Mélenchon et l'intox du "dictateur gauchiste corrompu" : histoire d'un raccourci bien pratique

Mélenchon et l'intox du "dictateur gauchiste corrompu" : histoire d'un raccourci bien pratique

ÉLECTIONS LÉGISLATIVES 2017
PASSION ARCHIVES - Un extrait du passage de Jean-Luc Mélenchon dans l'émission "Des paroles et des actes", en mai 2016, refait actuellement surface sur les réseaux sociaux. Le but ? Sous-entendre que le candidat de la France insoumise soutient un président bolivien "corrompu". Sauf que l'histoire n'est rapportée, par les détracteurs de Mélenchon, qu'à moitié.

Vous vous en souvenez peut-être. C’était le 26 mai 2016, sur le plateau de l’émission "Des paroles et des actes", une scène particulièrement tendue entre Jean-Luc Mélenchon et le journaliste économique François Lenglet. Souhaitant mettre en lumière les amitiés internationales de l'invité, le chroniqueur a énuméré la liste des "hommes politiques" admirés par le candidat de la Franse insoumise.


"Vous nous avez vendu successivement plusieurs modèles. Trois hommes politiques que vous avez dit admirer" explique François Lenglet. "Le premier, c’est Hugo Chavez, le président du Venezuela et son successeur Maduro : après quinze ans de gouvernement chaviste, le Venezuela est dans un état de décomposition économique total (…). Vous avez également célébré Evo Morales, le président de la Bolivie qui est aujourd’hui empêtré dans des scandales de corruption considérables et puis le troisième, c’est le grec Aléxis Tsipras, (…). Autrement dit : quelqu’un qui a précipité la faillite de son pays, un corrompu et un social-traitre. Quel panthéon !"


Jean-Luc Mélenchon l’avertit alors : "Pesez vos mots monsieur Lenglet ! Vous traitez Evo Morales, président de la Bolivie, de corrompu ?" Le journaliste se justifie alors : "La petite amie de monsieur Morales, qui est la mère de son fils, a bénéficié de 500 millions de dollars de commandes publiques, allez m’expliquer que tout cela est normal !"

"Dictateurs gauchistes"

Cette séquence a massivement ressurgi sur les réseaux sociaux au début du mois d’avril, à quelques semaines de l’élection présidentielle. Le désormais fameux "@tprincedelamour", twittos bien connu de la patriosphère, s’est le premier fait le relais de l'extrait. Un tweet dans lequel  il insiste sur le soutien de Mélenchon à des "dictateurs gauchistes" - partagé à plus de mille reprises, et qui a en outre fait le miel des fans d'Emmanuel Macron. 

Mise au point de François Lenglet

Un extrait qui manque cruellement de remise en contexte. Car il y a une suite à cet épisode du 26 mai 2016. En effet, les propos tenus à l'antenne par François Lenglet au sujet d'un "Evo Morales corrompu" ne sont pas passés inaperçus. Cet argumentaire, qui faisait explicitement référence à "l'affaire Gabriela Zapata" - un feuilleton politico-médiatique impliquant un fils caché du président et des soupçons de trafic d'influence  en faveur d'une entreprise chinoise - a fait réagir jusqu'à l'ambassade française de Bolivie. 


Le lendemain de l'émission, l'ambassadeur Jean-Paul Avila a ainsi adressé une lettre à France 2, l'informant de son "indignation par rapport aux propos démesurés et au manque d'information et du prudence" du journaliste. Et a rappelé que le Parlement avait blanchi Evo Morales des accusations de trafic d'influence en faveur de son ex-compagne Gabriela Zapata. Conclusion : pour l'heure, et même si de nouveaux rebondissements peuvent survenir dans cette sulfureuse affaire, Evo Morales est considéré comme innocent. A l'époque, Acrimed et Arrêt sur Images avaient soulevé la bourde du journaliste économique.

D'ailleurs, François Lenglet n'a pas ignoré cette mise au point. Et a publié, le 30 mai de l'année dernière, un erratum sur le site de France Info, assurant l'ambassadeur de son "respect pour la Bolivie et ses institutions". Un correctif que se gardent bien de rappeler aujourd'hui les détracteurs à Jean-Luc Mélenchon, ne diffusant à dessein qu'une partie de l'histoire.

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