Municipales : Paris, Lyon, Le Havre, Marseille... les enjeux du second tour dans les grandes villes

Municipales : Paris, Lyon, Le Havre, Marseille... les enjeux du second tour dans les grandes villes
Élections Municipales 2020

ELECTIONS - Les listes pour le second tour des municipales prévu le 28 juin dans près de 5000 communes doivent être déposées au plus tard le 2 juin. Les tractations s'achèvent entre les formations politiques et les enjeux de ce scrutin très particulier commencent à se dessiner dans les grandes villes françaises. Tour d'horizon.

Des équipes de campagne en ordre de bataille pour le 28 juin. Les listes conclues le 2 juin après des heures de tractation vont se confronter au suffrage des électeurs, dimanche 28 juin. La tâche n'était pas évidente, en particulier dans les villes où plus de deux listes étaient en situation de se maintenir après le scrutin du 15 mars. 

A quelques jours du second tour, les enjeux sont clairs. Certaines grandes villes pourraient donner le satisfecit au maire sortant, d'autres pourraient au contraire basculer à l'occasion du scrutin. On résume. 

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Paris : la gauche unie

La semaine a été marquée par les discussions entre les équipes de la maire sortante, Anne Hidalgo, et les écologistes, dont le candidat David Belliard a dépassé la barre des 10% en mars dernier. Des discussions particulièrement serrées - "ils sont gourmands", commentait la semaine dernière un membre de l'équipe sortante - qui ont abouti à un accord. Les Verts, qui gèrent la capitale avec le PS de façon continue depuis 2001, tentaient de négocier la modification de certains projets d'urbanisme. "Ça bute encore sur des projets", avait indiqué quelques jours plus tôt le secrétaire national d'EELV Julien Bayou. Ils ont obtenu gain de cause sur leur proposition de déterrement du canal de la Bièvre, ainsi que la gestion d'une mairie d'arrondissement.

L'équipe de la maire sortante n'avait en revanche pas trouvé de terrain d'entente avec Cédric Villani, qui a annoncé qu'il se présenterait en "candidat indépendant" dans le 14e arrondissement. 

Anne Hidalgo, parvenue en tête du premier tour avec près de 30% des suffrages, semble en position de force, d'autant que ses concurrentes, Rachida Dati (LR) et Agnès Buzyn (LaREM) n'ont pas fait état d'accord entre listes. Seule la tête de liste LaREM du 5e, la maire sortante Florence Berthout, a décidé de soutenir la candidate LR, mais avec l'étiquette "divers droite". Rachida Dati attaque de front ses concurrentes pour tenter de mobiliser l'électorat de droite, y compris celui qui a pu être déçu par la campagne LaREM dans la capitale, dont la tête de liste s'était mise en retrait au lendemain du premier tour

Dans un récent sondage, l'alliance entre Anne Hidalgo et David Belliard était donnée largement en tête, avec 45% des intentions de vote. Elle devance Rachida Dati, 35% des voix, et écrase Agnès Buzyn, 17%.

>> Les résultats à Paris au 1er tour

Lyon : le séisme Collomb-LR

L'ancien maire Gérard Collomb, soutien historique d'Emmanuel Macron et des "Marcheurs", a créé un choc en renonçant à briguer la métropole au profit d'une alliance avant le candidat LR, François-Noël Buffet, sans l'aval des états-majors. En échange, le candidat de la droite pour la ville de Lyon, Etienne Blanc (17% au premier tour), s'effacera au profit de Yann Cucherat, poulain de Gérard Collomb pour la mairie (14,9% au premier tour). Un accord qui est très mal passé au sein de la majorité présidentielle, qui a décidé de désinvestir Collomb et Cucherat.

Résultat : une carte politique lyonnaise totalement recomposée pour le second tour. Les écologistes, arrivés en tête des deux scrutin (métropole et ville) le 15 mars, espèrent réaliser le grand chelem avec leur tandem Grégory Doucet (ville) et Bruno Bernard (métropole), à la tête d'une liste d'union de la gauche, réunissant le PS, le PCF comme les Insoumis. Les électeurs LaREM seront partagés entre la nouvelle alliance entre Gérard Collomb et LR, et la liste du président sortant de la Métropole David Kimelfeld, parti en dissidence mais qui apparaît désormais comme une bouée de sauvetage pour de nombreux Marcheurs. "On a un Gérard Collomb, premier soutien de la Macronie, qui soutient la droite pour sauver son poste. Il est prêt à n’importe quoi", avait commenté Julien Bayou sur LCI. "Le choix est clair, il est entre l'anti-climat et le climat."

Selon un sondage pour les élections métropolitaines publié lundi 22 mars, la liste EELV arriverait en tête avec 37% des voix, contre 32% pour l'alliance LR/Gérard Collomb et 25% pour le dissident marcheur David Kimelfeld.

