Européennes vues d'Allemagne : "L'amour", cet intriguant parti fondé par un ancien politique russe

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INSOLITE - En Allemagne, pas moins de 41 listes s'affrontent pour le scrutin des élections européennes. Parmi elles : une liste confidentielle qui promeut "l'amour plus fort que la haine". Derrière "L'amour" (Die Liebe), un parti "paneuropéen" fondé par Dmitry Kuzmin, ancien industriel et maire d'une ville russe, ex-opposant au parti du Kremlin, réclamé par la justice de son pays.

Les slogans fleurent l'eau de rose. "L'amour plus fort que le mal et la haine", "l'amour doit diriger le monde", "cœurs qui aiment, unissez-vous" ou encore "non à la solitude"... Tels sont les messages de la liste présentée en Allemagne par "L'amour", un parti "paneuropéen" basé en Allemagne mais aussi à Paris, où ses statuts ont été déposés en juillet 2016. En Allemagne, où pas moins de 41 listes s'affrontent - contre 34 en France -, dix candidats se présentent pour la première fois sous cette étiquette marquée d'un gros coeur rose entourant les étoiles du drapeau européen. 

Le projet de la liste "Liebe" (l'amour en allemand) est ambitieux : "désigner des représentants" qui ont "du coeur et dont le coeur est rempli d'amour et de douceur" et défendre les droits des hommes "à aimer et être aimés". A travers son message philanthropique, la liste promet aussi de lutter "contre les violences et le harcèlement", donner "plus de pouvoir aux femmes", de protéger les droits des travailleurs, la famille, et l'environnement. Le petit parti est viscéralement pro-européen, attaché à promouvoir les valeurs du continent dont il veut préparer "l'avenir" dans le cadre d'un "plan général" inspiré des propositions des citoyens. Sur Facebook, "Liebe" dispose d'une imposante communauté (4.1 millions de "like"), postant à l'envi des photos d'amoureux allongés sur l'herbe, d'enfants radieux avec leurs parents et de jeunes gens qui sautent sur une plage. 

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Dmitry Kuzmin, ancien maire en Russie

La tête de liste désignée par la petite formation est Sergey Samardzhidi, un entrepreneur d'origine russe vivant à Düsseldorf. Parmi les dix candidats de cette liste figurent des membres d'une famille russo-allemande, selon la description faite par l'une des candidates au quotidien Spiegel

Le fondateur de "L'amour" se nomme Dmitry Sergeyevich Kuzmin. Une personnalité inconnue en Europe, mais dont le parcours politique, à 53 ans, est déjà fourni... A l'extérieur des frontières de l'Union européenne. Celui qui fait aujourd'hui de l'amour un objectif politique n'est autre que l'ancien maire (2002-2008) de Stravopol, ville de plus de 400.000 habitants située aux abords du Caucase, au sud-ouest de la Russie. Un industriel diplômé d'économie, présenté comme philanthrope - il avait une oeuvre de charité à son nom - qui a été désigné, entre 2006 et 2008, représentant de la Russie auprès du Conseil de l'Europe à l'initiative du Kremlin.

A l'époque, le paysage politique russe est dominé de façon écrasante par Russie unie, le parti soutenu par le Kremlin. Fin 2006, l'ancien président du Conseil de la Fédération Sergueï Mironov fonde "Russie juste", un parti d'obédience social-démocrate qui, sans contester le pouvoir du Kremlin, prétend jeter les bases d'un bipartisme afin de faire vivre la démocratie dans le pays. Dmitri Kuzmin prend la tête de la nouvelle formation politique dans sa région de Stravopol et se présente sous cette étiquette aux élections à la Chambre basse du Parlement (Douma d'Etat), remportant une victoire au parlement régional face au parti présidentiel Russie Unie. Il rééditera l'exploit lors de nouvelles élections organisées fin 2007.

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Exil en Europe

C'est à ce moment que les nuages judiciaires s'amoncellent contre ce rival du parti au pouvoir. La justice russe engage des poursuites pour des soupçons de corruption liés à sa gestion de l'argent public à la tête de la municipalité. Peu de temps avant les élections de 2007, des poursuites pénales sont également engagées sur la base d'une enquête portant sur des découvertes supposées d'emblèmes nazis dans son bureau. La fondation philanthropique de l'homme d'affaires est close.  

Le nom de Kuzmin apparaît également dans les notes internes de la diplomatie américaine, selon des éléments révélés beaucoup plus tard par Wikileaks. La note affirme qu'il aurait voulu obtenir le soutien du parti Russie unie, mais qu'il aurait été éconduit notamment en raison de sa popularité en chute dans la région et de certains comportements. 

Le 4 décembre 2007, pas moins de huit affaires pénales ouvertes à l'encontre de Dmitri Kuzmin aboutissent à une condamnation par coutumace. La veille, le maire destitué a fui la Russie pour l'Europe. Quelques jours plus tard, le ministère russe de la Justice saisit Interpol, l'organisation internationale de police criminelle, tandis que plusieurs proches sont poursuivis à leur tour. Kuzmin fait l'objet d'un mandat d'arrêt international. Interpellé à Vienne, en Autriche, en vue de son extradition, il bénéficie in extremis d'un jugement de la Cour suprême autrichienne, qui annule les décisions à son encontre. Les poursuites des autorités russes seront également contredites par la Cour européenne des droits de l'homme. 

Un parcours pas très "love", qui explique probablement pourquoi l'ancien politique russe en exil a choisi de chanter son amour pour l'Union européenne.

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