Fillon compare sa situation à celle de Pierre Bérégovoy : pourquoi son parallèle avec le suicide de l'ancien Premier ministre passe mal

EXPLICATIONS - Jeudi soir au cours de l'"Emission politique" de France 2, François Fillon a comparé sa situation avec celle vécue par Pierre Bérégovoy en 1993, et qui avait poussé au suicide l'ancien Premier ministre de François Mitterrand. Un parallèle qui lui vaut de nombreuses critiques.

Pour essayer de se défendre et de montrer qu'il avait été affecté par les affaires dont il est accusé, François Fillon a tenté une comparaison osée jeudi soir sur France 2. "J’ai été élu à 27 ans. Est-ce qu’une seule fois, on a mis en cause mon honnêteté, mon intégrité ? Jamais. Et voilà que tout d’un coup, je deviens un personnage sulfureux, corrompu. Cette image me blesse et me fait souvent penser à Pierre Bérégovoy", a-t-il confié, en référence à l’ancien Premier ministre socialiste qui s’est suicidé en 1993. 


A la question de savoir s’il avait envisagé de mettre fin à ses jours, Fillon a enchaîné : "En tout cas, j’ai compris pourquoi on pouvait être amené à cette extrémité quand tout d’un coup, l’image qui est donnée de vous n’est pas une image de ce que vous êtes, en tout cas de ce que vous croyez être."

Retour sur le suicide de Bérégovoy

Pour comprendre la comparaison de François Fillon, il faut revenir sur le cas de Pierre Bérégovoy, ancien secrétaire général de la présidence de la République, ancien ministre de la Défense et ancien Premier ministre de François Mitterrand. Son suicide, en mars 1993, intervient après une lourde défaite de la gauche aux législatives de 1993, alors que Pierre Bérégovoy avait été mis en cause dans une affaire de prêt sans intérêt. L’homme politique avait obtenu un prêt d’un million de francs de la part de l’industriel Roger-Patrice Pelat, proche de François Mitterrand. Il n’y avait rien d’illégal à cela, mais la proximité entre le politique et l’industriel avait atteint l'image du premier, alors qu’il s’était engagé dans la lutte contre la corruption.


Après la mort de Pierre Bérégovoy, François Mitterrand avait dénoncé la campagne qui avait été menée contre son Premier ministre. "Toutes les justifications du monde ne justifieront pas qu’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie, au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous". 

Le neveu de Pierre Bérégovoy "écœuré"

Ce vendredi matin sur LCI, le politologue Olivier Duhamel a jugé inappropriée la comparaison de François Fillon. "Pierre Bérégovoy, on lui reprochait seulement d’avoir accepté un prêt sans intérêt, ce n’est pas un crime. Ça pose problème quand vous êtes un industriel qui fait des affaires, on se dit 'il fait peut-être ça pour avoir un retour'. On n’a jamais reproché à Bérégovoy de se faire des costumes sur-mesure, encore moins d’avoir employé X, Y ou Z. Donc c’est sans commune mesure." Surtout, selon lui, "il y avait une disproportion entre l’ampleur qu’avait pris l’affaire dite Bérégovoy et la petitesse du fait". Aussi, "la différence colossale, c’est que Bérégovoy n’était pas candidat à la présidence de la République".


Jeudi soir sur le plateau, l'écrivaine Christine Angot, invitée pour débattre face à François Fillon, s'est elle aussi montrée choquée par cette comparaison. "Vous ne reculez devant rien ! Votre parole est malhonnête. Et vous savez ce que c'est le pompon de toute cette histoire ? C'est le coup de Bérégovoy que vous nous avez fait tout à l'heure, ça, ça passe pas !", a-t-elle lancé au candidat à la présidentielle. "Ma question est la suivante : est-ce que vous nous faites un chantage au suicide, monsieur?".


Le neveu de Pierre Bérégovoy a lui-même réagi vendredi aux propos du candidat LR. "Il utilise ce symbole pour une tactique politique. C'est écœurant", a lancé dans une interview au Parisien Jean-Michel Bérégovoy, élu écologiste à la mairie de Rouen. Selon lui, son oncle "était un homme proche des gens qui ne portait pas des costumes coûtant des milliers d'euros. Il vivait de manière simple, à l'inverse de Fillon".

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Olivier Duhamel trouve inadéquate la comparaison de François Fillon avec Pierre Bérégovoy

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