Le procès en illégitimité d'Emmanuel Macron est-il légitime ?

LE "MAL ÉLU" - Depuis son élection à la présidentielle et jusqu'à ces derniers jours, Emmanuel Macron essuie une critique récurrente de l'opposition, en particulier à gauche : le nouveau Président serait mal élu et sa majorité non représentative des Français. Le procès en illégitimité tient-il la route ?

C'est un leitmotiv de l'opposition depuis son élection à la présidence : Emmanuel Macron, élu le 7 mai dernier avec 66.1% des voix, et sa majorité, issue des législatives avec 308 sièges REM et 42 Modem, ne seraient pas légitimes pour gouverner le pays et surtout conduire les réformes. Sur quoi reposent ces arguments ? LCI fait le point. 

"Emmanuel Macron n'a été élu qu'avec 43,6 des inscrits"

Un argument évoqué dès le soir du second tour par Raquel Garrido, lieutenant de Jean-Luc Mélenchon, pour montrer qu'Emmanuel Macron a été "mal élu" dans un contexte de forte abstention. En effet, 25.4% des incrits ne se sont pas rendus aux urnes le 7 mai, soit 12,1 millions de Français. "Il y a un problème de légitimité", en avait déduit l'avocate de La France insoumise, y voyant la nécessité de changer de Constitution et de République. 


Mais l'argument est à double tranchant. La question de l'abstention dépasse très largement le cadre de l'élection d'Emmanuel Macron. Sous la Ve République, seul Jacques Chirac a été élu en 2002, face à Jean-Marie Le Pen, avec plus de la moitié des inscrits. Tous les autres ont ainsi été "mal élus", à commencer par le général de Gaulle en 1965 (45.3%) ou François Mitterrand en 1981 (43%). En nombre d'électeurs, Emmanuel Macron (20,7 millions) a reçu plus de suffrages au second tour que François Hollande en 2012 (18 millions) et Nicolas Sarkozy en 2007 (18,9 millions). Un bémol cependant : ces derniers ne bénéficiaient pas d'un supposé "front républicain" puisqu'ils n'avaient pas à affronter le Front national au second tour. Emmanuel Macron, avec ses 66.1%, a ainsi massivement bénéficié d'un vote anti-FN.

"Une majorité absolue finit toujours dans l'absolutisme"

Cette formule de l'ex-patron du PS Jean-Christophe Cambadélis, prononcée durant les élections législatives, résume l'état d'esprit à gauche et à droite à la veille d'un scrutin qui s'annonçait très mauvais pour les formations traditionnelles. "Il ne faut pas qu'il y ait un parti unique", clamait également le sénateur LR Jean-Pierre Raffarin. De fait, les électeurs ont fini par donner une majorité extrêmement large à Emmanuel Macron, affaiblissant du même coup considérablement LR, UDI et surtout PS. 


Si le terme de "monarchie républicaine" employé par Jean-Luc Mélenchon peut traduire une critique déjà très ancienne sur les dérives possibles du régime semi-présidentiel de la Ve République, le mot de Jean-Christophe Cambadélis laisse songeur. Selon le Larousse, le terme "absolutisme" désigne "un système politique dans lequel le pouvoir est concentré entre les mains du souverain, qui en exerce tous les attributs (législation, justice, administration). Tout pouvoir exercé sans limite et sans partage". Les pouvoirs législatif et exécutif restent séparés constitutionnellement, quatre groupes d'opposition bien vivaces cohabitent dans la nouvelle législature, et rien d'entrave les pouvoirs de contrôle du Conseil d'Etat (qui vient de le montrer sur le projet de loi terrorisme) et du Conseil constitutionnel. Enfin, la majorité actuelle reste bien plus faible que celle obtenue par la droite en 1993, qui n'a pas pour autant débouché sur une dictature. 

"Il n'y a pas de majorité" pour la réforme du travail

La formule est de Jean-Luc Mélenchon et a été prononcée ainsi par le patron de La France insoumise au soir du second tour des élections législatives : "L'immensité de l'abstention montre qu’il n’y a pas de majorité pour détruire le code du travail, ni pour des lois liberticides, pour l’irresponsabilité écologique ou pour cajoler les riches, toutes choses qui apparaissent au programme du président". L'ancien candidat socialiste Benoît Hamon ne disait pas autre chose un mois plus tôt, après la présidentielle, affirmant qu'il n'y avait "pas de majorité pour démanteler le Code du travail". 


Si les Français se montrent partagés dans les sondages sur l'évolution du Code du travail, la réforme envisagée par le gouvernement - qui souhaite procéder par ordonnance - était annoncée dans les grandes lignes par le candidat Emmanuel Macron durant sa campagne. Jouissant d'une majorité absolue sur la base d'un programme annoncé à l'avance, le nouveau pouvoir peut difficilement être mis en porte-à-faux sur ce sujet. Reste l'ultime possibilité évoquée par Jean-Luc Mélenchon, lorsque ce dernier saluait la "grève civique" des Français après sa défaite aux législatives : "C'est la résistance la plus totale qui est légitime dans ces circonstances". Autrement dit, la colère de la rue, à défaut d'avoir la majorité. Ce qui, prononcé juste après les résultats d'un scrutin, peut conduire à remettre en cause le processus démocratique.  

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