Patrick Mennucci : "Je ne suis pas là pour raconter des blagues"

Patrick Mennucci : "Je ne suis pas là pour raconter des blagues"

ÉLECTIONS LÉGISLATIVES 2017
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FACE AUX LECTEURS - Le candidat socialiste, Patrick Mennucci, a rencontré 5 lecteurs et auditeurs de metronews et de Radio Star dans sa permanence de campagne lundi dernier. Sécurité, transports, économie, le challenger à la mairie de Marseille a répondu aux interrogations de ces cinq Marseillais.

Fouad, 34 ans, directeur de recherche : pour la deuxième fois consécutive, un sondage vous place en seconde position . Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Très combatif. Les sondages avec deux points d’écart au deuxième tour, ça ne veut absolument rien dire. C’est le premier tour qui compte avec notamment le report de voix. Dans la configuration des élections municipales, la fusion de listes est un avantage pour moi, car je peux récupérer plus de voix que le sondage ne l'indique. Mais j’aimerais, en attendant, que Jean-Claude Gaudin se lance enfin dans la campagne aussi. Aujourd’hui, il évite le débat.

Fouad : vous parlez de rassemblement, mais la gauche part en ordre dispersé au 1er tour avec les listes de Pape Diouf et du Parti radical de gauche . N’est-ce pas un handicap ?
Il y a trop de divisions, trop de listes. Mais c’est difficile de convaincre tout le monde dès le premier tour. Le PRG, qui pompe un point, pff, je ne sais pas à quoi ça sert. Quant à Pape Diouf, il n'a pas communiqué son programme. C’est compliqué.

"Je préfère une femme 1ère adjointe"

Sébastien, 30 ans représentant dans une entreprise de vente de fenêtres : jusqu’où êtes-vous prêts à négocier ?
Pour négocier, il faut déjà avoir 5 %. Pour se maintenir 10 %, et pour négocier 5 %. Le PRG, pour l’instant, certainement pas. Si en plus, c’est un PRG sous l'influence de Guérini, je ne ferai pas de fusion. Mais évidemment, avec tous les autres, vous pouvez discuter.

Sébastien : si vous êtes maire, avez-vous déjà le nom de votre 1er adjoint ?
Non. Je ne donnerai pas le nom d’un 1er adjoint. Je sais juste que je serai maire à plein-temps, donc j'ai besoin d’un 1er adjoint qui travaille avec moi tout le temps. Ceux qui sont parlementaires, maires de secteurs, ou vice-président de conseil général ne peuvent pas l’être. Le 1er adjoint, c’est pour moi, soit un jeune retraité, soit quelqu’un de plus jeune qui accepte d’arrêter de travailler. Je préférerais une femme.

"Je veux baisser le nombre d’employés municipaux"

Fouad : vous entendez mettre fin à la cogestion entre la ville et le syndicat Force ouvrière dans les affaires de la ville. Qu’entendez-vous par le mot cogestion ?
C’est la manière dont le syndicat s'immisce dans les affaires de la mairie. Prenez par exemple, les gardiens de parc. Aujourd’hui, il n’y en a plus. Autre exemple la bibliothèque de l’Alcazar dans le centre-ville. Elle ouvre de 11 heures à 18 heures. Il y a un vrai problème lié à la cogestion. Ça fait 2 ans que le directeur est parti. Du coup c’est un délégué FO qui dirige. Et ça fait 2 ans que personne n’a été nommé, qu’il n’y a plus de créations de postes.

Fouad : que comptez-vous faire pour y remédier ?
Je veux avant tout baisser le nombre d’employés communaux. Pour éviter de trop le baisser, je compte professionnaliser l’emploi communal. Aujourd’hui quand on recrute quelqu’un, on embauche un employé municipal sans titre. Moi je veux par exemple recruter un employé municipal serrurier, vitrier, gardien de square, etc. Quand je suis devenu maire de secteur, il a été impossible de faire remplacer une serrure car personne ne savait le faire ! Du coup on fait appel aux entreprises privées.

