"Le Parisien" renonce aux sondages : "On est entré dans une période de sevrage"

"Le Parisien" renonce aux sondages : "On est entré dans une période de sevrage"

OVERDOSE - "Le Parisien" a annoncé sa volonté de ne plus commander de sondages durant la présidentielle. Un fait inédit. Notre spécialiste Renaud Pila nous livre ses explications.

C’est une première dans le monde de la presse. Le quotidien Le Parisien a fait savoir qu’il ne commanderait plus de sondages durant toute la durée de la campagne présidentielle. Pour Renaud Pila, spécialiste politique chez LCI, cette décision est révélatrice d’un climat anti-sondages : "Il faut dire qu’on a eu successivement trois chocs politiques qui n’avaient pas été anticipé par les instituts : le Brexit en Grande-Bretagne, la victoire de Trump aux Etats-Unis, et chez nous en France le triomphe de François Fillon dans la primaire à droite", explique-t-il. 

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Mais pourquoi cette décision, au juste ? Renaud Pila affirme que la direction du quotidien souhaite ainsi "faire plus de place aux reportages de terrain, aux articles sur le fond des programmes". Toutefois, il ne s’agit pas pour notre spécialiste d’une remise en cause du travail des instituts de sondage : "Ce ne sont pas les sondeurs qui sont responsables, affirme-t-il.  Les sondages ne sont que des outils pour les journalistes.  Et si on prend l’exemple de la primaire à droite, ils ont eu beau répéter qu’il fallait prendre tous les chiffres avec une grande prudence parce que c’était la première fois qu’il y avait une primaire à droite, on s’est tous rués sur ces chiffres avec une frénésie anormale". 

Lutter contre "la religion des chiffres"

Il ajoute : "On s’est tous rués sur ces sondages beaucoup trop tôt. C’est là peut-être l’erreur majeure. Car il faut rappeler qu’un sondage, c’est comme une photo. Et à quoi bon commenter des photos quand le film n’a pas commencé ?"

Mais alors comment expliquer que, malgré la défiance qu’ils engendrent, les sondages soient partout ? "On critique les sondages mais on se jette dessus. Et pourquoi ?  Et bien parce qu’il y a une sorte de religion des chiffres. Car les chiffres c’est pratique, on peut leur faire dire tout et n’importe quoi. Si l’on reprend l’exemple de la primaire à droite , depuis le mois de septembre, tous les journalistes qui suivaient François Fillon racontaient que ses salles de meeting étaient pleines. Et pourtant dans le même temps, on continuait à affirmer qu’Alain Juppé était favori". 

Notre spécialiste conclut : "Cela pose des questions sur notre capacité à analyser le réel, à se défaire un peu des chiffres. A prendre un sondage uniquement comme un outil parmi tant d’autres, et notamment les reportages de terrain. D’ailleurs, il y a moins de sondages qui paraissent sur la primaire de la gauche. D’abord parce que l’enjeu est peut-être moindre pour les médias, et deuxièmement peut-être que l’on est entré dans une période de sevrage". 

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