Double vote, travailleurs détachés, migrants... ces intox qui ont émaillé la campagne des européennes

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Elections européennes 2019 : l'heure des résultats

À LA LOUPE - La Roumanie va-t-elle accueillir 500.000 Pakistanais ? Les lois françaises sont-elle toutes dictées par Bruxelles ? Un sondage secret donne-t-il LaREM à 6% ? Depuis le début de la campagne des élections européennes, approximations, idées reçues, petites imprécisions ou rumeurs s'invitent parfois dans le débat politique. Chaque jour, notre cellule de factchecking "A la loupe" a disséqué ces "infox" et vous propose ses décryptages.

Elles sont parfois insidieuses. Ou carrément grossières. Des affirmations mal vérifiées, partiellement exactes, imprudemment (ou sciemment) relayées. Depuis le début de la campagne des européennes,  des "infox" - petites ou grosses - s'immiscent parfois dans le débat politique, largement relayées par les réseaux sociaux. Créée pour aider nos lecteurs à démêler le vrai du faux dans cette campagne, notre cellule  "A la loupe" dissèque chaque jour ces infos fausses, partielles ou imprécises.

Tous ces articles sont consultables en cliquant ici. A quelques jours d'une campagne particulièrement tendue,  nous vous proposons une sélection de quelques-uns de ces articles.

 

N'hésitez d'ailleurs pas nous poser des questions ou nous soumettre d'autres infos à vérifier en écrivant à l'adresse alaloupe@tf1.fr.

500.000 travailleurs pakistanais vont débarquer en Europe, par la porte roumaine

FAUX

Plusieurs membres du Rassemblement National le répètent à l'envi ces dernières semaines : la Roumanie compterait faire entrer 500.000 travailleurs pakistanais sur son sol. Cette information est en réalité erronée et provient d'un article de la presse pakistanaise. Sachant que la Roumanie ne compte que 19,6 millions d'habitants dont 112.100 immigrés seulement (données pour 2016), le nombre de 500.000 était étonnant.

L'article évoquait des discussions, bien réelles, en cours entre le Pakistan et la Roumanie, mais qui n'ont pas débouché sur un accord bilatéral. Le ministère des affaires étrangères nous assure qu'actuellement aucun "quota", "chiffre" ou même "action" n'a été décidé et que dans tous les cas, "le quota pour des travailleurs provenant des pays tiers pour l’année 2019 est de 20.000 personnes."

Dans tous les cas, la France ne peut être impactée. La migration professionnelle de ressortissants hors espace économique européen est régie à l’échelle des pays. Ces travailleurs immigrés ne pourraient donc bénéficier de la liberté de s’établir ou de travailler dans un autre pays de l’UE, ni même y entrer librement, la Roumanie ne faisant pas partie de l’espace Schengen.

Pour en savoir plus, retrouvez notre enquête ici

80% des lois françaises viennent de Bruxelles

FAUX

Bruxelles a-t-elle la mainmise sur l'activité des parlementaires français ?  L'idée revient en force dans la campagne, avec, notamment, un chiffre choc régulièrement brandi : 80% des lois françaises ne seraient que des transpositions, dans notre droit national, de normes décidées au niveau européen. A plusieurs reprises pendant et avant la campagne, Jordan Bardella, tête de liste RN, a cité ce chiffre : "80% des textes votés à l'Assemblée sont soit des directives soit des recommandations de la Commission européenne", expliquait-il en mars sur BFM.

Ce chiffre provient initialement d'une phrase lâchée par Jacques Delors en 1988, lorsqu'il était président de la Commission européenne. "Vers l’an 2000, 80% de la législation économique, peut-être même fiscale et sociale, sera décidée par les institutions européennes", professait-il. Mais en réalité, 30 plus tard, il n'en est en rien.

Entre 2012 et 2017, 30% des lois et 21% des ordonnances provenaient de transposition de directives européennes. 

Pour en savoir plus, retrouvez notre factchecking ici

Les Français travaillent vraiment moins que leurs voisins européens

FAUX MAIS...

