Législatives 2017 : comment Jean-Marie Le Pen veut titiller le Front national

Élections Européennes 2019
GUERRE DES MARQUES - Sa petite-fille, Marion Maréchal-Le Pen, l'accuse de se perdre dans des "calculs politiciens". Que prépare Jean-Marie Le Pen pour nuire au FN et à sa fille, Marine ?

Les cadres du FN ont beau minimiser, voire moquer l'initiative du vieux leader de 88 ans, le projet de Jean-Marie Le Pen pour contrecarrer les projets de sa fille en 2017 prend forme. Le "Menhir", qui ne convoite pas la présidentielle mais les législatives, lancera sa campagne lors d'un "buffet politique" en Seine-et-Marne le 28 septembre.  Et si, officiellement, le FN n'en a cure, l'exaspération est au rendez-vous. Au point de faire réagir sa petite-fille, Marion Maréchal-Le Pen, dont il est pourtant si proche, qui l'accuse mardi de "calculs politiciens". Mais que prépare vraiment Jean-Marie Le Pen ?

Le président d'honneur déchu du FN (mais qui se revendique encore de ce titre) a lancé en mars dernier les "comités Jeanne", des cellules destinées à recueillir les soutiens et à préparer des candidatures concurrentes au parti de Marine Le Pen. L'intention est claire : "J'avais indiqué il y a de nombreux mois que si le courant de valeurs nationales et patriotiques que j'ai incarné durant des décennies ne pouvait plus s'exprimer à l'intérieur du Front national, j'agirais à l'extérieur", a rappelé le député européen le 25 août dernier, sur son blog puis sur le plateau de LCI.

Mouvement parallèle

Après la création de son collectif Jeanne, au secours, le fondateur du FN fait désormais peser la menace d'un nouveau mouvement politique en cours de constitution. Sur le site de l'Inpi, deux marques ont en effet été déposées cet été par un proche collaborateur, Gérald Guérin : "Front national libre" et "Front national français". 


Mais c'est surtout sur le terrain que les choses se jouent. Le vieux leader doit encore tester sa capacité de nuisance auprès des militants déçus par le Front national. "Jean-Marie Le Pen s'engage clairement dans les législatives", explique à LCI son proche collaborateur, Lorrain de Saint-Affrique. "Nous avons déjà la possibilité d'être présents dans 40 circonscriptions. Mais notre objectif est beaucoup plus ambitieux." A terme, le mouvement de Jean-Marie Le Pen espère viser 150 circonscriptions sur 577 (le Vaucluse, département d'élection de sa petite-fille Marion, mis à part). De quoi nuire au succès espéré par Marine Le Pen dans la foulée de la présidentielle. 

A la pêche aux déçus

La bataille de Jean-Marie Le Pen est avant tout une guerre de marques. En jeu : le nom du FN, que sa fille, dans sa quête de "normalisation", a choisi de ne pas faire figurer sur ses affiches de campagne pour la présidentielle. "On retire la flamme, on retire la mention FN, on retire le nom Le Pen... Ce nom, c'est 45 ans de l'histoire politique française. On a vraiment du mal à comprendre ce que fait Marine Le Pen", estime Lorrain de Saint-Affrique. "Jean-Marie Le Pen a cette expression : si Moët & Chandon (le célèbre champagne, ndlr) devenait Collard & Ménard, il faudrait 50 ans pour en faire une marque."

VIDEO. La nouvelle stratégie de Marine Le Pen pour la présidentielle

En vidéo

Plus de Marine et moins de FN : la stratégie de Le Pen pour 2017

D'où la stratégie des "comités Jeanne" : aller chercher les militants déçus par la "normalisation" - et l'orientation plus sociale - du parti de Marine Le Pen sous l'influence de son numéro 2, Florian Philippot, mais aussi des cadres "historiques" écartés par des jeunes pousses lors des investitures aux dernières élections. "Ils les appellent 'les aigris'. Mais il y a de quoi être aigri quand on vous remplace brutalement par quelqu'un d'autre", estime de Saint-Affrique, également secrétaire général des "comités Jeanne". Et qui assure, un brin perfide, que les meilleurs recrutements se font actuellement... dans l'Est de la France, territoire d'élection de Florian Philippot.

La bataille juridique en toile de fond

La bataille n'est pas seulement politique. Loin de là. Le 5 octobre, la justice se penchera sur l'action intentée par Jean-Marie Le Pen contre son exclusion il y a un an. Il réclame 2 millions d'euros au titre du préjudice subi, et surtout sa réintégration au sein du FN. Au delà des "calculs politiciens" pour 2017, c'est peut-être là que se joue la bataille pour l'héritage familial. 

Lire et commenter