>> Les résultats à Lyon au 1er tour

Marseille : le retour du bloc gauche/droite ?

La situation politique à Marseille était particulièrement complexe après un premier tour aux résultats très morcelés, sur fond d'affaiblissement de la droite et d'abstention record. Le Printemps Marseillais (union de la gauche) de Michèle Rubirola, avec 23,44% des suffrages, devançait d'une courte tête la candidate LR Martine Vassal, la tête de liste RN Stéphane Ravier (19,45%) et, plus loin, l'ex-LR Bruno Gilles (10,65%). Le candidat LaREM Yvon Berland a essuyé un échec (7,88%). 

Dans ce contexte, les tractations, secteur par secteur, ont été particulièrement intenses jusqu'à la veille du dépôt des listes. Après 25 ans de règne de Jean-Claude Gaudin (LR), les Marseillais devront départager deux femmes, Martine Vassal (LR) et Michèle Rubirola, qui conduit une large alliance à gauche. L'objectif est de remporter 51 sièges sur 101 au conseil municipal et les deux candidates pourraient se retrouver au coude-à-coude dans ce scrutin qui se traduit par huit élections, une par secteur.

Malgré les déclarations vitupérantes de Martine Vassal président l'arrivée de la gauche comme on prédisait celle des chars soviétiques en 1981, les sondages ne démentent pas la dynamique Rubirola. Ainsi, le Printemps Marseillais arrive en tête avec 35%, devant LE (30%) et le RN (20%). Toutefois, le vote par secteur est susceptible de brouiller les cartes et les divisions, à gauche comme à droite, pourraient contredire les sondages.

>> Les résultats à Marseille au 1er tour

Bordeaux : l'autre alliance LR-LaREM

A Bordeaux, le maire sortant Nicolas Florian, successeur d'Alain Juppé, est parvenu en tête du premier tour (34,55%), d'une très courte tête - 96 voix d'écart - devant Pierre Humic, candidat écolo qui porte une liste d'union de la gauche. Le candidat investi par LaREM, Thomas Cazenave, n'a obtenu que 12,69% des voix. De quoi laisser espérer à la gauche une alternance dans cette ville dirigée par la droite depuis 1947.

Nicolas Florian et Thomas Cazenave ont toutefois eu des échanges réguliers ces derniers jours, avec à la clé une alliance scellée lundi soir, selon une information donnée par RMC. Le candidat LaREM indiquait encore en début de semaine dernière qu'il envisageait de se maintenir au second tour. Une alliance de ce type permettra au maire sortant d'éviter une périlleuse quadrangulaire. La liste d'extrême gauche de Philippe Poutou (NPA) a également réussi à se qualifier pour le second tour avec 11,77% des suffrages. 

Un sondage Ipsos pour Sud Ouest daté du 18 juin indique que Nicolas Florian est donné confortablement en tête avec 49% des voix. Son adversaire EELV réunit 40% des intentions de vote, tandis que Philippe Poutou se maintient à 11%.

>> Les résultats à Bordeaux au 1er tour

Lille : le divorce entre Aubry et les écologistes

Les électeurs lillois auront droit à une triangulaire le 28 juin. La maire sortante Martine Aubry (29,8% au premier tour) et son concurrent écologiste Stéphane Baly (24,53%) n'ont en effet trouvé aucun accord en vue du second tour, alors que ces derniers étaient intégrés à la majorité sortante. "Lille Verte 2020 s'est arc-boutée sur une répartition des sièges qui ne reflète en rien les résultats du 1er tour", a dénoncé l'équipe de Martine Aubry, accusant les écologistes de ne s'intéresser qu'à "des accords d'appareil". "Martine Aubry n'a pas voulu discuter. Nous sommes en campagne avec Générations et j'espère que nous allons l'emporter", a rétorqué le patron des Verts, Julien Bayou, lundi sur LCI. 

Alors que la droite n'a pas été en mesure de se maintenir à Lille au second tour, la candidate investie par LaREM, Violette Spillebout, ancienne directrice de cabinet de Martine Aubry, qui avait obtenu 17,53% des suffrages au premier tour, pourra -t-elle bénéficier de ce duel à gauche ? La dernière étude pour la Voix du Nord semble dire le contraire. Si Martine Aubry ne vire que très légèrement en tête, avec 39% des voix, contre 37% pour son adversaire écologiste, la marcheuse est loin derrière avec 24%.

