Européennes : Bardella, Loiseau, Bellamy... quel candidat a le mieux réussi sa campagne ?

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EUROPÉENNES - A cinq jours du scrutin, la hiérarchie des têtes de listes n'évolue quasiment plus selon les intentions de vote exprimées dans les sondages . Quel candidat est parvenu au mieux à tirer son épingle du jeu pendant la campagne ? L'implication de Macron a-t-elle été bénéfique pour Nathalie Loiseau ? Les Républicains ont-ils eu raison de miser sur Bellamy ? Et le RN a-t-il profité de la "nouveauté" Bardella ? Eléments de réponse.

A qui profite la campagne des européennes ? Difficile à dire, à cinq jours du scrutin. Alors que les principales têtes de liste ont débattu lundi soir sur LCI, et s'apprêtent à rééditer l'exercice à deux reprises avant la fin de la campagne, la hiérarchie n'a pas été fondamentalement bouleversée. Baromètre après baromètre, les intentions de vote enregistrées par l'institut Harris Interactive et l'agence Epoka pour LCI affichent le même ordre : Jordan Bardella, tête de liste RN (désormais légèrement en tête) au coude-à-coude avec Nathalie Loiseau (LaREM), suivis de loin par François Xavier Bellamy (LR), Manon Aubry (LFI), Yannick Jadot (EELV) puis Raphaël Glucksmann (PS-PP). 

Est-ce à dire que cette campagne n'a pas modifié d'un iota les rapports de forces ? Pas si simple. On a bien observé des variations dans le duo de tête, la majorité présidentielle ayant cédé du terrain ces derniers jours à la liste RN, même si l'écart ne dépasse jamais deux points. On a vu également la campagne du philosophe François-Xavier Bellamy partir de loin - autour de 8% - pour effleurer les 15%, avant de se replier autour de 12 à 13%. Quant au duel LFI-EELV, il a tourné au profit de la formation de Jean-Luc Mélenchon, qui semble avoir creusé l'écart, sans pour autant que les deux listes ne s'éloignent de plus de trois points. Qui a donc gagné à mener campagne ?

LaREM en surplace, le RN en dynamique

Depuis le lancement de notre baromètre, la plupart des listes concurrentes affichent un encéphalogramme quasiment plat. C'est tout particulièrement vrai pour celle de Nathalie Loiseau qui, partie de 22% d'intentions de vote fin février, est au même niveau à l'arrivée. Pas de progression, mais pas de chute non plus, malgré les différentes polémiques autour de la candidate de la majorité

Le score de l'ancienne ministre pourrait être considéré comme solide, si son principal adversaire, Jordan Bardella, n'avait pas affiché au contraire, depuis quinze jours, une dynamique qui l'a porté de 20 à 24% des intentions de vote. Une situation qui explique sans doute en partie l'intervention dans la campagne d'Emmanuel Macron, entre ses prises de position médiatiques et sa présence sur les affiches de campagne en lieu et place de Nathalie Loiseau. 

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"Il y a une forme de démobilisation de son électorat", observait mardi matin, sur LCI, Jean-Daniel Lévy, directeur du département Politique et Opinion chez Harris Interactive. "Une partie des électeurs qui avaient voté pour Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle de 2017 n'envisagent potentiellement pas de se rendre aux urnes." Dès lors, estime-t-il, la liste LaREM a deux options pour tenter de reprendre le leadership : "parvenir à mobiliser l'électorat qui avait voté pour Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle, et récupérer une partie de l'électorat de François-Xavier Bellamy qui souhaiterait faire battre le RN". 

