Législatives : cinq choses à savoir sur François Baroin, le nouvel homme fort de la droite

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POST-FILLON - François Baroin a été adoubé ce mardi par le bureau politique des Républicains pour conduire la droite lors des législatives de juin prochain. Qui est donc le sénateur-maire de Troyes, ce "bébé Chirac" plusieurs fois ministres et qui avait été appelé à la rescousse pour tenter de sauver la campagne de François Fillon ?

Et si le moment de sa consécration était enfin arrivé ? François Baroin, considéré depuis longtemps comme celui qui pourrait incarner la relève à droite, a été adoubé ce mardi 2 mai par le bureau politique des Républicains pour conduire, à la place de François Fillon, retiré de la scène nationale depuis sa défaite le 23 avril, la bataille des législatives. 

Le sénateur-maire de Troyes aura la lourde responsabilité de préserver l'unité dans son camp face aux risques de ralliement à Emmanuel Macron et surtout d'amene la droite et le centre à la victoire en juin. Son objectif : imposer au prochain président de la République une cohabitation pour les cinq prochaines années. 

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Si son nom est assez connu du grand public, son parcours et son influence au sein de la droite le sont peut-être moins. Voici les principaux éléments que l'on peut retenir de sa déjà longue carrière politique. 

1. Le fils spirituel de Chirac

François Baroin, âgé aujourd'hui de 51 ans, a longtemps été affublé du titre de "bébé Chirac". Il faut dire que l'éternel jeune homme de la droite a rencontré l'ancien président de la République à l'âge de dix ans. Comme le rappellait fin 2016 un portrait de Marianne, après la mort accidentelle de son père, ami intime de Jacques Chirac, dans un accident d'avion au Cameroun, le jeune François a été accueilli comme un "fils" par la famille Chirac.  

C'est avec le soutien de Jacques Chirac qu'il entrera en politique, après une brève carrière de journaliste au service politique d'Europe 1, où il avait été recruté par Jean-Pierre Elkabbach. En 1993, le voici donc investi par le RPR pour les législatives. Il deviendra le benjamin de l'Assemblée, à 28 ans seulement. En 1995, il est élu à la mairie de Troyes. Signe de cette confiance, Jacques Chirac le prendra comme porte-parole de sa campagne la même année, puis comme porte-parole du gouvernement après son élection. En 2005, il sera aussi son ministre de l'Outre-Mer dans le gouvernement de Villepin, puis éphémère ministre de l'Intérieur après le départ de Nicolas Sarkozy en 2007.

2. Le duel avec Alain Juppé

Le parcours de François Baroin est également marqué par sa rivalité avec Alain Juppé, l'autre fils spirituel de Jacques Chirac. "Juppé n'est pas le meilleur d'entre nous, c'est le préféré d'entre nous", grinçait l'intéressé lors de la primaire de la droite, à l'automne dernier. "Il n'a pas confiance en moi et je n'ai pas confiance en lui."

François Baroin n'a jamais oublié sa difficile cohabitation avec Alain Juppé lorsque ce dernier était installé à Matignon, il y a 22 ans. Le benjamin du gouvernement avait été évincé par le Premier ministre après seulement six mois en poste. En 2011, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé avait, là encore, voulu empêcher - en vain - sa nomination au ministère de l'Economie au motif qu'il n'avait "pas la carrure". De quoi nourrir une certaine rancoeur, au point, diront les observateurs, d'avoir choisi de s'allier à Nicolas Sarkozy durant la primaire de la droite fin 2016, et d'avoir soutenu François Fillon contre vents et marées lorsque ce dernier, empêtré dans sa mise en examen, était pressé par une partie de la droite de céder la place à Alain Juppé

3. L'homme des régions

François Baroin a une force, c'est son réseau d'élus locaux. Porté dès 1995 à la présidence de l'Association des maires de l'Aube, il n'a eu de cesse d'entretenir cette relation avec les élus de province, comme député puis comme sénateur. A ce titre, la consécration est arrivée lorsqu'il a été élu à la présidence de l'influente Association des maires de France (AMF) en novembre 2014. Un poste d'observation idéal. 

Le lieu idéal, aussi, pour faire passer ses convictions, parfois à rebours des prises de position d'une partie de la droite conservatrice, notamment lorsqu'il s'engage, par la voix de l'AMF, contre l'installation des crèches de Noël et de tous les signes religieux au sein des mairies. Un lieu d'influence, enfin, le soutien des élus locaux étant une étape incontournable pour mener une campagne présidentielle. 

4. Un positionnement compliqué

Proche de Jacques Chirac, François Baroin en a hérité de sa réputation de "modéré" au sein de la droite. Conscient de cette position consensuelle, Nicolas Sarkozy lui avait d'ailleurs confié, comme Jacques Chirac avant lui, la fonction de porte-parole du gouvernement en 2010. Peu sensible, voire réfractraire, aux débats identitaires qui ont vu le jour à la droite du parti, le sénateur-maire de Troyes a incarné, comme Alain Juppé, une forme de pondération susceptible de rallier des électeurs du centre-droit. C'est à ce titre que François Baroin a été sollicité en 2016 pour équilibrer la candidature de Nicolas Sarkozy (en échange d'une nomination à Matignon en cas de victoire). C'est à ce titre, aussi, qu'il a été appelé en renfort par François Fillon lorsque la campagne de ce dernier a pris l'eau. C'est à ce titre, enfin, que François Baroin a été désigné pour conduire les élections législatives de juin. 

Malgré tout, cette image de modération a été sensiblement altérée au contact, précisément, de Nicolas Sarkozy et de François Fillon. Durant la campagne, on a pu voir le sénateur-maire, jadis hostile au débat sur l'identité nationale, défendre bec et ongles la sortie de l'ancien président sur "nos ancêtres les Gaulois" ou encore fustiger "l'identité heureuse" d'Alain Juppé. Pour se venger, ce dernier s'était plu à raconter une confidence passée de François Baroin, alors irrité par la radicalisation des idées à droite : "Je vais quitter l'UMP. J'en n'en peux plus de cette dérive droitière." 

5. Son serpent de mer : Matignon

Si son nom a régulièrement été sorti des cartons parmi les potentiels présidentiables, François Baroin n'a pourtant jamais manifesté l'intention de se présenter à l'élection suprême, y compris lorsque l'hypothèse a été soulevée, au plus fort de l'affaire Fillon. Ses détracteurs à droite lui collent volontiers de "paresseux comme une couleuvre", de "dilettante" ou "d'aigri", ce qui le met en colère. 

Et pourtant : rares sont les responsables politiques qui auront été aussi souvent pressentis comme potentiels Premier ministres. Dans la période récente, Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire, lui avait promis un portefeuille à Matignon en échange de son soutien. François Fillon, candidat, avait également laissé entendre qu'il pourrait nommer l'éternel jeune espoir de la droite à Matignon si les Français l'élisaient. Et pour la première fois, François Baroin a lui-même manifesté ces derniers jours sa "disponibilité" pour diriger le gouvernement au cas où la droite arriverait en tête aux législatives de juin prochain. L'occasion ou jamais ?

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