Report de l'annonce du gouvernement : Emmanuel Macron, l'homme pressé au "rapport distant à la ponctualité"

EN RETARD - Emmanuel Macron a la réputation de n'être pas spécialement regardant sur les horaires. Très très régulièrement en retard lorsqu'il était ministre, il semblerait qu'il poursuive sur sa lancée maintenant qu'il est à l'Élysée. Ce mardi, il a reporté au lendemain l'annonce du casting ministériel prévu... Entre annonce retardée et report des annonces, le nouveau président semble vouloir fixer son tempo. Vraiment ?

Dès le début de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron a pris la relève de François Hollande qui entendait rester "le maître des horloges" jusqu'au bout, notamment, lorsqu'il a pris la décision de ne pas briguer de nouveau mandat. En mars dernier, alors qu’il recevait de nouveaux soutiens de part et d’autre de l’échiquier politique, le président Macron l’avait répété : "Dans cette campagne qui a beaucoup de soubresauts, il est bon de rester le maître des horloges". 


Une façon de dire qu’il entend bien rester le chef, qu’il décide du tempo des annonces et des réformes qu’il veut mener. Et qu'il n'a que faire des habitudes des chaînes d'information. 

En Marche! mais surtout en retard

D'ailleurs, il l'a encore prouvé en tout début de mandat. Le 11 mai, la liste des candidats La République en marche investis pour les législatives a été annoncée avec une bonne heure de retard. Tout comme la cérémonie de la passation de pouvoir ce dimanche, après un entretien plus long que prévu avec François Hollande. Le lendemain, rebelote, avec l'annonce de la nomination d'Edouard Philippe au poste de Premier ministre. 


L'annonce aurait dû intervenir dans la matinée, puis à 14 h 30, mais... En attendant, les anciens de Matignon ont semblé trouver le temps un peu longuet, on point de Twitter leur impatience. Puis, à 14 h 52, une fumée blanche s'est échappée du palais en la personne d'Alexis Kohler, nouveau secrétaire général de l'Élysée. L'homme s'est avancé au micro dressé sur le parvis et a fait son annonce... d'une durée de 10 secondes. Une intervention laconique, sans explication sur ce retard.

De même, l'annonce du casting du gouvernement d'Edouard Philippe devait intervenir ce mardi en fin d'après-midi. Mais elle a finalement été reportée à mercredi 17 mai à 15h. Le temps de vérifier que tous les futurs appelés à prendre des postes ministériels soient passés au rayon X de la haute autorité pour la transparence de la vie publique. Le Conseil des ministres, traditionnellement installé le mercredi matin, s'en trouve du coup décalé à jeudi 18 mai durant la matinée.


Ainsi, en à peine trois jours de présidence, Emmanuel Macron a déjà dicté sa temporalité à tout le monde, journalistes et collaborateurs compris. Mais Richard Ferrand, secrétaire général d'En Marche nous avait prévenus : Emmanuel Macron "est rarement à l’heure, comme il le confiait récemment sur LCI. Il a un rapport distant à la ponctualité". 

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L'invité politique de 8h15 du 27 avril 2017 : Richard Ferrand, secrétaire général d'En Marche

Une question se pose alors pour ce président qui se pose en "maître des horloges" tout en étant toujours en retard : quel impact cela a-t-il sur sa communication ? Et surtout, quelle image renvoie-t-il ? Pour répondre à cette question, nous avons demandé à Philippe Moreau-Chevrolet, spécialiste de la communication et enseignant de la communication politique à Sciences Po. 

Les retards accréditent l’idée que la situation est plus complexe qu'Emmanuel Macron ne l’avait imaginéPhilippe Moreau-Chevrolet

LCI : Comment définir ce concept de "maître des horloges" ?

Philippe Moreau-Chevrolet  : On disait cela de François Mitterrand qui était une référence en matière de communication politique. Il reste le modèle absolu et avait cette particularité de maîtriser le calendrier médiatique. Ce rapport au temps a été très fantasmé et il y a l'idée que "si je veux être président, je dois fixer l’agenda médiatique" : "Je décide quand on parle de moi". Et puis il y a aussi cette phrase de Dick Cheney : "Si vous ne contrôlez pas l’agenda médiatique, les médias vont saccager votre agenda". Pour Emmanuel Macron, c'est une manière de se différencier de François Hollande en fixant lui-même le tempo.

LCI : Depuis son élection, tout a été annoncé puis reporté… Comment l'expliquer ?

Philippe Moreau-Chevrolet  : La politique prend du temps. C'est l'art de la discussion, de la négociation, de la séduction. Les Français ne sont pas idiots sur les alliances avec François Bayrou : les retards accréditent l’idée que la situation est plus complexe qu'Emmanuel Macron ne l’avait imaginé. Le risque est quand même qu'avec ces retards et reports, les gens se disent qu'il n'est pas si bien préparé que cela. Cela risque aussi de dégager une mauvaise image : celle d'un amateur ou de donner une idée de nonchalance, qu'on dise de lui qu'il est encore en retard. Cela peut abîmer l’image. Et dans le tempo actuel des médias, ça n’est pas efficace.

LCI : On sait qu’Emmanuel Macron est toujours en retard… a-t-on une explication ?

Philippe Moreau-Chevrolet  : Il est dans une démarche où il prend son temps, sans se presser. C'est une forme de pouvoir mais il est comme ça. Ici, il faut bien se dire, qu'il joue son avenir. Dans ce rapport-là, il veut valider chaque étape.

LCI : En politique, est-ce bien vu d’être toujours en retard ?

Philippe Moreau-Chevrolet  : C’est tout a fait normal. C’est l’inverse qui est étrange. La plupart des politiques sont en retard, ils déplacent ou reportent des rendez-vous : c'est une habitude politique. Emmanuel Macron est très normal de ce point de vue.

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