Najat Vallaud-Belkacem : "L'UMP perd son âme dans ces élections"

Najat Vallaud-Belkacem : "L'UMP perd son âme dans ces élections"

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INTERVIEW - Au lendemain du premier tour des municipales, le Parti socialiste, qui a subi un cuisant revers dimanche au premier tour des municipales, appelle à faire barrage au Front national. La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, détaille pour metronews la stratégie de la gauche pour cette semaine cruciale.

Quel bilan tirez-vous du premier tour du scrutin ?
L'abstention record nous interpelle tous. Le message que l'on doit envoyer, maintenant, c'est que s’abstenir de voter, c'est laisser les autres décider pour vous, sur des sujets aussi majeurs que le logement, les transports, le cadre de vie. C'est une punition que l'on s'inflige à soi même. Il faut donc se mobiliser pour dimanche.

Vous ne parlez pas de la "gifle" infligée au PS...
Une élection intermédiaire est toujours difficile pour le pouvoir en place. Nous avons joué le jeu de la pédagogie électorale, en insistant sur l’enjeu local, la confrontation des projets, des bilans, tout le monde n’en a pas fait autant.

Vous pensez à l'UMP ?
Durant la campagne, la stratégie de l'UMP a été de détourner en permanence les électeurs des enjeux locaux, en nationalisant le scrutin. C’est une carte facile qui permettait de ne pas s’attarder sur les piètres bilans des municipalités de droite, la faiblesse de leur programme ou du renouvellement de leurs équipes..

Mais vous ne voyez pas, dans ce résultat, de désaveu pour le PS ?
Je vois une faible participation qui traduit une défiance à l'égard du politique de manière générale. Je constate aussi une plus faible mobilisation des électeurs de gauche que de ceux de droite. Mais c'est la règle : quand vous avez une première élection intermédiaire qui suit une élection nationale, l'opposition se mobilise plus. J’entends enfin, c’est vrai, une forme d'incompréhension ou d’impatience de la part d'un certain nombre de Français : elle réclame qu’on redouble d’efforts pour expliquer le sens et les effets de nos politiques.

Quelles conséquences allez-vous en tirer au gouvernement ? Le remaniement pourrait-il être plus large que prévu ?
Ce n'est pas le sujet. Il faut éviter les anticipations. Beaucoup de choses peuvent se jouer d'ici à dimanche, la marge de manœuvre est encore importante pour la gauche.

Vous ne tirerez donc pas de leçons de cet échec à l'échelle nationale ?
Nous entendons évidemment le message. Nous menons depuis vingt mois des réformes difficiles, dont certaines commencent à porter leurs fruits, en particulier sur le front de l’emploi. Mais c'est certain : redresser un pays, corriger ce qui a été fait par le passé, cela ne vous rend pas forcément populaire. S'il y avait un mea culpa à faire, je dirais qu'il aurait peut être fallu insister davantage, au tout début, sur l'état dans lequel nous avons trouvé ce pays et l'ampleur du redressement à opérer. Aujourd'hui, la question qui se pose n'est pas celle du bilan du gouvernement, mais celle du projet des candidats de la gauche dans les municipalités pour les six ans à venir.

"Le FN est une formation politique attrape-tout"

Il s'agit aussi de contrer la forte poussée du FN...
Une récente étude l'a montré : beaucoup de Français adhèrent aux critiques du FN, mais pas à ses solutions. Comment peut-il en être autrement ? Le FN critique tout et son contraire. C'est un parti attrape-tout. Je pense donc que la meilleure façon de le contrer, c'est de jouer le jeu de la démocratie. D'avoir les mêmes exigences de vérité et de cohérence à son égard que pour les autres partis. Pour cela, il faut le mettre face à son bilan et aux incohérences ou à la vacuité de son programme. Et la vérité, c'est que le FN a déjà remporté des municipalités dans le passé et que cela a conduit à un cataclysme partout.

Vouloir traiter le FN comme un parti comme les autres et appeler au front républicain pour qu'il n'y ait "aucun maire FN en France", ce n'est pas un peu contradictoire ?
Non. Vouloir empêcher un candidat FN d’accéder au pouvoir, ce n'est pas un refus de principe idéologique. C’est un devoir de protection à l’égard des Français. Un parti qui réclame le rétablissement de la peine de mort, le retour au franc ou la préférence nationale n’est pas un parti comme les autres. Des candidats qui posent en faisant le salut nazi  ou qui comparent le Coran à Mein Kampf ne sont pas des candidats comme les autres.

L'appel de la gauche au front républicain n'est-il pas mort-né, l'UMP ayant déjà refusé cette stratégie ?
Je crois énormément en la nécessité pour la gauche de défendre des valeurs. Que l'UMP perde son âme dans ces élections, c'est son problème. Nous, nous estimons qu’il ne faut jamais composer avec l’extrême droite. La gauche prendra ses responsabilités pour qu'elle n'arrive pas à la tête des municipalités.

Vous dites que l'UMP a "perdu son âme"...
Quand on pense à ce qu'a été le positionnement d'un Jacques Chirac sur le FN, on se demande aujourd'hui jusqu’où ira l’UMP dans son cynisme électoral. Prenons un cas concret : que va faire la droite à Avignon, où la candidate socialiste a des chances de l'emporter ? Faire courir aux habitants d’Avignon, cette ville de culture, le risque de tomber entre les mains du FN ?

De votre côté, quelle sera la stratégie pour limiter la casse ?
Mobiliser les millions de français qui se sont abstenus et appeler au rassemblement de la gauche. Les résultats du Parti communiste ou d'EELV sont assez bons. Nous avons des réserves de voix. Il faudra donc rassembler toutes les forces de gauche. Les jeux sont loin d’être faits aujourd’hui. Et rappeler encore et toujours les enjeux : dans quel type de ville les électeurs veulent-ils vivre les six prochaines années ? Une gestion de gauche ou une gestion de droite, ce n’est pas la même chose. Les bilans des différentes équipes parlent pour elles.

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