>> Les résultats du 1er tour à Lille

Toulouse : le maire sortant face à une gauche unie

La mairie de Toulouse va-t-elle basculer le 28 juin ? A la tête d'un rassemblement à droite, et soutenu par LaREM, le maire sortant Jean-Luc Moudenc était certes arrivé en tête du premier tour (36,18% des voix). Mais au terme de négociations, la candidate de gauche Nadia Pellefigue (18,53%) a annoncé lundi qu'elle jetait l'éponge, un retrait qui profitera à Antoine Maurice (27,56%), qui conduit une liste "citoyenne" baptisée Archipel Citoyen, associant LFI et EELV. "Je ne serai pas un obstacle au rassemblement", a déclaré la socialiste, tout en déplorant l'absence d'accord politique avec Archipel Citoyen et "des différences et des désaccords". "Demain, je permettrai à mes colistiers qui le souhaitent de fusionner, mais personnellement je n'y participerai pas", a-t-elle ajouté. L'union des forces de gauche a été officialisée mercredi 3 juin. 

Dans une interview la veille à la Dépêche, Jean-Luc Moudenc s'alarmait des résultats d'un sondage donnant la victoire à la liste Archipel Citoyen en cas de fusion à gauche. "Les Gilets jaunes sont aux portes du Capitole", a-t-il notamment lancé, appelant ses soutiens à se remobiliser pour éviter ce scénario, désormais probable. Un appel qui ne se traduit pas dans les sondages. Une étude BVA indique en effet qu'Antoine Maurice arrive légèrement en tête, avec 51% des voix.

>> Les résultats du 1er tour à Toulouse

Les autres villes à enjeux

Le Havre. Dans son fief, Edouard Philippe avait pris une relative avance au premier tour en obtenant 43,59% des suffrages, bien que son score soit bien en deçà de celui de 2014. Au second tour, le Premier ministre ne trouvera pas une gauche unie sur sa route. La liste conduite par le communiste Jean-Paul Lecoq n'a pas trouvé d'accord avec les écologistes, qui avaient rassemblé 8,28% des voix en mars, indiquait lundi Paris-Normandie. Edouard Philippe est pour l'instant donné en tête avec 53% des suffrages contre 47 à son adversaire.

Strasbourg. Trois listes s'affronteront pour le second tour dans cette ville. Au premier tour, l'écologiste Jeanne Barseghian (27,87%) devançait le candidat LaREM Alain Fontanel (19,86%) et la socialiste Catherine Trautmann (19,77%). Si le candidat LR Jean-Philippe Vetter (18,26%) a fini par se rallier à son adversaire marcheur, à gauche, Catherine Trautmann a annoncé qu'aucun accord n'avait été possible avec les écologistes. 

Montpellier. La situation est complexe dans cette ville où le maire sortant, ex-macroniste étiqueté divers gauche Philippe Saurel, arrivé en tête le 15 mars avec 19,1% des voix face à 13 listes concurrentes, tente de décrocher sa réélection. Il est talonné par le socialiste Michaël Delafosse (16,7%. Le troisième homme est l'homme d'affaires et président du club de rugby local Mohed Altrad (13,1%). Le milliardaire et président du club de rugby de Montpellier, Mohed  Altrad (SE) a conclu un accord avec trois autres listes, deux marquées à gauche, celle de Clothilde Ollier (7,25%), élue à l'issue d'une primaire EELV puis destituée, et celle soutenue par la France insoumise (dont les candidats se sont désolidarisés de la manoeuvre), et enfin celle de l'humoriste Rémi Gaillard, qui avait obtenu 9,58% des suffrages. Les sondages donnent toutefois Michaël Delafosse en tête avec 40% des voix, contre 35% à Philippe Saurel et 25% à Mohed Altrad.

Grenoble. Parvenu en tête du premier tour à la tête d'une liste d'union (EELV, LFI, PCF), avec 46,68% des suffrages, le maire écologiste sortant Eric Piolle semble bien parti pour une réélection. Il devance largement l'ancien maire Alain Carignon (19,81%), la candidate LaREM Emilie Chalas (13,75%) et le socialiste Olivier Noblecourt (13,31%). 

Perpignan. La commune pourrait être la plus grosse prise des municipales pour le RN. Louis Alliot, en tête du scrutin (35,5%), était donné gagnant dans les sondages quel que soit le cas de figure le 28 juin. A l'arrivée, le maire LR sortant Jean-Marc Pujol (18,5%) conduira, comme en 2014, le "front républicain" contre le candidat RN après le désistement de l'écologiste Agnès Langevine (14,5%) et du candidat LaREM Romain Grau (13%). 

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Nantes. La maire PS sortante Johanna Rolland (31,36% au premier tour) et la tête de liste EELV Julie Laernoes (19,58%) ont annoncé dans la nuit de dimanche à lundi avoir conclu un accord. La gauche s'affichera donc unie face à Laurence Garnier (LR, 19,93%) et Valérie Oppelt (LaREM, 13%). 

Clermont-Ferrand. Jean-Michel Brenas (LR, 20,74% au premier tour) et Eric Faidy (LaREM 15,54%) ont conclu une alliance de dernière minute en vue du second tour, valant à ce dernier le retrait de l'investiture LaREM. Un accord qui relance la campagne, alors que le maire PS sortant Olivier Bianchi était arrivé largement en tête au premier tour (38%).

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