Prêts bancaires, dons et emprunts : la galère de l'opposition pour financer la campagne des européennes

ÉLECTIONS EUROPÉENNES 2019
ELECTIONS - Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont lancé des emprunts auprès des sympathisants pour financer leur campagne, faute de soutien des banques. Le problème concerne plusieurs listes en lice pour les élections européennes.

Ce n'est pas la plus chère des campagnes... Encore faut-il trouver l'argent pour la financer. Ces dernières semaines, plusieurs responsables politiques de l'opposition ont mis en exergue leurs difficultés à souscrire un prêt auprès des banques, de plus en plus frileuses selon eux pour accompagner des candidats aux élections. Une situation qui les oblige à recourir à d'autres méthodes, malgré les subventions publiques que les plus grandes formations reçoivent chaque année. 


Au sein de La France insoumise, dont la liste est conduite par Manon Aubry, Jean-Luc Mélenchon a lancé la semaine dernière un "emprunt populaire" auprès de ses sympathisants face au refus des banques de prêter de l'argent en vue du scrutin du 26 mai. Un pari a priori gagnant. Selon le leader insoumis, près de 1.8 million d'euros auraient été collectés seulement en quelques jours sur la plateforme dédiée du mouvement, Finactions. Une somme qui vient s'ajouter aux dons déjà reçus depuis le 15 janvier, soit 190.000 euros. Sans oublier l'assise financière offerte par les 4.422 millions d'euros d'aides versées au parti par l'Etat, consécutives - comme pour LaREM, LR et LFI - aux scores réalisés aux dernières élections législatives. 

Marine Le Pen sur la même voie

A moins de deux mois du scrutin, Marine Le Pen a annoncé sur LCI, la semaine dernière, qu'elle lançait à son tour un appel à l'emprunt auprès des Français. "Nous allons le faire parce qu'aujourd'hui, l'intégralité des partis politiques est entre les mains des banques", a-t-elle dénoncé. "Ce sont elles qui décident. Nous sommes bien au-dessus de la barre des 5% d'intentions de vote pour être remboursés [en réalité, le seuil pour les européennes est fixé à 3% des suffrages exprimés, plafonné à 9.2 millions d'euros, NDLR] et pourtant, les banques refusent un prêt." Le 8 avril, le Rassemblement national a lancé officiellement son emprunt, en portant la mise de départ à 1.000 euros minimum, avec un intérêt de 5%. 

La présidente du Rassemblement national avait rencontré une situation similaire lors de la présidentielle de 2017. Le mouvement, très endetté, avait dû aller chercher une partie de son financement auprès d'une banque étrangère, faisant appel pour le reste aux prêts et dons des particuliers. 


Si Marine Le Pen pointe cette fois encore la responsabilité des banques, d'autres voix critiques avaient estimé que cette situation résultait de la gestion interne du RN. Le parti a touché, en 2018, pas moins de 5.18 millions d'euros d'aides publiques. 

Une "banque citoyenne" chez Benoît Hamon

Ces difficultés concernent également la liste Générations de Benoît Hamon, qui s'est heurtée à un refus de prêt de 400.000 euros. Le mouvement a confié au Huffpost que cette banque lui avait demandé de fournir "trois sondages consécutifs" le plaçant au-dessus de 7% d'intentions de vote, alors qu'il atteint, selon les sondages actuels, au mieux 5%. 


Générations, qui estime sa campagne à près de 1.4 million d'euros (dont 1 million pour la seule campagne officielle), a décidé de lancer une "banque citoyenne". Une plateforme destinée à recueillir les dons et les prêts devrait être mise en ligne avant la mi-avril, nous a indiqué le trésorier, Bastien Recher. L'enjeu serait de parvenir à collecter 200.000 euros, sur les 600.000 qui manquent à l'appel. Le mouvement de Benoît Hamon propose notamment aux sympathisants un engagement financier, qui ne sera utilisé que dans l'hypothèse où la liste n'atteindrait pas les 3% et ne bénéficierait pas du remboursement par l'Etat. "Nous avons besoin de cette plateforme de financement en cas de coup dur", résume Bastien Recher. 


Pour le reste, la liste de Benoît Hamon devrait reprendre rendez-vous avec une banque, fin avril, pour "faire le bilan de ce que l'on a collecté" et évaluer la possibilité d'un prêt complémentaire. "Ce qui ne fait aucun doute, c'est que nous continuerons à faire campagne", assure le trésorier, vantant une gestion "rigoureuse" des dépenses de campagne.

"Un sujet démocratique"

Sollicité par LCI sur sa situation, le mouvement Place Publique, qui dirige la liste commune avec le Parti socialiste et Nouvelle Donne, n'a pas répondu. Interrogée par 20 minutes, la trésorière du PS Pernelle Richardot avait indiqué que son parti avait pu souscrire un prêt. 


La liste PCF semble plus à l'aise au regard du financement de sa campagne, estimée à 2 millions d'euros, dont 1 million pour le matériel électoral. "C'est l'avantage quand on a des militants : nous n'avons pas essayé les banques", nous indique Ian Brossat, tête de liste communiste aux Européennes. "La campagne est financée par les militants et les fédérations départementales." Le candidat reconnaît toutefois qu'il y a "un sujet démocratique" autour des banques, "qui ne font pas leur travail". "C'est d'ailleurs un problème qui ne touche pas seulement les partis. De nombreuses PME le vivent." Le PCF a également touché, en 2018, un peu plus de 2 millions d'euros d'aides publiques. 


De son côté, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) de Philippe Poutou a dû jeter l'éponge, n'ayant "pas les moyens financiers de présenter une liste" malgré une campagne de souscription lancée "au cours des derniers mois". "Le coût de la seule impression des bulletins de vote et des professions de foi est en effet estimé à 1 million d’euros", explique la formation d'extrême gauche, "une somme considérable pour le NPA, qui ne bénéficie d’aucun financement public". A l'inverse, Lutte ouvrière (LO) participera à la campagne, affirmant financer celle-ci grâce aux cotisations de 8.000 adhérents revendiqués, ainsi qu'une souscription nationale via une association de financement électoral, "AFE Nathalie Arthaud LO Europe 2019".

La droite pas épargnée

Bien que le Parti populaire européen (PPE) soit majoritaire au Parlement européen, la campagne LR pour les européennes s'est retrouvée dans une situation similaire. Mi-février, la tête de liste François-Xavier Bellamy avait fait part au Parisien de ses difficultés, ayant essuyé un refus préalable de sa banque alors que le parti cherchait 4 millions d'euros. Le problème semble résolu. Le trésorier Daniel Fasquelle a indiqué que le mouvement LR, dont la situation budgétaire s'est assainie, allait prêter 2 millions d'euros et se porter garant du candidat, la tête de liste devant contracter le reste de la somme à son nom. 


Le patron de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, a indiqué de son côté que sa liste avait essuyé dix refus bancaires dans le cadre de cette campagne. Il s'en est lui aussi remis à un appel aux dons, en plus de l'effort financier demandé à l'ensemble de ses colistiers. 

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