Municipales à Paris : qui s'alliera à qui pour le second tour ?

Agnès Buzyn, Rachida Dati et Anne Hidalgo, candidates au second tour à Paris.
Élections Municipales 2020

SCRUTIN DU 28 JUIN - Le dépôt des listes en vue du second tour est prévu jusqu'au 2 juin. C'est l'heure des grandes tractations entre les listes parvenues au second tour à Paris : celles d'Anne Hidalgo, de David Belliard, de Cédric Villani et d'Agnès Buzyn. Où en est-on ?

Le mot est devenu un repoussoir pour les candidats, et pourtant, on y est : à un mois du second tour des municipales, voici venue l'heure des grandes tractations d'appareils. Alors qu'à Lyon, l'ex-maire Gérard Collomb a créé la surprise en renonçant à la métropole pour s'allier à la droite, la majorité présidentielle semble également naviguer en eaux troubles à Paris. 

Les listes en vue du scrutin du 28 juin doivent être déposées avant le 2 juin.Les équipes d'Agnès Buzyn, tout juste revenue dans l'arène politique, tentent de construire une alliance afin de battre la maire sortante Anne Hidalgo, arrivée largement en tête du premier tour le 15 mars dernier. Faut-il s'allier avec la candidate LR Rachida Dati pour y parvenir ? Non, dit-on à haute voix chez LaREM, dont le patron, Stanislas Guérini, a tracé "la ligne rouge". "Il y a bien une troisième force, celle du dépassement des clivages, qui prendra toute sa place", clamait d'ailleurs Agnès Buzyn dans sa première interview, accordée au Figaro. "Il n'y aura pas d'accord d'appareil", assurait également la candidate macroniste. 

Dans les faits, la règle ne semble pas si claire. La maire du 5e arrondissement de la capitale, Florence Berthout, exfiltrée des Républicains pour rejoindre la majorité présidentielle, vient de passer un accord dans son secteur avec la droite, tout en gardant la confiance d'Agnès buzyn. Quitte à semer le trouble chez ses soutiens. "Une faute", s'est ainsi insurgé le député macroniste Hughes Renson. "Tout nous sépare de Rachida Dati. Sommes-nous vraiment prêts à renoncer à nos valeurs pour une mairie d’arrondissement ?"

Le dilemme qui s'offre à la majorité présidentielle ne se cantonne d'ailleurs pas à Paris et à Lyon. "On a des alliances à mener, il faut faire attention à ce que le mouvement ne perde pas son âme au gré de ces alliances", résumait ainsi à LCI un député macroniste estomaqué par l'accord entre Gérard Collomb et Laurent Wauquiez à Lyon. 

L'inconnue Villani

Si l'alliance avec Rachida Dati - qui elle même a exclu de retirer une tête de liste LR au profit d'un autre candidat - est officiellement exclue par les Marcheurs, il n'en va pas de même des discussions avec Cédric Villani. La réserve de voix du mathématicien, qui avait récolté 7,9% au premier tour, pourrait faire peser la balance lors du second tour. "C'est l'heure de nous retrouver", lui a lancé Agnès Buzyn en guise d'invitation. 

Villani, qui avait tendu la main aux électeurs LaREM quand le retour d'Agnès Buzyn n'était pas encore acté, n'a toutefois donné aucun signe en direction de son ancien mouvement. Nul ne savait à cette date où pencherait la balance à l'arrivée : vers Agnès Buzyn, arrivée seulement en 3e position au premier tour, où vers Anne Hidalgo, dont Cédric Villani avait présidé le comité de soutien en 2014, avant de mener une virulente campagne sur son bilan début 2020 ? L'équipe de la maire sortante a indiqué à l'AFP que des discussions avaient eu lieu avec l'équipe de campagne du scientifique, parallèlement aux échanges avec l'écologiste David Belliard. "C'est compliqué, ils sont très gourmands", résumait ainsi un soutien d'Anne Hidalgo. Selon Le Parisien, Cédric Villani a même rencontré Anne Hidalgo à l'Hôtel de Ville mercredi 27 mai. Un tel accord risquerait de porter un coup fatal aux chances déjà ténues d'Agnès Buzyn de l'emporter le 28 juin. L'hypothèse d'un ralliement avec la maire socialiste sortante ne fait toutefois pas l'unanimité au sein des équipes du mathématicien. 

David Belliard, l'autre arbitre

L'antre pan des négociations concerne les écologistes, dont la tête de liste David Belliard peut se prévaloir d'un score à deux chiffres (10,8% des suffrages), et par conséquence prétendre à se maintenir au second tour. 

Dans les faits, l'hypothèse d'une quadrangulaire ne semble absolument pas d'actualité à Paris. Alliés de la maire socialiste sous le mandat précédent - et membres de l'exécutif de puis 2001 -, les écologistes ont pris soin de limiter les coups portés à Anne Hidalgo durant la campagne et les débats du premier tour. La seule question qui s'était alors posée était celle d'une alliance avec Cédric Villani, mais les scores des deux candidats ont écarté cette hypothèse. 

Dans la perspective du 28 juin, la question n'est donc plus de savoir si les écologistes discutent avec la candidate socialiste, mais plutôt de ce qu'ils obtiendront à l'arrivée, sur le plan programmatique comme sur le plan du rapport de force politique. David Belliard l'a d'ores et déjà formulé clairement. "Il faut commencer à discuter avec le PS et Anne Hidalgo", a-t-il indiqué sur Sud Radio, excluant du même coup tout rapprochement avec LaREM. "Il faut faire une coalition, nous ne pouvons pas réussir à répondre aux grands enjeux de la ville et de la crise sanitaire si nous le faisons seuls."

Trois candidats, trois enjeux. D'un côté, Rachida Dati, qui tente de mobiliser l'électorat de droite autour de thèmes forts, mais a peu de perspectives d'alliance au second tour ; de l'autre, Agnès Buzyn qui doit trouver le chemin et les soutiens pour éviter de retrouver la troisième place le 28 juin prochain ; et Anne Hidalgo, qui, forte de la dynamique du premier tour, pourrait réaliser le grand chelem des alliances afin de composer une majorité en vue du prochain mandat. 

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