"La Grande confrontation" : Daniel Cohn-Bendit, l'homme qui susurre à l'oreille d'Emmanuel Macron

ÉLECTIONS EUROPÉENNES 2019
DÉBAT - L'ex-député européen Daniel Cohn-Bendit affronte le polémiste Eric Zemmour ce lundi soir à 20h45 sur LCI, dans "La Grande Confrontation", débat sur les européennes. L'ancien leader de Mai-68, rallié au macronisme en 2016, prodigue régulièrement ses conseils au chef de l'Etat.

Après avoir animé les AG à l'université de Nanterre en Mai-68, puis tenu la tribune du Parlement européen durant vingt ans, il est maintenant celui qui susurre à l'oreille du président de la République. A 74 ans, Daniel Cohn-Bendit compte parmi les soutiens actifs de la campagne de la liste LaREM aux Européennes, et dispense publiquement ses conseils à l'exécutif, quitte parfois à fustiger certains choix politiques. 


L'ancien leader étudiant, qui débat lundi à 20h45 sur LCI face au polémiste Eric Zemmour dans "La Grande Confrontation", n'a jamais fait mystère de sa proximité avec Emmanuel Macron. Celui qui a quitté EELV en 2012, avant de prendre sa retraite du Parlement en 2014, a rencontré l'actuel chef de l'Etat lorsque ce dernier était encore ministre sous François Hollande, comme le rappellent Jean-Pierre Bedéï et Christelle Bertrand, auteurs de l'ouvrage La Macronie ou le nouveau monde au pouvoir (Archipel, 2018). Le destin a voulu que les deux hommes se retrouvent autour d'une table ronde organisée en juin 2016 à Science Po Paris, autour du thème "Où va l'Europe après le référendum britannique ?". 

"Une personnalité nouvelle"

L'ancien eurodéputé est vite conquis. En septembre 2016, alors que la droite organise sa primaire en vue de l'élection présidentielle, et que François Hollande se résout à abandonner la bataille pour sa réélection, Cohn-Bendit voit dans le social-libéralisme pro-Européen d'Emmanuel Macron la meilleure porte de sortie pour la France. "J'ai un tas de critiques à formuler sur Macron", dit-il alors, "mais c'est une personnalité nouvelle, qui prend du centre-gauche au centre-droit". Un soutien qui n'échappera pas au futur candidat. 

"Si Nicolas Sarkozy gagne la primaire, on risque l'effondrement du système. Il sera élu au second tour face à Marine Le Pen mais le niveau d'abstention sera tel qu'il n'aura aucune légitimité", fait encore valoir la figure de Mai-68 en novembre 2016. "Si c'est ça qui se dessine, je prendrai position pour Emmanuel Macron." 


Daniel Cohn-Bendit ne se contente pas d'apporter son soutien à la campagne du candidat, début 2017. On le trouve aussi aux côtés du candidat. Comme le rappelle Cécile Amar dans La Fabrique du Président (Fayard, 2017), il est présent à Berlin en janvier 2017 lorsque le candidat à la présidentielle s'apprête à tenir son discours à la Humbold Universität, consacré au couple franco-allemand. Peu de temps avant le discours, les deux hommes rencontrent l'ancien ministre allemand Joschka Fischer, grand ami de Cohn-Bendit et apôtre comme lui du fédéralisme européen. 


L'ancien leader étudiant n'est plus un simple compagnon de route. Il lui donne aussi des pistes pour son programme électoral. Selon Le Parisien, l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron teste, dès février 2017, l'hypothèse d'une nomination de Daniel Cohn-Bendit dans son gouvernement. Hypothèse alors écartée, en raison de la "liberté de parole" de l'intéressé qui pourrait s'avérer "difficile à gérer". Ce qui ne l'empêchera pas de faire partie des invités lors de la fameuse soirée du premier tour à La Rotonde. 

Plutôt dehors que dedans

Son soutien libre, Daniel Cohn-Bendit va donc l'exprimer de l'extérieur après l'élection d'Emmanuel Macron. L'écologiste est régulièrement au téléphone avec le président de la République. Il n'hésite pas à s'exprimer à ce sujet dans les médias. Voire à dénoncer telle ou telle mesure qu'il désapprouve, de la politique migratoire de la majorité à certains choix économiques, comme celui de supprimer l'ISF, voire "le déficit d'intelligence politique" du gouvernement. 


En septembre 2018, après la démission fracassante de Nicolas Hulot, son nom circule pour le remplacer au ministère de la Transition écologique. Daniel Cohn-Bendit n'hésite pas à mettre en scène son hésitation. Les deux hommes se retrouvent à l'occasion d'un long échange à l'Elysée, et c'est encore l'ex-soixante-huitard qui donne la conclusion dans une formulation surprenante : "On a décidé d'un commun accord que je ne serai pas ministre", annonce-t-il. Et d'expliquer : "J'étais divisé, je me suis dit : c'est le bon moment. Pour la première fois de ma vie, je me suis dit 'pourquoi pas'. Le Président m'a dit : 'Si tu es ministre, tu perds ta personnalité, tu n'as plus cette liberté. Est-ce que tu veux cela ?' On est d'accord que c'est une fausse bonne idée."


Lors du fameux échange, les deux hommes évoquent aussi les élections européennes. Emmanuel Macron le verrait bien contribuer activement à cette campagne. Daniel Cohn-Bendit ne ferme pas la porte. Fin 2018, l'hypothèse qu'il conduise une liste LaREM revient à plusieurs reprises sur le tapis. Mais là encore, il dira non. "Je ne suis pas tenté", tranche-t-il en octobre sur France Info. "Ce n'est pas mon plan de vie. J'aurai 74 ans, plus cinq ans, ça ferait à la fin 79 ans. Le Parlement européen, c'est un défi intellectuellement mais c'est physiquement éprouvant". 


Pour autant, au moment où la campagne de la tête de liste LaREM, Nathalie Loiseau, échoue à distancer celle du Rassemblement national, voici l'ancien activiste à nouveau appelé en renfort. On le trouve en meeting, le 6 mai, aux côtés de Pascal Canfin, pour vanter la vision écolo d'Emmanuel Macron. Et ce lundi soir, sur LCI, pour défendre sa vision de l'Europe face à son exact opposé, Eric Zemmour. 

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