Dépénaliser le cannabis, le sujet tarte à la crème des présidentielles en France

Dépénaliser le cannabis, le sujet tarte à la crème des présidentielles en France

PEACE AND VOTE - A six mois de la présidentielle, le débat sur la légalisation, la dépénalisation ou l'interdiction du cannabis est de retour à gauche comme à droite. Ce mardi, le think tank Terra Nova a opportunément publié une étude sur le sujet. Cela aurait-il à voir avec le vote des jeunes ?

C'est un débat qui fleurit souvent avant le printemps en France, en année électorale. Plusieurs candidats à l'échéance de 2017 multiplient ces derniers jours les signaux en faveur d'une dépénalisation du cannabis, comme cela a été fait dans plusieurs pays du monde, ou du moins d'une discussion ouverte sur le sujet. Mardi, le think tank de gauche Terra Nova a publié une étude vantant les atouts d'une régulation de la consommation

Après les candidats à la primaire écologiste, qui partageaient la semaine dernière, lors de leur premier débat, la conviction qu'il faut légaliser la substance pychoactive pour des raisons de "santé publique", c'est - chose plus rare - une responsable politique de droite qui a abordé le sujet qui divise. Si Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate à la primaire à droite, s'est dite lundi hostile à une "légalisation" de cette drogue douce, elle a affirmé "regarder de prêt" le sujet de la dépénalisation, reconnaissant avoir changé de braquet sur le sujet.

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    Débat clivant

    Une façon de capter l'électorat de gauche à la primaire et ainsi, de peser plus lourd face à l'aile droite incarnée par Nicolas Sarkozy et François Fillon ? D'accentuer le clivage des valeurs au sein de la droite ? De toucher plus spécifiquement la jeunesse ? Ou tout simplement, de tendre les bras aux centristes comme Jean-Christophe Lagarde, patron de l'UDI, déclaré de longue date en faveur d'une consommation encadrée du cannabis ? Toujours est-il que dans l'autre camp "modéré" de la primaire, celui d'Alain Juppé, l'idée ne semble pas vraiment partagée. Voici ce que le maire de Bordeaux déclarait en avril :

    Le favori de la droite refuse la dépénalisation, mais lui aussi a une proposition : il prône une simple contravention pour les usagers. Une position qui lui a valu quelques accusations de laxisme à droite au printemps dernier, l'obligeant à se justifier.

    Le printemps 2016, justement. En pleine mobilisation de la jeunesse contre la loi Travail, au paroxysme du mouvement Nuit Debout, la gauche socialiste avait jugé elle aussi opportun de relancer le traditionnel débat.  Vieux militant anti-prohibition, le député (et médecin de formation) Jean-Marie Le Guen avait appelé en avril à "mettre fin à la prohibition" du cannabis, estimant que celle-ci "ne fonctionne pas". Une amorce de débat au sein de l'exécutif qui avait été stoppée net par Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement et proche de François Hollande, et par le Premier ministre, Manuel Valls, totalement hostile à une évolution sur le sujet. Au PS, Benoit Hamon, par exemple, s'est déclaré en faveur d'une dépénalisation. 

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      Une vieille histoire

      La résurgence du débat sur le cannabis en période électorale est une véritable tarte à la crème. Outre les écologistes, dont les candidats successifs toujours défendu une légalisation de cette drogue, les affrontements gauche-droite sur le sujet ont émaillé de nombreuses campagnes. Lors de celle de 2012, le camp de François Hollande proposait de transformer le délit de consommation en contravention (ce que préconise Alain Juppé aujourd'hui). Comme prévu, Nicolas Sarkozy jugeait déjà l'hypothèse d'une dépénalisation "irresponsable". 

      En mars 2002, le candidat socialiste, Lionel Jospin, avait tenté une timide sortie sur le cannabis avec cette phrase devenue célèbre :  "Fumer un joint chez soi est certainement moins dangereux que boire de l'alcool avant de conduire". Le Premier ministre, partisan d'un assouplissement de la loi, avait immédiatement subi la contre-attaque de la droite, et même de Jean-Pierre Chevènement (lui aussi candidat à l'époque), qui le qualifiait de "naïf" et d'"irresponsable".

      Bref, ce serpent de mer revient à chaque échéance, avant d'être durablement enfoui sous le sable une fois l'élection passée. D'où cette question naïve : le sujet serait-il guidé, que l'on soit pour ou contre, par des considérations électorales ? Une étude de l'Ifop publiée en avril 2016 montrait que 41% des Français étaient favorables à une dépénalisation du cannabis - soit, tout de même, une hausse de quinze points en 20 ans. Chez les 18-24 ans, cet électorat souvent abstentionniste, 53% des interrogés soutenaient la dépénalisation. Vont-ils mordre à l'hameçon ?

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