Européennes : Thierry Baudet, la figure montante des eurosceptiques aux Pays-Bas

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ELECTIONS - Trois jours avant la France, les Pays-Bas organisaient jeudi leur scrutin pour les élections européennes. Si les estimations ont donné la victoire aux travaillistes, contredisant les pronostics, le Forum pour la démocratie (FvD), un mouvement très jeune fondé par l'eurosceptique et climatosceptique Thierry Baudet, devrait décrocher trois sièges avec 11% des suffrages.

En quelques mois à peine, il a doublé le populiste Geert Wilders et son Parti pour la liberté, s'imposant comme un sérieux opposant au Premier ministre libéral néerlandais Mark Rutte, au pouvoir depuis près de 9 ans. Thierry Baudet, 36 ans, historien et professeur de droit public à l'université de Leyde, est la nouvelle figure de proue des eurosceptiques, anti-immigration et nationalistes aux Pays-Bas. 

Alors que les Néerlandais votaient pour les élections européennes jeudi 23 mai, le parti qu'il a fondé - le Forum pour la démocratie (FvD) - avait été placé en tête des intentions de vote par les sondages, devant la majorité du Premier ministre libéral Mark Rutte (VVD). Si les estimations donnent finalement - c'est une surprise - les travaillistes en tête (18.1%), le FvD, crédité de 11% des votes, pourrait décrocher 3 sièges sur les 26 dévolus aux Pays-Bas au Parlement européen, derrière le VVD du Premier ministre (15%). 

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Cette victoire surprise des pro-européens n'efface pas la progression constante de ce nouveau mouvement. En seulement trois ans, Thierry Baudet a fait d'un simple think tank la première force politique des Pays-Bas, gagnant deux sièges aux législatives de 2017, puis remportant d'un coup les élections provinciales et sénatoriales en mars 2019 au détriment du parti au pouvoir, dans le contexte de la fusillade d'Utrecht. Le FvD, constitué à l'origine d'une majorité de personnalités extérieures au monde politique, a défendu les principes de démocratie directe - formes de référendum d'initiative citoyenne -, rejeté la politique migratoire du gouvernement jugée trop "naïve", dénoncé un "cartel des partis" au pouvoir et réclamé un référendum sur le maintien des Pays-Bas au sein de l'Union européenne, afin, selon les propos de son leader, d'avoir "une Europe à la carte". 

Intellectuel et anti-élite

Issu d'un milieu familial très aisé, amateur de Bach, capable de tenir son premier discours au Parlement en latin, ce lointain descendant de francophones qui se décrit lui-même comme "l'intellectuel le plus important des Pays-Bas" est un représentant de l'élite. Ce qui ne l'empêche pas de dénoncer les élites politiques néerlandaises et européennes. Mercredi soir, le nouveau visage médiatique du populisme européen a ainsi comparé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à Napoléon et à Hitler, en raison des prises de position trop hostiles, selon lui, de l'exécutif européen à l'égard du président russe Vladimir Poutine. 

Pro-russe, viscéralement hostile à l'immigration, le jeune leader eurosceptique vante, en lieu et place de l'Union européenne, une Europe "boréale", concept défendu par Jean-Marie Le Pen, qui consisterait à fermer les frontières du continent aux populations non blanches. Baudet est d'ailleurs l'auteur d'un ouvrage, Indispensables frontières - Pourquoi le supranationalisme et le multiculturalisme détruisent la démocratie, où il dénonce le démantèlement des Etats-nations, le pouvoir des tribunaux internationaux et l'ouverture de l'Europe à des populations issues d'autres cultures. Son discours jugé moins agressif que celui de Geert Wilders à l'égard des musulmans - il voit toutefois dans l'islam "un danger" - a valu à son mouvement de rallier une frange plus large de l'électorat, notamment au sein de couches sociales plus aisées. 

"A contre-courant"

"Le leadership, c'est oser aller à contre-courant. Une boussole morale. C'est exactement le genre de chose qui vous manque", lançait-il mercredi soir au Premier ministre Mark Rutte, lors d'un échange particulièrement tendu. Volontiers "à contre-courant", celui que certains surnomment le "dandy politique" n'hésite pas à jouer la provocation, s'habillant en treillis pour discourir sur la défense au Parlement, s'affichant avec le polémiste ultra-conservateur britannique et pro-Trump Milo Yiannopoulos, ou posant nu au bord d'une piscine, une main recouvrant son sexe.  

Dans le contexte de mobilisation mondiale pour le climat, il n'a pas hésité à afficher des positions climatosceptiques, estimant coûteuses les politiques visant à protéger l'environnement. Il a enfin défendu, par le passé, des idées remettant en cause l'égalité entre les femmes et les hommes, jugeant que les premières excellent "moins dans certains métiers" et qu'elles sont davantage "tournées vers les questions familiales". 

Parmi les candidats français aux élections européennes, le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan s'est affiché mi-mai aux côtés du jeune leader populiste lors d'un déplacement à Amsterdam. "Je pense que c'est important de construire notre alliance pour changer la manière de défendre nos intérêts communs, et j'ai trouvé en Nicolas un ami et un allié très fort", a vanté Thierry Baudet, tandis que Nicolas Dupont-Aignan assurait avoir "la même vision de l'Europe" que son homologue. A une différence près : Nicolas Dupont-Aignan est, lui, crédité de 3.5% des voix, loin derrière le RN, véritable leader populiste dans l'Hexagone, dont l'allié naturel aux Pays-Bas est Geert Wilders. 

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