Sébastien : en combien de temps comptez-vous mener ce chantier ?
On est 12 000 employés municipaux. 500 personnes partent chaque année. Il va y avoir 2500 départs à la retraite en 6 ans. Sur les 2500 départs, je compte en remplacer 1000 et recruter par exemple 400 Atsem pour les écoles communales, ainsi que 300 policiers municipaux. Ça fait 1700. Ça fait une économie de 800 postes et une économie de 5 % de la masse salariale au bout de six ans.

Marie, 63 ans, retraitée de l’enfance handicapée : Marseille connaît de fortes disparités en termes d’impôts pour les habitants. La situation peut-elle évoluer ?
Il y a des problèmes de zonage. C’est vrai. Avant j’habitais à Noailles, je payais 1000 euros de taxes d’habitation, maintenant j’habite aux Vallons de Auffes (dans le 7ème arrondissement) et je paye 900 euros. Jean-Claude Gaudin n’a rien fait pour que ça change. Maintenant, la loi l’impose. On fera une révision sur dix ans. C’est un gros bouleversement.

"Nous avons 30 ans de retard"

Alain, 50 ans, salarié : de plus en plus d’entreprises marseillaises, comme les Moulins Maurel, sont en difficulté. Que comptez-vous faire pour les aider ?
Il y a eu un problème dans l’accompagnement des entreprises, mais il faut reconnaître que des cycles d'activité se terminent. Moi je veux bien me battre pour préserver des entreprises mais il y a des fermetures qu’on ne peut pas empêcher. Lyon a des entreprises qui ferment aussi, mais à côté, il y en a plus qui ouvrent. La question est de savoir comment recréer du développement économique. Si on ne peut pas sauver les Moulins Maurel, il faut proposer autre chose.

Alain : comment ?
La première chose est de créer un conseil stratégique autour du maire pour réunir tous les acteurs de l’économie. Il faut ensuite créer de la foncière pour réserver des terrains. Jean-Claude Gaudin a fait 7 hectares pour les entreprises, Collomb à Lyon en a fait 120 dans la même période. Il faut donc faire la révision du Plan Local d’Urbanisme (PLU). C’est nécessaire pour définir les zones d’entreprises. Je propose aussi de faire du marketing territorial. Pour que l’on favorise les secteurs d’activité où on est fort. Nous avons à Marseille des brevets dans le domaine médical. Il faut par exemple un génopôle à Luminy avec 7, 8 10 entreprises qui se soutiennent, qui sont les clientes les unes des autres.

Alain : en combien de temps comptez-vous développer ces mesures ?
On a 30 ans de retard ! On ne pourra pas tout régler au terme de deux mandats, mais les bases seront posées. Il manque 50 000 emplois à Marseille. La situation est très difficile. Je n’ai pas de baguette magique, mais moi je veux être un maire chef d’entreprise.

Sabine, 34 ans, directrice d’association pour l’enfance : l’une des conditions au rayonnement de la ville, c’est le bien vivre ensemble et la question de la sécurité, comment comptez-vous agir sur cette question ?
La responsabilité du maire, c’est avant tout la prévention de la délinquance. Je réactiverai le conseil local de la prévention de la délinquance. Il existe mais il ne se réunit jamais. Ensuite, il y a la police municipale. Elle n’est pas là pour lutter contre le trafic de drogue, mais pour faire appliquer les règlements municipaux. C’est très important parce que ça fait partie du sentiment de sécurité sur plein de sujets comme la désagrégation du centre-ville, avec les mecs qui boivent dans la rue, les marchés pas contrôlés, ou encore le problème des nuisances sonores autour des boîtes de nuit. Moi, quand je sortais en boîte, j’essayais de trouver une copine et vers 1 heure du matin, je rentrais. