FN, LR, PS : trois techniques pour faire campagne en temps de "guerre"

FN, LR, PS : trois techniques pour faire campagne en temps de "guerre"

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ELECTIONS - Ce lundi début la campagne officielle pour les régionales des 6 et 13 décembre. Pour parler aux électeurs dans le contexte lourd créé par les attentats meurtriers du vendredi 13 novembre, chacun des trois principaux partis a opté pour une stratégie différente. Décryptage.

Comment débattre de transports scolaires et autres compétences des régions, dix jours après les attentats les plus meurtriers jamais connus en France ? Alors que débute ce lundi la campagne officielle pour les élections régionales, dont le premier tour aura lieu dans moins de deux semaines, les enjeux locaux ont été balayés par la gravité du moment et de la lutte antiterroriste qui fait la une des médias. Après une semaine quasiment sans meetings, le redémarrage progressif de la campagne se fait donc en ordre dispersé, suivant trois stratégies principales.

Ne pas faire campagne : le choix du PS
La gauche socialiste part d'un constat très simple : de toute façon elle était mal partie pour elle, cette campagne. Aujourd'hui à la tête de la quasi-totalité des régions, la gauche sait en effet qu'elle doit s'attendre en décembre à un raz-de-marée bleu, teinté de bleu marine, sur les 13 nouvelles régions. Dans ce contexte, son dernier espoir de retrouver des couleurs réside peut-être dans l'ombre de la statue du commandeur, le Président, qui en cette période trouble joue à plein son rôle naturel de rassembleur de la Nation.

Au rancart les tracts, annulés les meetings, le PS a donc décidé de ne reprendre sa campagne que samedi prochain, au lendemain de l'hommage national aux 130 morts de Paris, soit une semaine avant le premier tour. Un pari que les socialistes habillent de déclarations sur le thème de l'unité nationale. "Nous ne polémiquerons pas", a ainsi juré ce lundi matin le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, pour qui faire campagne "voudrait dire se re-diviser alors qu'on milite pour l'union nationale". "Faire campagne comme si de rien n'était me paraissait insupportable", s'est également justifié ce lundi Claude Bartolone, tête de liste PS en Ile-de-France, qui a réduit son calendrier de meetings à un seul, le 3 décembre à Paris. En Bretagne, le ministre-candidat Jean-Yves Le Drian n'a lui guère eu à se justifier, invoquant la "situation exceptionnelle" et la nécessité de se consacrer entièrement à la Défense pour renoncer à toute campagne.

Avantage : Donné perdant, le PS n'a... rien à perdre.
Inconvénient : En sport, on appellerait ça de l'antijeu. Et cela risque de se voir.

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Nationaliser l'élection : la tactique du FN
Le parti de Marine Le Pen n'a pas eu besoin de réfléchir longtemps avant de déterminer sa stratégie : il suffisait de lire les sondages… Si le FN a de bonnes chances de s'imposer dans une ou deux régions (PACA et Nord-Pas-de-Calais-Picardie), les intentions de vote en sa faveur impressionnent surtout au niveau national (27% à 30% des intentions de vote au 1er tour). Une constante, déjà vérifiée lors des dernières élections, municipales et départementales. Si Marine Le Pen, en tant que présidente du parti, retient plutôt ses coups, ses lieutenants se donnent donc un maximum d'audience nationale en cognant sans retenue sur l'exécutif.

Wallerand de Saint Just, tête de liste en Ile-de-France, a ainsi carrément dénoncé samedi la "responsabilité directe" à ses yeux, "plus importante que celle des assassins", de ses concurrents PS et EELV dans les attentats meurtriers de Paris et Saint-Denis. En Paca, Marion Maréchal-Le Pen a dénoncé mercredi dans Nice Matin "un laxisme d’État qui met les Français largement en danger", assénant deux jours plus tard dans une interview au journal Présent que les musulmans "ne peuvent avoir exactement le même rang que la religion catholique" en France. Le vice-président du parti Florian Philippot, lui, fait mine de garder sa casquette de tête de liste dans le grand Est tout en axant son discours sur "le rétablissement des frontières nationales" et "la folie de l'accueil des migrants"... Qui ne relèvent évidemment, ni l'un ni l'autre, des compétences de la région.

