Municipales : "Moi, électeur, je ne suis pas une réserve de voix !"

Municipales : "Moi, électeur, je ne suis pas une réserve de voix !"

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CONSIGNES DE VOTE – Reports de voix, consignes de vote... Quelques jours avant le second tour, chacun élabore sa stratégie pour l'emporter dimanche, au second tour des élections municipales. Mais au fait, ces manœuvres sont-elles vraiment efficaces ? Metronews est allé poser la question aux électeurs dans la rue.

Dimanche dernier, le soir devant sa télévision, Jean, 27 ans, est "exaspéré". Et ce n'est pas parce que son candidat n'a pas passé le premier tour des élections municipales. Mais parce que ce soir-là, quelqu'un d'autre semble s'être approprié son bulletin de vote : "le parti au pouvoir de ma ville fanfaronne en expliquant qu'il peut gagner au second tour car il a un réservoir de voix suffisant", s'étrangle Jean. Ce parti, c'est le PS. Sa ville, c'est Paris. Et le "réservoir"... c'est lui. "C'est méprisant pour moi, en tant qu'électeur !" s'insurge le jeune homme. "Je ne suis pas une réserve automatique de voix pour un autre candidat !", assène-t-il.

Entendre parler ainsi, "c'est comme si mon vote était acquis. Or les idées, ce n'est jamais acquis", renchérit Chloé, 30 ans. Pour la jeune femme, pas d'équation ni de calcul. "Je vote pour une personne ou un parti. Si elle se retire, je dois rester libre de penser. C'est agaçant de sentir que l'on nous prend la main comme cela, pour nous dire à qui 'donner' notre voix". "Personne n'a à me montrer la voie à suivre", abonde Fabienne, la cinquantaine. Celle-ci en fait même une fierté : "Je n'ai jamais suivi de consigne de vote de ma vie". Cette année ne fera pas exception.

Abstention, vote blanc ou résignation : la consigne n'a pas la cote

D'autant que, pour la plupart, le "report" se fait naturellement. Comme Bernard, 45 ans, qui vote écolo au premier tour, et PS au second. "Cela me semble assez naturel, dans l'ordre des choses. Pourquoi aurais-je besoin de recevoir cette consigne ?" s'interroge ce Parisien. S'il se plie volontiers "à la règle", il nous fait toutefois remarquer qu'à Grenoble, en dépit d'un accord national, le candidat socialiste a refusé de se retirer au profit de l'écolo. "Et là je me dis, deux poids deux mesures", note-t-il, un brin amer. Le jeu de la démocratie a ses limites.

Dans ces conditions, pas question de se plier au jeu des consignes, pour Alexandre et sa femme Natacha. "De quel droit nous demande-t-on d'aller voter pour un candidat qui n'est pas le notre ?" proteste d'une même voix ce couple d'une trentaine d'années. Partant de ce principe, Natacha et Alexandre n'iront tout bonnement pas voter dimanche. Philippe ne fait plus confiance aux politiques non plus. Autrefois militant politique, l'homme de 65 ans était "sensible aux consignes de vote". Mais plus aujourd’hui, "à cause de toutes ces affaires", précise cet habitant de Créteil (Val-de-Marne). Va-t-il s'abstenir pour autant ? "Non, mais je vais voter blanc", confie-t-il, tout sourire. "Ce sera bientôt reconnu, et j'en suis heureux. Car je veux rester un citoyen responsable et montrer ma désapprobation".

Vote blanc, abstention, résignation... Les consignes n'ont pas vraiment la cote auprès des électeurs. Jean, celui qui refuse d'être une "réserve de voix", dit aujourd’hui attendre d'"être convaincu par le candidat avant de lui offrir sa voix". Sinon, il n'ira pas voter : "Un bulletin, ça se mérite". Surtout quand l' abstention bat des records.

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