Il présente 52 candidats aux législatives : le "Parti Égalité Justice" est-il une "officine" d'Erdogan ?

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ÉLECTIONS - Le Parti Égalité Justice (PEJ), qui présente 52 candidats aux législatives, est accusé par certains médias et élus d'être une émanation de l'AKP, le parti d'Erdogan, au pouvoir en Turquie. Le programme du PEJ reprend en tout cas des thématiques semblables à l'AKP, et des membres éminents du PEJ ne cachent pas leur sympathie pour le président islamo-conservateur turc.

C'est un nouveau venu qui fait beaucoup parler de lui. Le Parti Égalité Justice (PEJ), qui présente 52 candidats aux élections législatives, a été accusé ces derniers jours d'être lié au parti d'Erdogan, le chef d'État turc, très critiqué pour avoir attaqué la démocratie et les libertés publiques en Turquie.

Pour le journal communiste L'Humanité et le Parti communiste, le PEJ est une "officine" de l'AKP. L'hebdomadaire Marianne, quant à lui, dénonce "la main d'Erdogan" derrière le parti et les positions traditionnalistes et conservatrices exprimées dans son manifeste fondateur, datant de 2015. Le journal y voit la volonté de capter le vote de la communauté turque en France, forte d'environ 600.000 personnes. Une bonne partie des candidats du PEJ aux législatives se présente effectivement dans des circonscriptions où cette commuauté est présente. 

Un programme social et très conservateur en partie édulcoré

S'opposer au "positionnement libertin de la société française pour pouvoir revenir à la cellule familiale traditionnelle", créer un "organe communautaire chargé de surveiller le processus législatif", s'opposer à "l’enseignement de la théorie du genre dans les écoles", abolir la loi sur le mariage homosexuel. Toutes ces propositions figurent effectivement en toutes lettres dans le manifeste fondateur du PEJ. Mais pas de trace de ce document sur le site du parti

Lors d'une conférence de presse sur Facebook, le président du PEJ reconnaît une "refonte complète du manifeste et du programme" et ajoute que "à la fondation du PEJ, il y a peut-être certaines personnes qui avaient une influence un peu sectaire concernant la société", rapporte Le Figaro.

Aujourd'hui, en se promenant sur le site du PEJ, on ne trouve aucune réference à Erdogan, ni au "positonnement libertin" de la France ou aux autre formules ci-dessus, à part la lutte contre "la théorie du genre dans les écoles". Le programme avance des propositions axées sur la justice sociale, la lutte contre les discriminations. On y trouve également une proposition de "moratoire sur la laïcité" en vue de "renforcer l’esprit de la notion de la laïcité" et afin d'aboutir à une "reconnaissance" de "minorités".

Des membres du PEJ qui soutiennent Erdogan

Aucune mention d'Erdogan ne figure sur le site officiel du PEJ, et la Turquie n'est évoquée que pour soutenir son adhésion à l'UE. Il serait donc ardu de conclure, sur cette seule base, que le PEJ joue le jeu du chef d'État turc. Sauf que plusieurs membres du PEJ ont fait publiquement état de leur soutien à Erdogan.

Dans un tweet exhumé par Le Canard enchaîné, datant de 2016, le candidat PEJ à la législative partielle de 2016 dans la circonscription de Strasbourg, Murat Yozgat, s'en prend aux membres de la confrérie Gülen, accusés par le camp Erdogan de la tentative de putsch ratée de juillet 2016 : "Pendez-les tous, jusqu'au dernier. Rétablissement en urgence de la peine de mort."

En allant voir son compte, on trouve également cette série de tweets (qui se lisent de bas en haut) publiée en mars 2016 :

Le co-fondateur et président-honoraire du PEJ, Ali Gedikoğlu, qualifiait Erdogan, sur Slate, d'"homme authentique grâce auquel le peuple turc a retrouvé une fierté", rapporte Le Figaro. Le quotidien ajoute que ce même Ali Gedikoğlu "apparaît sur Facebook à une manifestation favorable au gouvernement turc". Il affirmait sur Facebook, au lendemain de la tentative de coup d'Etat attribuée au Gülenistes : "Où que vous les voyiez, crachez au visage de tous ceux qui éprouvent de la sympathie pour ces bâtards..!!!", rapporte pour sa part Rue89.

Contacté par Le Figaro, le président du PEJ partage avec le président Erdogan son scepticisme sur le génocide arménien, reconnu par la France et le Parlement européen. "Laissons faire le travail aux historiens pour qu'on puisse voir s'il y a eu génocide, ou des faits réciproques lors d'une guerre qui a été incontrôlée", a affirmé le leader du PEJ.

Un intérêt financier à présenter plus de 50 candidats ?

Des cadres pro-Erdogan, un programme expurgé de ses saillies les plus traditionnalistes. Voilà la façade du PEJ, dont le président a pour objectif d'atteindre 2% des voix au premier tour des législatives. Ce qui est sûr, c'est que présenter 52 candidats permettrait de toucher des financements publics (1,42€ par voix et par an) au cas où 50 candidats recueillent au moins 1% des suffrages exprimés. De quoi percevoir plusieurs centaines de milliers d'euros en cinq ans.

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