Lors de sa première conférence de presse à l'Elysée fin avril, Emmanuel Macron assurait que les Français travaillent moins que leurs voisins européens. Une affirmation démentie par les chiffres de l'OCDE. Les Français travaillent 1 526 heures par an en moyenne, un chiffre qui atteint même 1 679 heures si on ne prend en compte que les salariés à temps plein. C'est plus que les Allemands, en queue de classement avec 1356 heures.

En revanche, les Français consacrent au total 35,2 années de leur vie au travail, d'après une étude d'Eurostat publiée en octobre 2018. Ce qui est en dessous de la moyenne de l'Union européenne établie à 36 ans. Qu'en est-il chez nos voisins ? Les Allemands passent 38,4 ans au travail, les Britanniques 38,9 ans et les Italiens 31,7.

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La France ne dispose d'aucun pouvoir pour fixer ses tarifs douaniers

VRAI

Depuis l'année dernière, Donald Trump multiplie les taxes sur les produits chinois. Le président américain affirme qu'il veut ainsi protéger les Etats-Unis des pratiques commerciales de Pékin. La France peut-elle mettre en place une politique identique ? Dans les faits, non, elle n'en a pas le pouvoir. Le marché unique et la libre circulation des marchandises au sein de l'Union européenne imposent en effet un tarif commun pour les importations de pays tiers. La moindre modification se décide à Bruxelles et à 28. 

A titre d'exemple, les droits de douane sont de 14% pour un téléviseur chinois. Un t-shirt en coton est taxé à hauteur de 12%. Les tablettes tactiles ne sont quant à elle pas taxées, quand les Etats-Unis impose un taux de 25 % ! Pour autant, la politique américaine n'a pas déployé toute son efficacité : le déficit commercial entre les Etats-Unis et la Chine s'est aggravé de 11% par rapport à 2017.

A noter que si l'Union européenne n'a pas de tarifs particuliers envers les Chinois, elle applique pourtant une politique de surtaxe douanière contre les Etats-Unis, en réponse aux taxes contre l'acier et l'aluminium européens décidées par Donald Trump en 2018.

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L'Europe a accueilli 18 millions de migrants en cinq ans

FAUX

La tête de liste de Debout la France a affirmé que 18 millions de migrants étaient entrés en Europe depuis 2014, lors du débat opposant les têtes de listes aux européennes, jeudi 4 avril sur France 2. Un chiffre astronomique qui a interpellé, et pour cause : Nicolas Dupont-Aignan s'appuyait sur les données des flux migratoires incluant les flux intra-européens - par exemple un Belge s'installant en France - et les retours dans les pays d'origine - c'est-à-dire un Français ayant résidé à l'étranger et revenant vivre en France.

Au 1er janvier 2018, on comptait 22,3 millions de migrants issus de pays hors UE dans toute l'Union, soit 4,4% de la population des 28 pays. 

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Le nombre de migrants morts en Méditerranée a baissé de moitié grâce à Salvini

FAUX

Selon Marine Le Pen, le ministre italien de l'Intérieur italien, Matteo Salvini, a réussi à faire baisser "de moitié le nombre de morts en Méditerranée, au large de l'Italie". Invité du Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro le 14 avril dernier, la présidente du Rassemblement national se réjouissait également que depuis l'arrivée au pouvoir de son allié populiste italien en juin 2018, "le nombre de migrants a chuté de manière spectaculaire". 

La baisse est effectivement réelle : -80% d'arrivées sur les côtes italiennes de 2017 à 2018, mais cela ne peut être attribué à la seule politique radicale de la coalition au pouvoir en Italie. Si l'on se réfère au deuxième trimestre de l'année 2018 - époque à laquelle le Parti démocrate était aux commandes du pays -, le nombre de migrants a diminué de... 82% par rapport à la même période en 2017.

Quant au nombre de migrants morts en tentant de traverser la Méditerranée, il n'a malheureusement pas connu une telle diminution. Depuis l'arrivée du nouveau gouvernement, le nombre de victimes n'a baissé que de 15%. Pire, le taux de mortalité est passé de 1,7% en 2017 à 8,3% en 2018.