"L'entrée en campagne d'Emmanuel Macron semble avoir été plutôt contre-productive"

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Jean-Daniel Lévy observe une dynamique de vote contre Emmanuel Macron

La liste portée par Jordan Bardella semble bénéficier au contraire d'une forte mobilisation de l'électorat de Marine Le Pen du premier tour de la présidentielle, motivé notamment par la possibilité de sanctionner le pouvoir en place - une tendance qui s'affirme depuis trois semaines. "L'entrée en campagne d'Emmanuel Macron semble avoir été plutôt contre-productive à ce titre", explique Jean-Daniel Lévy à LCI.  L'autre explication de la dynamique du RN tiendrait à la personnalité de Jordan Bardella. La réussite du jeune élu régional de 23 ans à convaincre son électorat n'était "pas assurée au début de la campagne", juge Jean-Daniel Lévy. "Il n'était pas dans le spectre politique national. Il a montré sa capacité à être présent et à faire entendre sa voix. C'est une personnalité jeune, mais qui ne fait pas état de cette jeunesse, comme on a pu le voir auparavant avec Marion Maréchal ou encore David Rachline."

Interrogé par LCI, le politologue Stéphane Rozès, président du Cap (Conseils, analyses et perspectives) et enseignant à HEC et Science Po, pointe également la "bonne campagne" de Jordan Bardella face à Nathalie Loiseau, avec en filigrane, derrière la candidature du jeune élu régional de 23 ans, "la question d'un RN en train de muter des terres d'extrême droite vers des terres 'nationales'". 

Suspense autour de "l'effet" Bellamy

Grand paradoxe du scrutin : François-Xavier Bellamy, la tête de liste qui a connu la progression la plus marquante de la campagne, n'est crédité à l'arrivée que de 12.5% des intentions de vote, loin derrière le duo de tête. "Même si son score actuel semble décevant, sa liste a connu une vraie progression puisqu'elle est partie de 8% d'intentions de vote", nous rappelle Jean-Daniel Lévy. "Il a toutefois pâti d'un effet ciseaux, entre un électorat qui s'est tourné vers Jordan Bardella, et l'autre qui s'est dit que les enjeux du scrutin étaient essentiellement européens, et qui s'est tourné vers Emmanuel Macron."

Pour Stéphane Rozès, cette situation ne retire rien à la dynamique initiale du candidat LR auprès de l'électorat conservateur. "Sa jeunesse a permis à la droite de se retrouver dans une figure nouvelle", estime le politologue. "Sa formation de philosophe lui a donné des accents d'authenticité. L'opinion est à la recherche d'une personnalité qui, lorsqu'elle énonce quelque chose, croit en ce qu'elle dit. En cela, François-Xavier Bellamy est en rupture avec Laurent Wauquiez, qui pâtissait d'une mauvaise image, entachée d'insincérité."

La gauche sans leader décisif

A quelques jours de la fin de la campagne, la gauche peine toujours à se trouver un leadership. D'ailleurs, le cherche-t-elle ? En tête des intentions de vote de gauche, Manon Aubry (LFI) plafonne à 10%, loin des scores de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, et très légèrement en retrait de ceux de son parti au premier tour des législatives de 2017. La candidate insoumise a progressé de deux points au cours de la campagne, juste de quoi distancer un peu la liste écologiste de Yannick Jadot dans les intentions de vote. 

Les écologistes, quant à eux, semblent pour l'heure incapables de rééditer l'exploit de 2009 (16.28%) et semblent plus proche du score de 2014 (8.95%), voire en-dessous. Une situation qui a probablement poussé Yannick Jadot à jouer son va-tout lors du débat sur LCI lundi soir, se démarquant vigoureusement de ses concurrents sur les thèmes de l'écologie, mais aussi de l'immigration et des politiques sociales. 

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La Grande Confrontation : la colère de Jadot contre Nicolas Dupont-Aignan

Mais peut-on inverser la tendance générale dans la dernière ligne droite d'un tel scrutin ? "Les débats ont un impact relatif, surtout dans un scrutin où l'abstention s'annonce forte", observe Stéphane Rozès. "Dans ce type de scrutin, les électeurs qui vont voter sont suffisamment politisés pour ne pas se déterminer à partir d'un débat." Le principal enjeu des dernières heures de campagne n'est donc pas de prêcher les convaincus, mais bien de mobiliser les abstentionnistes. 

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