"On ne mérite pas de gouverner" : les coulisses au vitriol du quinquennat Hollande

"On ne mérite pas de gouverner" : les coulisses au vitriol du quinquennat Hollande
ÉLECTIONS LÉGISLATIVES 2017
DirectLCI
SOMBRE BILAN - "Le premier secrétaire de la République", de Cyril Graziani, s'ajoute à la longue liste des ouvrages tirant le bilan (sévère) du mandat de François Hollande. LCI vous propose un florilège des phrases les plus croustillantes recueillies par l'auteur.

Voici à peine deux semaines, Conversations privées avec le président, d'Antonin André et Karim Rissouli, éreintait le bilan de François Hollande à travers les paroles crues du président, dont son fameux "pas de bol" sur le chômage qui a fait florès. Le procès du quinquennat est loin d'être fini. Le premier secrétaire de la République, du journaliste Cyril Graziani, ne fait pas que nous apprendre que Christiane Taubira, l'ex-garde des Sceaux, pourrait se présenter à la prochaine présidentielle. Il poursuit cet inventaire rugueux en livrant sa version des coulisses du pouvoir. Il décrit un François Hollande, "artiste de la synthèse", en simple observateur des conflits homériques opposants ses ministres, incapable de se hisser dans le costume du président en dehors des épisodes - notables - des attentats. Extraits.

"Des annonces à la con"

François Hollande devait fixer le cap des 100 premiers jours de son quinquennat. C'est du moins ce qu'il avait promis durant sa campagne. Ces fameux "100 jours", il en avait confié la programmation à Laurent Fabius. Ce dernier avait donc planché sur un document confidentiel,  baptisé "Mission première année" (MPA), nous apprend l'ouvrage. Ce travail d'experts prévoyait des mesures "d'urgence" sur la retraite à 60 ans, la loi de finances rectificative ou un programme pour Bruxelles sur les finances publiques. Mais "jamais Hollande et Ayrault n'ont tenu compte de ce rapport", assure l'un des auteurs de "MPA". Quant à Laurent Fabius, qui promettait qu'il n'y aurait "pas de vacances" durant le premier été du quinquennat, il n'a pas été entendu... Verdict impitoyable de l'ex-ministre Marylise Lebranchu : François Hollande aura passé la première partie de son quinquennat "à faire des annonces à la con". 


VIDEO. Les rentrées pourries de Hollande

En vidéo

De 2012 à 2016, les rentrées "pourries" de François Hollande

"Vire Ayrault"

Parmi les socialistes qui ont la dent dure, l'actuel président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, qui se voyait remplacer Jean-Marc Ayrault à Matignon alors que la popularité du président fondait à mesure que le taux de chômage augmentait. "François, il faut que tu changes tout", répétait l'élu de Seine-Saint-Denis fin 2013. "L'inversion de la courbe du chômage ne se fera pas. Vire Ayrault". Face au "couple infernal" Hollande-Ayrault, Claude Bartolone lâche même ce verdict : "On ne mérite pas de gouverner".

"On ne sait jamais par quelle porte il va sortir"

L'ouvrage de Cyril Graziani dépeint un président que ses conseillers ont parfois bien du mal à suivre. Pourquoi ? Parce qu'il ne se livre jamais et préfère cultiver le secret (et envoyer des tonnes de SMS). Le portrait le plus cru vient de son propre fils, Thomas Hollande : 

Il est insaisissable. Quand on est dans une pièce avec lui, on ne sait jamais par quelle porte il va sortirThomas Hollande

S'il est décrit toutefois comme "à l'écoute" des autres, François Hollande en convient lui-même, avec l'une de ces formules si ambigües dont il a le secret : "Toutes les décisions que je prends, je les prends seul avec moi-même, dans un dialogue singulier". Une chose est sûre : comme pour ses prédécesseurs, le pouvoir l'enferme. Le chef de l'Etat ne se sent pas libre. Comme il en témoigne avec ce cri du coeur : 

Je ne peux pas me déplacer comme je veux. Ma liberté, c'était Tulle. Je n'ai plus de lieu où je peux faire le marchéFrançois Hollande

"Tu en fais passer des messages, en six secondes ?"

Le livre décrit aussi, témoignage de proches à l'appui, un François Hollande bien en peine de "vendre" les réformes réussies de son quinquennat auprès de l'opinion. En revanche, cet entourage ne manque pas de taper sur la communication présidentielle, placée notamment sous la houlette de Gaspard Gantzer depuis avril 2014. Une com' utilisant les réseaux sociaux, avec quelques ratés comme son arrivée chahutée sur Periscope. "Ils l'ont mis sur Snapchat, Instagram, et même sur Vine... Tu en fais passer des messages, en six secondes ? Et pourquoi pas Tinder", lâche la vieille garde dans l'ouvrage. 

"Un mouvement étudiant, c'est comme le dentifrice"

François Hollande avait fait de la jeunesse "la première de ses priorités" en 2012. Quatre ans plus tard, le mouvement étudiant contre la loi Travail a achevé de consommer le divorce. François Hollande, qui ne voyait pas en Nuit Debout un "Podemos à la française", est toutefois lucide sur la situation: "un mouvement étudiant ou lycéen, c'est comme le dentifrice. Vous pouvez le faire sortir du tube, mais vous ne pouvez plus le faire rentrer". 

"C'est politiquement, stratégiquement et moralement idiot"

Les couacs de la gauche ont alimenté généreusement le quinquennat. De Jean-Marc Ayrault sur Manuel Valls, qui lui a raflé Matignon : "C'est bizarre, Valls a comme un problème avec l'autorité". De Manuel Valls à l'ex-ministre écolo Cécile Duflot, lors d'une réunion sur la déchéance de nationalité : "Toi tu te tais, tu lis, tu réfléchis et ensuite tu tweetes". 


Mais il y a aussi les couacs de François Hollande lui-même. Lorsqu'il envisage, par exemple, d'interdire la manifestation du 23 juin dernier contre la loi Travail, Bernard Cazeneuve lui retourne ce SMS rageur : "C'est politiquement, stratégiquement et moralement idiot". La manifestation sera finalement autorisée in extremis. Et quelques mois plus tôt, sur la déchéance de nationalité : "Peut-être n'y aura-t-il pas la révision constitutionnelle", reconnaît le président deux mois avant l'abandon de la réforme qui a déchiré la gauche. "Je n'en sais rien. Mais on ne pourra pas dire que c'était de ma responsabilité."

"Il faut qu'Emmanuel y aille"

Alors que François Hollande évalue ses chances et prépare sa future campagne pour 2017, Cyril Graziani évoque une anecdote qui s'est produite en mai 2016. Lors d'un déjeuner réussissant Brigitte, la compagne d'Emmanuel Macon, à l'époque ministre de l'Economie, avec un ami, Valérie Trierweiler débarque. L'ex de François Hollande lance à l'intéressée : "Il faut qu'Emmanuel y aille". Sous-entendu : qu'il aille à la présidentielle. Réponse de Brigitte : "Oui, c'est maintenant". 



Le Premier secrétaire de la République, de Cyril Graziani. Fayard, 18 euros. Sortie le 5 septembre. 


Lire aussi

Sur le même sujet

Lire et commenter