été créés dans les énergies renouvelables. Dans l’automobile, la France est devenue championne du monde des voitures sales. Pensons-nous vraiment que nous allons garder nos emplois dans cette filière quand d’autres constructeurs misent sur la voiture intelligente, moins polluante et partagée ? Le deuxième enjeu, c’est la réduction du temps de travail à 32 heures. Je ne parle pas forcément des 32 heures par semaine, cela peut être les 32 heures avec six mois de congé tous les 5 ans, un an tous les dix ans ou les 32 heures avec un aménagement du temps de travail à la fin de la vie professionnelle. Une autre mesure efficace serait d’interdire l’entrée sur le marché européen de produits issus de pays qui ne respectent pas la liberté syndicale ou qui s’exonèrent de la lutte contre le dérèglement climatique.

"Royal ne peut pas simplement commenter"

LCI : Quel bilan tirez-vous du mandat de François Hollande en matière d’écologie ?

Yannick Jadot : Très faible, malheureusement. J’ai souligné l’extraordinaire travail de la diplomatie française lors de la COP 21. Mais l’accord de Paris disait que c’était maintenant aux Etats de s’emparer de la transition climatique. Et malheureusement, nous continuons à renforcer l’agriculture qui émet beaucoup de gaz à effet de serre, nous faisons le choix du nucléaire plutôt que des énergies renouvelables.

LCI : Quel regard portez-vous sur le travail de Ségolène Royal comme ministre de l’Environnement ?

Yannick Jadot : Jugez-vous un ministre sur ses paroles ou ce qu’il impose à un gouvernement ? Moi, on me dit en permanence que Madame Royal a l’oreille du président de la République. Je constate que, visiblement, il est un peu sourd puisqu’il confirme les décisions du gouvernement qui vont à l’encontre de ce qu’elle dit. Je sais qu’elle a envie de faire plus de choses en matière d’environnement. Mais le boulot d’un ministre, ce n’est pas de commenter mais de dénoncer les décisions prises par le gouvernement auquel il appartient.

"Une campagne, c'est sur le terrain et les réseaux sociaux"

LCI : Comment allez-vous faire campagne jusqu’au 4 novembre ?

Yannick Jadot : Une campagne, c’est à la fois être sur le terrain et présent sur les réseaux sociaux. Je vais dire à quel point je pense être le mieux placé pour rassembler tous les écologistes. Je suis soutenu par toutes les sensibilités du mouvement et l’ensemble de la famille écologiste parce que je suis de l’écologie associative.

LCI : Avec Michèle Rivasi, vous avez des profils un peu similaire, proches des associations et du terrain. Comment comptez-vous vous démarquer pour le second tour ?

Yannick Jadot : Je vais tenter de mettre en avant mes qualités. Je suis de la famille de l’alter-mondialisme, de la solidarité internationale. J’ai également participé au Grenelle de l’environnement, j’ai cofondé EELV : ce sont les deux derniers grands moments pour l’environnement et l’écologie en France. Cela me distingue de ma très compétente collègue.

LCI : Vous êtes élu : quelles seraient vos trois premières mesures ?

Yannick Jadot : Tout d’abord dé-présidentialiser la République. Il nous faut absolument un régime parlementaire élu à la proportionnelle. Ensuite, je voudrais une France 100% renouvelable. La transition énergétique, fondée sur les économies d’énergie, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, ce sont des centaines de milliers d’emplois dans le bâtiment. Ma troisième mesure serait de mettre en place une restauration collective issue à 100% de la culture paysanne locale ou biologique.

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