Hidalgo, la discrète devenue madone

Hidalgo, la discrète devenue madone

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MUNICIPALES 2014 - Au cours d'une campagne marathon d'un an et demi, Anne Hidalgo est passée du statut de discrète première adjointe de Bertrand Delanoë a celui de femme politique de premier rang. Une révolution personnelle pour cette femme d'appareil devenue dimanche soir la première femme maire de Paris.

Dimanche soir, à l'annonce des premiers résultats des élections parisiennes, Anne Hidalgo a pleuré un peu. Avant d'exploser de joie auprès de ses proches soutiens qui partageaient ses bureaux à l'étage du local de campagne, dont un favori, Bruno Julliard. Une bonne demi-heure plus tard, devant les journalistes, l'émotion est palpable mais elle a repris ses esprits.

Hidalgo, 54 ans, livre son premier discours de maire de Paris . "C'est la victoire des valeurs républicaines et du respect", dit-elle. Sous sa mandature, la capitale française "offrira au monde le visage du désir, de la beauté et de la sérénité". Désir, beauté, sérénité. Elle aurait pu ajouter "ville bienveillante", l'un des slogans répétés à l'envi lors d'une campagne marathon commencée à l'automne 2012. Ou encore "protectrice", l'autre mot-clé de la campagne de la socialiste, qui se plaît à évoquer au cours des discussions la "douceur de vivre" de son Andalousie natale. Des leitmotivs qui rappellent bien sûr la campagne de Ségolène Royal pour la présidentielle de 2007.

Féminisme et féminité 

Anne Hidalgo, féministe revendiquée, militante de l'égalité homme-femme depuis trente ans, ne s'est pour autant jamais privée d'invoquer les grandes figures de la féminité pour exprimer sa conception du pouvoir et se construire une image. "Les femmes dirigent-elles autrement ? Je pense que oui", avait d'ailleurs affirmé la dauphine de Bertrand Delanoë aux lecteurs de metronews qui l'avaient interrogée en mars 2013. "Ce n'est pas, avait-elle poursuivi, parce qu'on a des chromosomes différents, mais des expériences de vie différentes. Une femme sait ce que c'est que d'avoir à s'imposer dans un monde d'hommes, elle sait travailler dix fois plus pour être reconnue."

Transformée en madone par les forêts de caméras au cours des derniers mois de duel face à une autre figure politique féminine, Nathalie Kosciusko-Morizet, Anne Hidalgo n'était pas prédisposée à devenir l'égérie des médias. Si son nom est connu des Parisiens depuis 2002 - elle avait pris l'intérim de la mairie de Paris lorsque Bertrand Delanoë avait été grièvement blessé par un déséquilibré -, l'ancienne première adjointe a sagement attendu, dans l'ombre de son mentor, que ce dernier évoque sa propre succession pour s'autoriser à prendre le large. Alors même qu'elle portait le dossier crucial de l'urbanisme depuis 2008, elle ne s'exprimait jamais que dans le sillage du maire. "Nous avons une relation très forte, affective, politique, a raconté à son propos la nouvelle maire de Paris. Des Parisiens me disent qu'ils trouvent cela très bien, car en politique on n'est pas obligé de tuer celui qui est devant pour prendre sa place."

"Apparatchik"

Ce choix de la discrétion était risqué. Au début de sa campagne, Anne Hidalgo était encore moquée par certains observateurs politiques pour sa (trop grande ?) discrétion, ou encore "ses discours en forme de tunnels" qui provoquaient une certaine morosité dans l'assistance. "Sans relief", disaient les plus hostiles. "Apparatchik", en déduisait la droite parisienne, qui a peut-être conduit NKM à sous-estimer son adversaire au cours des premiers mois de campagne.

En un an et demi, Anne Hidalgo, a accompli une petite révolution personnelle. Silhouette plus mince, vêtements plus près du corps, style simple incarnant la Parisienne active et branchée, maquillage sobre et impeccable, la première adjointe est devenue animal politique et médiatique, probablement dopée par la présence de cet autre animal médiatique qu'est NKM. Même son discours a changé. Toujours considérée par certains observateurs comme une oratrice passable, elle s'est considérablement améliorée à la radio et à la télévision. "Il y a eu un gros travail d'accompli depuis deux ans, jugeait un militant au QG de campagne de la socialiste au soir du débat sur i>Télé face à NKM . Ses phrases sont plus courtes, plus efficaces. Elle n'hésite plus à couper la parole de son adversaire." Certains lui auront même reproché son "agressivité" lors du fameux débat d'entre-deux tours.

Son origine sociale comme arme politique

Discrète sur sa vie de couple - elle a trois enfants, dont le dernier de son mariage en 2004 avec le député PS des Hauts-de-Seine Jean-Marc Germain, proche de Martine Aubry -, Anne Hidalgo n'a jamais été avare sur ses origines, qu'elle utilise comme une arme politique. Fille d'immigrés espagnols andalous arrivés à Lyon en 1961, elle raconte volontiers sa jeunesse dans les quartiers populaires de Lyon. Face à NKM "l'héritière", elle offre aux Parisiens la belle image de la petite fille de province issue de l'immigration "qui rêvait de monter à Paris", des termes repris par Bertrand Delanoë lors du dernier meeting, jeudi dernier dans le 5e arrondissement. Elle bat le rappel des féministes et des partisans de gauche en rappelant son parcours : inspectrice du travail, militante à la Ligue des droits de l'homme, syndicaliste à la CFDT.

Elle évoque un peu moins son parcours dans les ministères à la fin des années 1990. C'est pourtant là que s'est jouée sa carrière politique. Avant que Bertrand Delanoë ne la fasse véritablement naître en politique en 2001, elle a pris ses marques au sein de trois cabinets ministériels sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, dont celui de Martine Aubry, alors ministre de l’Emploi, dont elle restera proche jusqu'à l'automne 2011, lorsque cette dernière a laissé parachuter à Paris la dangereuse rivale écologiste Cécile Duflot  aux législatives. Un geste qu'elle ne lui a jamais pardonné.

Patience

Anne Hidalgo aurait peut-être pu briguer la mairie de Paris dès la précédente mandature si Bertrand Delanoë était parvenu à mettre la main sur le PS au congrès de Reims, en novembre 2008. Après l'échec de ce dernier, elle a pris son mal en patience. La patience : un maître mot dans la stratégie d'Anne Hidalgo, qui a construit petit à petit sa légitimité à gauche, au point d'écraser dans l'œuf les rivaux potentiels lors de l'investiture pour la mairie de Paris début 2013, à commencer par le député Jean-Marie Le Guen. Un atout qui lui a en outre permis d'esquiver certaines attaques au boulet de canon de sa rivale de droite NKM.

Reste à savoir si la nouvelle maire de Paris sera "bienveillante", comme elle le promet aux habitants de la capitale. Souriante et chaleureuse, naturellement à l'écoute, prônant l'esprit d'équipe, Anne Hidalgo peut déstabiliser ses interlocuteurs. Alors que Bertrand Delanoë était connu de ses alliés pour ses colères homériques mais aussi pour son aptitude au dialogue, la méthode Hidalgo pourrait être sensiblement différente. Un élu de la droite parisienne décrivait ainsi, derrière ce calme apparent, une propension à ne rien lâcher à l'interlocuteur, a fortiori lorsqu'il s'agit d'un opposant politique, et à le faire céder à l'usure. Bienveillante ? L'exercice du pouvoir le dira bien vite.

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