Municipales : "le FN va tendre la main à l’UMP entre les deux tours"

Municipales : "le FN va tendre la main à l’UMP entre les deux tours"

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MUNICIPALES – Doctorant à l’université d’Amiens, Joël Gombin est un spécialiste du Front national. Il revient sur la campagne du parti à Marseille où le FN jouera selon lui "les troubles fêtes" mais aussi sur la campagne au niveau national.

Comment jugez-vous la campagne du FN à Marseille ?
Elle est probablement un peu décevante dans la mesure où cette ville a un très fort potentiel pour le FN. Mais on a le sentiment que la campagne de Stéphane Ravier n’a pas décollé comme elle aurait pu. C’est en partie due à la relative faiblesse de la structure de la fédération dans ce département après le départ de Bruno Mégret. Stéphane Ravier doit la remettre en marche. Peut-être que le temps lui a manqué. Il a aussi eu des difficultés à monter ses listes. Ceci étant dit, il faut être prudent. Une campagne en demi-teinte ne veut pas dire de faibles résultats électoraux. Il y a fort à parier qu’il jouera le rôle de troubles fêtes en étant présent dans un certain nombre de secteurs.

Les sondages entre 16 et 20 % d’intentions de vote , correspondent-ils à la réalité ?
Ça correspond aux résultats des présidentielles à Marseille. Mais c’est un peu décevant car beaucoup d’éléments sont réunis pour qu’il fasse très bon score. Mais il a manqué de dynamique. Il y a à Marseille un problème de renouvellement de l’offre politique. Jean-Claude Gaudin brigue un 4ème mandat et le PS, qui certes brandit l’étendard du renouveau avec Patrick Mennucci, reste marqué par les affaires Guérini. On aurait pu penser que c’était un contexte favorable pour le FN, mais le niveau des sondages est en dessous du potentiel.

Est-ce dû à la personnalité du candidat ?
C’est aussi la conséquence du manque de programme, il n’y a pas de projets. Comme d’habitude il insiste sur la propreté, la sécurité , sans formuler d’idées sur ce que peut devenir cette ville, alors qu’il y a une forte attente. Il y a eu un problème de tempo aussi. Les autres candidats ont instauré un storytelling (méthode de communication), comme les primaires pour le PS et le pseudo-suspense sur la candidature de Jean-Claude Gaudin. Le seul moment où Stéphane Ravier a instauré son propre rythme, c’est avant que les autres partent. Mais il faut faire attention. Le vote FN est un vote particulier, c’est plus un vote d’étiquette qu’un vote de personnalité.

Est-ce le cas également dans les autres villes où le FN présente des candidats ?
Oui c’est un vote pour une marque. Le vote FN est le plus nationalisé. Objectivement, il est là aussi dans un contexte très favorable avec la faiblesse de la gauche et la difficulté de l’UMP à proposer une alternative. Sur des élections locales, là où la droite est faiblement implantée, on verra le Front national remporter des villes.

Des villes majeures ?
Des villes oui, mais des grandes villes, c’est une autre question. Il y avait Perpignan, mais c’est finalement mal engagé pour Louis Alliot. C'est plus réalisable à Béziers, après on sera plutôt dans des villes de taille moyenne. Au final, il n’y aura pas de grosses surprises car l’opinion s’est largement préparée à de bons résultats du FN.

Quelle est véritablement la stratégie du parti pour ces élections ?
Marine Le Pen veut le pouvoir. Pour elle, les municipales ne sont qu’une étape. Elle veut juste éviter que ça se transforme en faiblesse.  La stratégie n’est pas gagnée des villes mais d’accroître des tensions et contradictions à l’UMP. Je pense que le Front National va lui tende la main entre les deux tours des municipales dans un but tactique. Ça va créer des conflits au sein de la droite qui sera encore plus affaibli et notamment pour les présidentielles.
 

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