"Eradiquer l'immigration bactérienne" : les coulisses de la dernière provoc' de Marine Le Pen

"Eradiquer l'immigration bactérienne" : les coulisses de la dernière provoc' de Marine Le Pen

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DECRYPTAGE – Un article de "La Voix du Nord" rapporte ce mardi une curieuse proposition de la présidente du FN, candidate aux régionales dans le Nord, en matière de santé : "Eradiquer toute immigration bactérienne". Outre sa forme qui provoque l'indignation, la promesse s'avère pour le moins paradoxale venant du FN... Voici pourquoi.

"Eradiquer" et "immigration". Deux mots qui, placés dans une même phrase, forment un ensemble quelque peu nauséabond... C'est pourtant la formule choisie par Marine Le Pen, tête de liste pour les régionales en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, dans un article paru ce mardi matin dans La Voix du Nord, intitulé : "Les propositions des candidats pour la santé et l’environnement". Un thème qui permet à la présidente du Front national d'associer ces deux mots en y ajoutant un troisième : "bactérienne".

Au chapitre "salubrité et milieu de vie", "dénoncer et éradiquer toute immigration bactérienne" c'est donc, pour Marine Le Pen, alerter sur "la présence alarmante de maladies contagieuses non européennes" dans les hôpitaux français, affections qui seraient "liées à l’afflux migratoire". "Nous refusons cette mise en danger de la santé de nos compatriotes", conclut la candidate du FN. Une prise de position qui a vite été relevée sur Twitter, où elle a soulevé une certaine indignation. "La xénophobie de Marine Le Pen vire à la folie", écrit notamment François Lamy , député PS de l'Essonne.

"Non seulement le FN l'a dit mais il l'a écrit"

Conscient que, même par le détour bactérien, l'expression sent toujours mauvais, le colistier de Marine le Pen Sébastien Chenu (Somme), a d'abord plaidé une "coquille", selon des propos rapportés par un journaliste de RTL  : il fallait lire, assure le frontiste, "épidémie bactérienne". Sauf qu'à La Voix du Nord, l'un des journalistes auteurs du papier explique à metronews : "Non seulement le FN a dit 'dénoncer et éradiquer toute immigration bactérienne' mais il l'a écrit : notre papier sur la santé de ce matin était issu d'un échange de mails avec l'équipe de campagne de Marine Le Pen". Une contribution écrite du parti que celui-ci présente au nom de sa candidate, un procédé courant en période de campagne électorale, quand les candidats ne peuvent répondre directement à toutes les sollicitations.

Contacté à son tour par metronews, le même Sébastien Chenu concède : "Ce n'est pas vraiment une coquille, ce que je voulais dire c'est que ce terme d''immigration bactérienne' n'est peut-être pas exactement celui véhiculé par les professeurs de médecine que nous avons recensés et qui nous ont alertés sur ce phénomène". Néanmoins, assure-t-il, "la philosophie c'est celle-là, on n'a aucun problème sur le fond de ce qui est dit". Quant à l'utilisation de cette expression dans les échanges du parti avec La Voix du Nord, il assure : "Ce qui fait foi, c'est ce qui sera présenté samedi dans le programme officiel par Marine Le Pen. Elle reviendra précisément sur cette question", promet-il.

Pas de lien entre immigration et contagion

Sur le fond justement, l'Organisation mondiale de sa santé s'est penchée sur cette question "fréquemment posée" : "Les migrants contribuent-ils à la propagation des maladies transmissibles ?". Réponse de l'OMS : "Même si l'idée qu'il existe un lien entre les migrations et l'importation de maladies infectieuses est répandue, cette association n'est pas systématique. (…) La Région européenne possède une longue expérience en matière de lutte contre les maladies transmissibles telles que la tuberculose, le VIH/sida, l'hépatite, la rougeole et la rubéole. (...) Or, ces maladies n'ont pu être éliminées et sévissent encore en Europe, sans lien avec les flux migratoires".

Et si le lien entre immigration et développement des maladies contagieuses n'est pas probant, c'est aussi parce que la France a mis en place un dispositif efficace de prise en charge des cas "contagieux susceptibles d’entraîner des risques épidémiologiques" pour sa population : l'aide médicale d'Etat (AME). Destinée à la prise en charge gratuite des problèmes de santé des étrangers en situation irrégulière, l'AME répond en effet à deux objectifs, rappelle le Conseil national des médecins  : humanitaire, d'abord, pour soigner les cas d'urgence. Mais aussi épidémiologique, afin d'"éviter la propagation d’une pathologie à l’entourage ou à la collectivité". Or, l'AME est l'une des cibles préférées du Front national, qui réclame rien de moins que... son abrogation.

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