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Les travailleurs détachés créent une concurrence entre les Européens

VRAI (mais ce sera moins le cas bientôt)

Un travailleur détaché est un salarié qui part travailler dans un autre pays européen durant une période limitée. Le statut est très favorable aux employeurs, qui doivent s’acquitter d'un niveau de cotisations sociales correspondant au pays d'origine du salarié et non à celui du pays dans lequel le travailleur détaché exerce son activité. Une forme de dumping social, qui rend l'embauche de travailleurs européens plus rentables que celle de travailleurs français. Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan réclament, ainsi, la suppression de cette directive. La première a estimé ainsi - lors d'un échange face à Nathalie Loiseau en mars dernier sur France 2 - que ce statut créait "une préférence étrangère à l'emploi (...) une concurrence déloyale". 

La France est le deuxième pays d'accueil en Europe avec 14% des flux de travailleurs détachés. Elle en accueille environ 500.000 (en 2017), alors qu'environ 75.000 Français travaillent sous ce statut à l'étranger la même année.

Mais l'Union a modifié en juin 2018 la directive, afin d’instaurer le principe "à travail égal, rémunération égale sur un même lieu." Il faudra cependant attendre 2022 pour que les salariés détachés perçoivent la même paie que leurs collègues et le secteur du transport est exclu de cette mesure pour le moment. De plus, il n'est pas encore prévu que les salaires soient égaux : en effet, la directive prévoit encore que les cotisations sociales payées en France soient équivalentes à celles payées dans le pays d'origine.

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Il est possible de voter deux fois aux élections européennes

FAUX (mais c'est la première fois !)

C'est une de nos lectrices qui nous a alertés : il serait possible pour les ressortissants français de l'étranger de voter deux fois aux élections européennes, en usant du vote par procuration en France tout en allant voter dans le consulat français de leur pays européen de résidence.

Cette situation était vraie jusqu'il y a (très) peu. Depuis le 1er avril 2019, un expatrié français ne peut plus être inscrit à la fois sur une liste électorale en France et sur la liste électorale de son consulat. "Les ressortissants français avaient jusqu'au 31 mars pour indiquer sur laquelle des deux listes ils préféraient être inscrits, explique l'ambassade de France en Allemagne. Comme l'inscription sur la liste consulaire prévaut, les Français qui n'ont pas fait connaître leur choix ont été radiés des listes communales." Les Etats de l'UE ont par ailleurs mis en place un Répertoire électoral unique, en mettant en commun leurs données. 

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Un président sur une affiche électorale aux européennes, une première

FAUX

L'apparition d'Emmanuel Macron sur une des affiches de campagne de La République en Marche a créé la polémique. "Du jamais vu dans l'histoire de la Ve" dira même la députée LFI Mathilde Panot sur Twitter. Le président apparaît seul, sans Nathalie Loiseau à ses côtés. Au dessous, figure le slogan : "Pour l'Europe! Le 26 mai, je vote Renaissance."

Il n'est en réalité pas le premier président à avoir agi de la sorte. Avant lui, Nicolas Sarkozy s'était lui aussi engagé dans la campagne des européennes. c'était en 2009 pour l'Union pour un mouvement populaire. Tout comme celle de LaREM, l'affiche sur lequel il apparaissait n'était pas une des affiches officielles des partis (destinées notamment à être collées sur les panneaux réservés à cet effet proche des bureaux de vote). Il avait également participé à deux grands rassemblements.

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Un sondage "secret" a donné LaREM à 6%

FAUX

Cette "infox" a été relayée sur les réseaux sociaux après un article publié sur un blog participatif du site de Médiapart. L'article a été supprimé par le site. Son auteur, tout en dénonçant le retrait de son article, a indiqué qu'il avait un but "ironique". 

Retrouvez également nos autres fact-checking sur les antennes de LCI et TF1  :

- Y a-t-il des convergences entre la France Insoumise et le Rassemblement national ? 

- Un migrant peut-il gagner d'avantage qu'un retraité ?

- Les éoliennes ont-elles vraiment des effets nocifs sur la santé comme l'affirme Jordan Bardella ? 

 

 

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