Les 3 raisons qui ont conduit Emmanuel Macron à nommer Edouard Philippe à Matignon

DÉSTABILISATION - En nommant un Premier ministre de droite en la personne d'Edouard Philippe, Emmanuel Macron accélère la recomposition politique qu'il a appelé de ses vœux tout au long de la campagne et impose à la droite la même fracturation qu'il a imposée à la gauche.

"Loyal", "compétent", "il a le profil"... Sans confirmer les rumeurs, les proches d'Emmanuel Macron invités à donner leur avis sur l'hypothèse de la nomination d'Edouard Philippe au poste de Premier ministre étaient plutôt du genre à louer les qualités du député-maire du Havre. 


Ainsi de la transfuge du clan Juppé Aurore Bergé, qui a loué ses "capacités à animer une équipe". "C'est ce qu'on attend d'un Premier ministre qui devra être le chef de file pour les législatives en juin mais aussi pour être le chef d'une majorité", a rajouté la conseillère municipale de Magny-les-Hameaux, candidate aux legislatives sous la bannière REM. 


Mais sa nomination à la tête de Matignon répond à d'autres nécessités qu'aux qualités humaines qu'on lui prête.

Obligation de cohérence

Depuis qu'il fait irruption sur la scène politique, Emmanuel Macron répète avec conviction son mantra : "Et de droite et de gauche", en réunissant autour de lui toutes les personnalités qui se reconnaissaient dans son "diagnostic" de l'état de la France et les solutions qu'il proposait pour y remédier. "L'enjeu, expliquait-il en novembre 2016, n'est pas pour moi de rassembler la gauche iou de rassembler la droite, c'est de rassembler la France." Il devient dès lors logique, pour celui qui fut présenté, notamment par le clan Fillon, comme l'héritier de François Hollande, de choisir quelqu'un engagé à droite pour prendre les rennes de l'hôtel de Matignon. Surtout après que son mouvement a été accusé de "recycler le PS" à l'occasion de l'annonce des candidatures aux législatives, (24 députés PS sortants, certains ministres de François Hollande épargnés dans leurs circonscriptions). 

Déstabiliser la droite

En parlant des ténors de la droite, Emmanuel Macron avait une stratégie très offensive en tête, après la victoire de François Fillon à la primaire de son camp, en novembre 2016. Voilà comme il envisageait les choses, comme l'a rappelé un reportage d'Envoyé Spécial diffusé le 11 mai :

Il faut déstabiliser une partie de la droite qui ne se retrouve pas dans le vote Fillon. Est-ce que vous qui avez soutenu NKM, monsieur Juppé, qui êtes à l’UDI ou au MoDem, vous vous retrouvez dans la candidature de François Fillon ? Vous ne partagez rien de commun, mais beaucoup plus avec nous. Pour des raisons politiques, les états-majors ne viendront pas. On le sait très bien. On en a fait le diagnostic très tôt. Donc je ne cherche pas à les faire venir, je cherche à les déstabiliser en leur ouvrant les bras.

Un François Fillon dont Emmanuel Macron avait critiqué le programme en forme de "retour en arrière" dès novembre et dit, début avril au Monde, qu'il "était en train de réaliser le rêve de Patrick Buisson de la convergence entre l'extrême droite et une partie de la droite dite républicaine". Pas vraiment celle à laquelle s'adresse Emmanuel Macron, qui avait multiplié pendant la campagne les appels du pied "à la droite orléaniste et au gaullisme social". 


En appelant un proche d'Alain Juppé à Matignon, en épargnant certains ténors de la droite aux législatives, Emmanuel Macron concrétise cet appel du pied. Pendant la campagne de la primaire de droite, le mentor d'Edouard Philippe s'était fait le chantre de "l'identité heureuse", bien loin des thèses identitaires de François Fillon, et de la libération de l'économie. Deux points communs qui pourraient bien aider à scinder Les Républicains en deux.

Composer une majorité

Donnée en tête aux élections législatives, la République en marche ! clame sur tous les plateaux télé et radio viser la majorité absolue au "troisième tour de l'élection présidentielle". Avec jusqu'à 29% d'intentions de vote dans un dernier sondage Harris Interactive, quand Les Républicains et le FN pointent autour de 20%, la France insoumise à 14% et le Parti socialiste à 7%, les oracles sont effectivement bons. 


Un préalable essentiel pour ne pas avoir à composer avec d'autres groupes politiques au moment des votes cruciaux. Mais cela reste une gageure, de par la nature composite du parti et de la fracturation politique observée au premier tour de l'élection présidentielle, où quatre forces politiques ont réalisé peu ou prou le même score. Pour Emmanuel Macron, l'oeillade aux électeurs de droite en mettant leurs représentants à des postes de premier plan est donc essentielle. Ce pourrait être alors la clé de la mjorité absolue.

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