"Il y a eu une cécité absolue" : comment les électeurs de Trump ont déjoué tous les sondages

VOTE SURPRISE - Les instituts de sondage et les médias sont au centre des critiques, mercredi, après l'élection de Donald Trump qui a déjoué tous leurs pronostics. Comment cela a-t-il pu se produire ?

L'introspection promet d'être longue et douloureuse. La quasi totalité des grands instituts de sondage américains - 19 sur 20 - ont vu leurs pronostics déjoués par la nette victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine. Jusqu'à la veille du scrutin, malgré le resserrement des intentions de vote, Hillary Clinton était donnée gagnante. Sauf par le sondage national USC Dornsife-Los Angeles Times, qui donnait systématiquement la victoire à Donald Trump, préférant la méthode du sondage en ligne aux appels téléphoniques.


Vu de France, la déroute des instituts de sondage outre-Atlantique - qui devrait faire l'objet d'investigations poussées - est à la fois une source d'inquiétude mais aussi de réflexion pour les professionnels, à six mois de notre élection présidentielle. Certes, le système électoral des Etats-Unis, bien différent du nôtre avec son suffrage universel indirect et son scrutin qui se déroule état par état, et non au niveau national, complique le travail des sondeurs américains. Mais jusqu'ici,  cela ne les avait pas empêchés de voir juste. "Les techniques de sondage modernes ont été inventées aux Etats-Unis. Nous n'avons pas exactement les mêmes méthodes, ni le même électorat, mais cela fait naturellement réfléchir", indique à LCI Frédéric Micheau, directeur des études d'opinion chez OpinionWay. Qui tente un début d'analyse, même si les données sur le vote de ce 8 novembre restent pour l'heure très parcellaires. 

"Les échantillons de population n'étaient pas représentatifs"

Selon ce professionnel, "il y a eu un consensus quasi absolu en faveur d'Hillary Clinton et une cécité absolue sur le phénomène Trump". Une erreur historique et rare, qui s'était déjà produite... en 1948, lorsque les sondeurs américains n'avaient pas anticipé la réélection de Harry Truman. Parmi les pistes de réflexion : l'incapacité des instituts "à appréhender les catégories de population qui vont voter, et notamment des minorités" (les électeurs afro-américains, par exemple, se seraient moins mobilisés que prévu). D'autant que la faible participation au scrutin américain (55% environ contre plus de 80% en France en 2012) rend ce type d'évaluation encore plus aléatoire. Frédéric Micheau ne croit en revanche pas à la thèse des "électeurs cachés"  de Donald Trump qui, honteux de leur choix, ne l'auraient pas exprimé dans les enquêtes d'opinion. Ou alors son effet a été limité : lors des primaires républicaines au cours desquelles le milliardaire avait déjà créé la surprise, "un tel vote n'a pas été constaté", souligne-t-il.


Autre point retenu par le professionnel : le caractère inédit du scrutin. "Donald Trump était un candidat qui n'avait jamais été élu, dont l'électorat était probablement largement renouvelé. Dans ces conditions, les points de référence des élections passées ont pu être faussés". Même hypothèse du côté du politologue Thomas Guénolé, contacté par LCI : "Le postulat de départ des instituts de sondage est de partir du passé pour expliquer l'avenir. On va donc chercher une population de référence qui avait voté lors de l'élection précédente. Dans ces conditions, on ne peut pas anticiper ce type d'événement". Conclusion : "Les échantillons de population n'étaient pas représentatifs". 

Un dernier facteur a pu se surajouter à ces éléments : le vote de dernière minute, qui a pu modifier l'issue du scrutin sans être mesuré par les derniers sondages. "La boule de cristal est bien brisée", résumait mercredi auprès de l'AFP Larry Sabato, un spécialiste des sondages de l'université de Virginie qui avait lui-même pronostiqué une victoire démocrate. En France, cette grande remise en cause sondagière - la dernière remonte à la présidentielle de 2002 qui avait vu Jean-Marie Le Pen accéder au second tour - donne de l'espoir à ceux que les sondages n'épargnaient pas jusqu'ici : Nicolas Sarkozy, donné battu à la primaire de la droite face à Alain Juppé, et Marine Le Pen, que les scénarios admis jusqu'ici ne voyaient pas remporter le second tour de la présidentielle... à moins d'affronter François Hollande. 

En vidéo

Les instituts de sondage "très surpris" par les résultats

Tout savoir sur

Tout savoir sur

La présidence Donald Trump

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter