Européennes : pourquoi les jeunes sont-ils toujours les premiers à s'abstenir ?

Élections Européennes 2019
SCRUTIN - Près de 7 électeurs de 18-34 ans sur 10 pourraient s'abstenir lors du scrutin prévu dimanche, selon un sondage. Une tendance déjà observée lors des précédentes élections. Zoom sur ce qui (dé)motive le vote des plus jeunes.

Ils pourraient être, une fois encore, les grands absents du scrutin européen. Les jeunes électeurs devraient s'abstenir massivement dimanche, selon les estimations publiées ces derniers jours par les instituts de sondage. Alors que l'abstention générale pourrait atteindre les 60% - un niveau déjà constaté lors des précédents scrutins -, le chiffre risque d'atteindre plus de 70% chez les 18-34, selon un sondage Odoxa Dentsu Consulting pour Le Figaro et France Info. Une proportion déjà constatée en 2014.


On connaît les grandes caractéristiques de l'abstention : plus forte dans les catégories populaires, plus faible dans les catégories privilégiées et à mesure que l'on vieillit. Mais y a-t-il des raisons spécifiques qui démotivent les plus jeunes, notamment dans le contexte européen ?

Un facteur qui n'épargne aucune élection

"L'abstention des jeunes s'inscrit dans un contexte général de montée de l'abstention. Elle est forte pour toutes les élections. Le taux de participation a été très faible lors de la présidentielle et des législatives de 2017", explique à LCI Olivier Costa, politologue au CNRS et au Centre Emile-Durkheim. Pour le chercheur, plusieurs questionnements récurrents expliquent cette tendance : la méconnaissance des enjeux, le sentiment de ne pas pouvoir changer les choses par le vote et le manque d'attractivité de l'offre politique. "Les élections européennes cumulent ces trois questions. Ces électeurs ne voient pas le sens d'aller voter, ce que ça va changer. D'autant qu'en France, les débats sont pollués par des enjeux nationaux et que l'on a une campagne particulièrement atone où au moins 20 listes sur 34 ne font pas campagne."


Une nuance toutefois : la participation aux élections européennes, notamment chez les jeunes, décline de manière beaucoup moins rapide qu'aux élections législatives, note Olivier Costa. "On a davantage voté aux européennes de 2014 qu'aux législatives de 2017. On a même assisté à une forme de stabilisation en 2009 et en 2014, peut-être parce que les enjeux européens sont perçus comme de plus en plus importants". 

L'attachement à l'UE n'y fait rien

La situation pourrait sembler paradoxale. Si l'on se penche sur le rapport du Parlement européen publié au lendemain des élections de 2014, lors desquelles l'abstention touchait déjà près de 7 jeunes électeurs sur dix, les 18-24 ans étaient de loin les premiers à marquer leur attachement à l'UE (69%, contre 63% dans l'ensemble de la population française), et à considérer que l'appartenance à l'UE était une bonne chose (57%). 


"L'attachement à l'Europe est distinct du comportement de vote", juge Olivier Costa. "Les jeunes se sentent peut-être plus attachés parce qu'ils ont davantage voyagé, y compris chez les moins diplômés, note le chercheur. L'Europe peut faire partie de leur quotidien sans que cela n'ait d'impact sur les élections." 

Les jeunes Français participent plus que d'autres

A l'échelle européenne, on observe que la tendance est générale, mais à des degrés très divers, d'après la dernière édition de l'Eurobaromètre. En termes d'intention d'aller voter pour le scrutin du 26 mai, les jeunes Français de 18-24 ans se situent à la 8e position (26%), loin derrière les jeunes Suédois ou Belges (48 et 47%), mais bien loin devant les jeunes Portugais (3%), Croates (4%) ou Tchèques (5%). 


A l'échelle européenne, d'après l'Eurobaromètre, les jeunes invoquent sensiblement les mêmes causes que leurs aînés : le sentiment que leur vote ne changera rien, la méfiance dans le système politique, le sentiment que le Parlement ne traite pas des problèmes du quotidien ou encore la méconnaissance de cette institution. 


En France, le gouvernement a récemment lancé une campagne audiovisuelle destinée à convaincre les électeurs - tous âges confondus - de se rendre aux urnes. Vendredi après-midi, Emmanuel Macron accordera lui-même une interview au Youtubeur Hugo Travers pour tenter de convaincre les plus jeunes d'aller voter. Tout cela est-il efficace ? "Les clips, c'est pour la forme", estime Olivier Costa. "L'abstention n'est pas un problème que l'on peut régler par injonction. La seule chose qui marche concrètement - on l'a vu lors des campagnes de Barack Obama - ce sont les contacts individuels, le fait de sonner aux portes, d'appeler les gens." 


En attendant, conscients de l'avantage qu'ils pourraient tirer d'une participation de la jeunesse, les candidats se plient en quatre, ces derniers jours, pour tenter de capter leur attention. En vain ?

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