Michèle Rivasi, finaliste de la primaire EELV : "Je peux encore créer la surprise !"

Élections Européennes 2019

INTERVIEW - Avant le débat qui l'opposera jeudi soir à Yannick Jadot en vue de leur face-à-face en finale de la primaire EELV, Michèle Rivasi a répondu aux questions de LCI. La tombeuse de Cécile Duflot au premier tour parle de sa vision de l'écologie, de son programme et de son regard sur le bilan environnemental de François Hollande.

Elle a été la surprise du premier tour de la primaire EELV. Et elle veut être aussi celle du second, car Michèle Rivasi n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. A 63 ans, l'eurodéputée reconnue pour ses compétences sur les questions nucléaires (lisez son portrait ici) défend une écologie protectrice et défenseure de l'intérêt général. Comme son rival Yannick Jadot, que nous avons également interviewé, celle qui a fondée la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad) après la catastrophe de Tchernobyl refuse toute alliance avec le Parti socialiste. Mais contrairement à son adversaire, elle pense pouvoir remporter l'élection présidentielle en 2017. Pour cela, Michèle Rivasi compte sur les militants écologistes, qui la soutiennent visiblement plus que les membres du parti Europe Ecologie-Les Verts, qui l'accusent parfois de ne pas la jouer assez collectif.  

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    LCI : Quelle écologie défendez-vous ?

    Michèle Rivasi : Une écologie d’alerte, de protection, de transformation. Je suis pour une écologie qui agit, qui apporte de l’emploi par la rénovation de l’habitat, le développement des énergies renouvelables ou la mise en place de circuits courts dans l’alimentation. Je prône aussi une écologie de protection car je veux améliorer la qualité de vie des gens, en leur apportant une eau meilleure, en diminuant l’utilisation des pesticides et la pollution de l’air, en commercialisant des voitures propres. Pour moi, il faut absolument lier l’urgence sociale et l’urgence environnementale. Nous ne pouvons pas nous permettre de défendre le climat et de critiquer les autres partis à ce sujet si, de l’autre côté, nous ne répondons pas aux gens qui ne peuvent pas se nourrir et se loger.

    LCI : Comment l’écologie peut-elle créer des emplois ?

    Michèle Rivasi : Regardez en Allemagne, en 2011, entre la rénovation de l’habitat et le développement des énergies renouvelables, 370.000 emplois ont été créés. Mais pour cela, il faut d’abord réduire le temps de travail. La première loi Aubry sur les 35 heures avait permis de créer entre 300.000 et 400.000 emplois. En Allemagne, dans la plupart des entreprises, les employés sont aux 28 heures. Nous, nous proposons le passage aux 32. Et puis, prenons par exemple l’agriculture : si toutes les cantines se mettent à faire du bio, l’activité des agriculteurs présents sur les territoires alentours sera préservée.

    "Le gros problème de François Hollande, c’est qu’il n’a pas donné de vision et de perspective"

    LCI : Quel bilan tirez-vous du mandat de François Hollande en matière d’écologie ?

    Michèle Rivasi : C’est un bilan très négatif. L’écotaxe, qui aurait permis de récupérer de l’argent pour développer le fret, a été abandonnée. Et cela a des conséquences directes sur Alstom, en difficulté à cause du manque de commandes publiques. Le président n’a pas fermé Fessenheim alors que cela devait être fait en 2016. D’une manière générale il n’y a pas assez d’innovation sur les énergies renouvelables, sur les façons de travailler. Le gros problème de François Hollande, c’est qu’il n’a pas donné de vision et de perspective. Il a signé la COP 21, une vraie réussite diplomatique, mais derrière il n’y a aucune mise en œuvre. Nous ne donnons pas l’exemple. On sent que ce sont les lobbies qui nous gouvernent.

    LCI : Vous avez un peu le même profil que Yannick Jadot, étant tous les deux proches des associations et du terrain. Comment pouvez-vous vous démarquer ?

    Michèle Rivasi : Mon parcours est plus associatif que le sien, je suis vraiment quelqu’un de terrain. Je n’ai pas été que députée mais j’ai été élue dans des localités. Je connais un peu tous les rouages. Je suis plus sur la conjugaison du social et de l’environnement. Surtout, je pense que je peux gagner. Je ne vais pas dire ‘je ne vais pas gagner, je vais d’abord construire l’écologie’. Les gens ont besoin de quelqu’un qui a envie de gagner, l’histoire n’est pas encore écrite. Je peux encore créer la surprise !

    "Les militants écologistes sont très autonomes, je fais appel à leur intelligence"

    LCI : Cécile Duflot a déclaré qu’elle ne soutiendrait aucun candidat entre les deux tours, et Karima Delli a annoncé son ralliement à Yannick Jadot. Est-ce un désavantage pour vous de ne pas pouvoir compter sur leur soutien ?

    Michèle Rivasi : Non. Les militants écologistes sont très autonomes, ce ne sont pas les militants socialistes ou Les Républicains, ils choisissent par eux-mêmes. Je fais appel à leur intelligence.

    LCI : Quelles seraient les trois premières mesures que vous prendriez si vous étiez élue ?

    Michèle Rivasi : Tout d‘abord, je mettrai en œuvre la loi sur la transition énergétique. J’ai très peur, avec les dysfonctionnements dans les centrales nucléaires, qu’il y ait un accident. Donc je fermerai progressivement toutes les vieilles centrales. Ensuite, je m’attellerai à combattre la pollution de l’air, qui cause 47.000 décès par an. Il faudrait que tout le monde puisse acheter des voitures de qualité, il faudrait développer la mobilité douce et les transports collectifs. Puis je voudrais mettre l'accent sur la culture et l’éducation. Notre éducation est trop basée sur l’élitisme. Aujourd’hui, les jeunes qui ne réussissent pas dans des concours perdent confiance en eux, et les effets peuvent être désastreux.

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