Manuel Valls quitte le PS pour siéger avec le groupe REM à l'Assemblée : pourquoi la rupture était inévitable

ADIEUX - L'ancien Premier ministre Manuel Valls a annoncé mardi matin sur RTL qu'il quittait le Parti socialiste, auquel il a adhéré il y a 37 ans, pour "faire vivre la gauche républicaine". Il fera partie de la majorité République en marche. La fin d'une longue histoire de désamour avec une partie du PS.

Il a fini par boucler la dernière étape. Manuel Valls a annoncé mardi matin sur RTL qu'il quittait le Parti socialiste, mouvement auquel il a adhéré il y a 37 ans. Il ne fera ni partie du groupe socialiste à l'Assemblée, ni à celui des "progressistes" favorables au gouvernement constitué autour d'Olivier Falorni. L'ancien Premier ministre de François Hollande sera finalement intégré au groupe de la majorité République en marche.


"Je ne renoncerai jamais à l'exercice de la responsabilité et c'est la différence avec ceux qui commentent", a indiqué celui qui vient d'être réélu d'extrême justesse face à une candidate de La France insoumise dans son fief de la 1re circonscription de l'Essonne. Ajoutant : 

Dans les mois à venir je défendrai une certaine idée de la France, je ferai vivre la gauche républicaine. Je ne souhaite une chose, la réussite du quinquennat et la réussite de la France. Je serai dans la majoritéManuel Valls

L'annonce de Manuel Valls apparaît a posteriori comme une décision inéluctable après des mois de relations détériorées, non seulement avec les ex-frondeurs du Parti socialiste, mais aussi avec l'état-major de Solférino. L'ultime étape de cet éloignement : la décision du PS, lors de son conseil national de samedi, de se situer "dans l'opposition" au gouvernement actuel, alors que le député de l'Essonne avait dit et redit sa volonté d'œuvrer pour la réussite de la nouvelle majorité dessinée autour d'Emmanuel Macron. 


"Le Parti socialiste ne peut se reconnaître dans les mesures annoncées ou déjà engagées par le gouvernement", avait statué le conseil national dans sa déclaration finale. "Nous nous situons clairement dans l'opposition au gouvernement d'Edouard Philippe. Nous ne voterons pas la confiance au gouvernement", concluait-il, ne laissant aucune place aux socialistes souhaitant se rapprocher de l'exécutif actuel, dont fait partie l'ancien Premier ministre. 

Le divorce entre Manuel Valls et le PS ne remonte pas à l'élection présidentielle de 2017. L'ancien collaborateur de Michel Rocard, qui plaide en vain depuis plus de 30 ans pour le changement de nom du PS en un parti "progressiste" et souhaite transformer le logiciel, notamment économique, du mouvement, n'avait pas trouvé de majorité pour cela en 2011, en recueillant 5.63% des voix à la primaire socialiste en vue de la présidentielle. 


Nommé ministre de l'Intérieur de François Hollande en 2012, l'homme, qui n'a jamais dissimulé ses ambitions présidentielles, avait rapidement incarné, à gauche, un penchant pour l'autorité, voire, selon des détracteurs, pour une forme d'autoritarisme. Populaire néanmoins dans les sondages auprès des Français, il avait succédé en 2014 à Jean-Marc Ayrault à Matignon afin de tenter de donner un nouveau souffle au quinquennat en souffrance de François Hollande. Son action comme chef de gouvernement a achevé de diviser le Parti socialiste : la mise en œuvre du Pacte de responsabilité, favorable aux entreprises, les choix budgétaires puis la loi Macron relative à la croissance ont confirmé le caractère "social-libéral" de sa politique, entraînant la création d'un groupe de "frondeurs" au sein du Parti socialiste à l'Assemblée nationale, brisant de fait la majorité de François Hollande. 


C'est surtout la loi dite "Travail", soutenue bec et ongles par Manuel Valls, qui a précipité le divorce entre le chef du gouvernement et une partie des cadres et responsables du PS qui réclamaient, face au chômage, une réorientation à gauche de la politique. Sur le plan idéologique, sa vision ferme de la laïcité et de l'islam politique a suscité également des oppositions au sein de sa propre famille. Plus que toute chose, c'est le rapport au pouvoir qui a consommé le divorce. Les opposants à Manuel Valls ne lui ont jamais pardonné l'usage du 49.3 pour faire adopter, sans vote, les lois Macron et puis Travail. 

Après le forfait de François Hollande en décembre 2016, Manuel Valls, candidat à la primaire citoyenne en vue de la présidentielle, aura payé sans discontinuer son caractère clivant. Sa campagne, particulièrement houleuse et marquée par le fardeau du bilan présidentiel à assumer seul, s'est soldée par la large victoire de Benoît Hamon. 


Manuel Valls, refusant de soutenir le candidat socialiste ainsi désigné, comme l'y engageait la charte de la primaire, a achevé de fédérer contre lui l'ensemble des courants hostiles du PS, des "frondeurs" à Martine Aubry, qui l'accusaient de traîtrise. Actant l'incompatibilité de ses vues avec le projet porté par Benoît Hamon, l'ex-chef du gouvernement a pris fait et cause pour Emmanuel Macron dès le premier tour de la présidentielle. Un soutien embarrassant pour le futur Président, dont le thème de campagne était le renouvellement politique. Et du coup, une démarche très isolée qui a failli lui coûter son siège de député dans l'Essonne, où le PS a renoncé à lui opposer un concurrent, mais où certaines forces de gauche ralliées à la candidate de La France insoumise, l'ont fait vaciller. 

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Depuis avril, Manuel Valls était visé par une procédure d'exclusion du PS, un parti lui-même moribond, pour son refus de soutenir Benoît Hamon, qui a rassemblé à peine plus de 6.36% des voix autour de son projet. 


En quittant le parti de son propre chef, l'homme fait finalement un choix cohérent et s'évite du même coup de subir l'ultime vengeance de ses anciens camarades. 

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