Avantage :
Le FN est traditionnellement plus audible au niveau national qu'au niveau local.
Inconvénient : Comme aux départementales, le parti pourrait faire un gros score national sans gagner beaucoup de collectivités.

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Régionaliser la lutte contre le terrorisme : le pari LR
Pris en tenaille entre l'exécutif socialiste à la barre et le FN qui clame avoir raison depuis le début, Les Républicains doivent trouver une troisième voie. Contrairement au FN, eux savent qu'ils ont de bonnes chances de diriger bientôt de nombreuses régions, et veulent donc se montrer concrets. Problème : la sécurité, devenue l'alpha et l'omega du débat public, n'est pas, loin s'en faut, la première des compétences régionales. L'astuce est donc de la décliner dans les domaines où la région a un poids : les collèges et lycées, la politique culturelle et les transports.

Tête de liste en Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez a ainsi lancé proposé samedi de consacrer  20 millions d'euros "dans l'année qui vient" pour l'installation de portiques de sécurité ou de caméras de vidéosurveillance dans les établissements scolaires. En Paca, Christian Estrosi propose désormais un plan exceptionnel de 250 millions d'euros sur six ans "pour instaurer un bouclier de sécurité dans (la) région". En Ile-de-France, Valérie Pécresse étend la proposition des portiques aux "salles de spectacles". Ce week-end, elle a par ailleurs créé un buzz d'équilibriste en tentant un rapprochement entre la fraude dans les transports et le terrorisme : "Le terrible barbare, le terroriste qui a été tué à Saint-Denis, Abaaoud, eh bien il avait été filmé, par la caméra, à la gare de Montreuil en train de sauter par-dessus le portillon. Il se sentait tellement en impunité sur le sol français qu’il pouvait même se permettre de frauder dans le métro sous l’œil de la caméra ! Alors moi, je vais vous dire : il faut qu’on reprenne les choses en main" (voir la séquence filmée par France 3 ).

Lundi encore, Valérie Pécresse a relié sur Europe 1 la lutte antiterroriste à la thématique des transports : "Il ne doit plus y avoir de radicalisé S qui conduit un train, un bus ou un métro". A noter que la candidate francilienne du parti de Nicolas Sarkozy est récidiviste dans l'art de promettre de régler des enjeux nationaux au niveau régional : ainsi, son programme promet rien de moins que de "stopper l'immigration illégale"... en supprimant le tarif réduit du Pass Navigo aux bénéficiaires de l'Aide médicale d'Eat.

Avantage : Continuer de parler de sujets locaux tout en restant sur des thèmes porteurs.
Inconvénient : La droite pourrait se voir accusée de surfer sur les peurs.

La stratégie bonus : assumer le hors sujet
D'autres, enfin, assument carrément d'être hors sujet. Comme Xavier Bertrand, tête de liste LR en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, qui a par exemple entrepris ces derniers jours une croisade contre "l'imam Google" : "Un certain nombre de jeunes aujourd'hui qui, avant même d'aller dans les mosquées, c'est sur Internet qu'ils trouvent le moyen de se radicaliser". Ce lundi sur France Info, il a indiqué qu'il allait rencontrer des responsables du moteur de recherche américain. Autre proposition qui n'a rien à voir avec les régionales : Xavier Bertrand a plaidé pour un rétablissement du service national, "obligatoire, filles et garçons".

Avantage : Continuer à exister sur une scène médiatique phagocytée par la lutte antiterroriste.
Inconvénient : A trop vouloir faire entendre une voix singulière, le risque est d'avoir l'air à côté de la plaque…

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