François Hollande à Florange : a-t-il oui ou non "tenu ses engagements" de 2012 ?

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VÉRIFICATION - Le président de la République se rend aujourd'hui à Florange pour défendre sa promesse de préserver le site industriel d'ArcelorMittal. Il assure avoir tenu ses engagements de campagne. Mais certains l'accusent pourtant de "trahison". Qu'en est-il vraiment ? Éléments de réponse.

"Je viens à Florange pour dire que j'ai respecté l'ensemble de mes engagements." Dans une interview publiée lundi matin par  Le Républicain Lorrain, François Hollande a pris les devants de sa visite prévue dans l'après-midi sur le site sidérurgique de Moselle, devenu un symbole de son quinquennat. 


Il affirme ainsi "qu'il n'y a eu aucune perte d’emploi", que la production d'acier est plus forte qu'il y a cinq ans et que les 200 millions d'euros d'investissement promis par ArcelorMittal fin 2012 dans l'accord signé avec le gouvernement ont été honorés. Le président de la République, tout à son bilan en vue de la présidentielle, a-t-il pour autant respecté ses engagements de campagne ? 

Si certains salariés du site industriel et une partie de la gauche dénoncent une "trahison" de François Hollande, c'est sur ce point en particulier. Quand, en février 2012, le candidat socialiste, debout sur l'estafette syndicale, s'était "engagé" auprès des salariés à faire une loi obligeant une grande entreprise à rechercher un repreneur avant de fermer un site, cela avait été assimilé logiquement à un engagement à maintenir les hauts fourneaux en activité. Dans ce sens, l'ancien ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg - aujourd'hui très critique sur ce bilan - avait proposé par la suite une nationalisation partielle pour assurer la survie des hauts fourneaux avant de pouvoir trouver un acquéreur. Sa proposition avait été écartée par le gouvernement Ayrault au profit d'un accord avec le groupe industriel. "L'engagement de maintenir les hauts fourneaux n'a pas été tenu", confirme à LCI la députée PS de Moselle et ex-ministre Aurélie Filippetti, compagne d'Arnaud Montebourg.  


Le site a bel et bien arrêté l'activité de ses hauts fourneaux, sa "filière chaude", en avril 2013. L'accord  entre ArcelorMittal et le gouvernement prévoyait au mieux une "mise sous cocon" de cette filière à l'arrêt, c'est-à-dire une maintenance permettant de rendre l'interruption d'activité réversible, et pas de fermeture dans les six ans. Aujourd'hui, les syndicats sont partagés sur la possibilité de relancer un jour ces hauts fourneaux, ce qui demanderait de très gros investissements. Ils sont pour l'heure fermés aux salariés et entourés de barbelés. En termes de production d'acier, Florange dépend désormais des usines de Dunkerque et de Fos.

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La promesse de sauvegarder les emplois des hauts fourneaux est tenue, dans la mesure où, comme l'affirme François Hollande, "il n'y a pas eu de plan social". Toutefois, sur les 629 emplois en jeu, près de 200 concernaient des salariés ayant atteint l'âge de la retraite. Les autres ont été reclassés sur le site de Florange.


Ce qui n'occulte pas la situation de l'emploi sur le site dans sa globalité. Comme l'indiquent les syndicats, Florange comptait au total 2800 CDI en 2011 et n'en compte plus que 2100 aujourd'hui. Et les salariés s'alarment de rumeurs de non-remplacement de départs à la retraite pour 300 postes. En outre, près de 2000 emplois indirects auraient été perdus chez les sous-traitants.

Conformément à l'engagement de François Hollande, une loi a bien été votée pour "obliger" un groupe "à rechercher un repreneur en cas de projet de fermeture d'un établissement". Cette "loi Florange" de mars 2014 a toutefois été promulguée un an après l'arrêt effectif des hauts fourneaux. Le Conseil constitutionnel a de son côté invalidé les dispositions contraignant une entreprise à accepter une offre de reprise "sérieuse" et les pénalités envisagées en cas de non-respect du dispositif. Ce qui faire dire aux détracteurs que la loi a été vidée de sa substance.


En outre, l'ambition initiale d'ArcelorMittal n'était pas de vendre mais d'interrompre les hauts fourneaux en conservant une option en cas d'embellie économique. Pour les syndicats, le groupe n'avait aucun intérêt - sauf à s'exposer à une concurrence directe - à chercher un repreneur pour cette partie spécifique de son activité sur le site de Moselle. 

L'accord passé en 2012 a été respecté sur le plan financier. L'engagement d'investir "180 millions d'euros en cinq ans pour consolider et renforcer la position de l'aval de Florange en tant que fournisseur d'acier à haute valeur ajoutée" (et notamment pour la filière automobile) a même été dépassé. Il pourrait en effet atteindre 240 millions d'euros fin 2016. En cela, François Hollande a tenu ses engagements. Ou plutôt : le groupe industriel a tenu les siens. Même si, selon la CGT, une partie de ces investissements correspondent à des "investissements courants", qui auraient donc été financés quoi qu'il arrive. 


Ces financements laissent espérer aux salariés l'ouverture d'une nouvelle "ligne de transformation de l'acier" qui permettrait de pérenniser enfin l'existence du site de Florange. S'ajoutent à ces investissements, enfin, les 20 millions d'euros engagés par l'Etat pour créer le "centre de recherche publique pour la sidérurgie lorraine" que François Hollande doit inaugurer lors de sa visite.

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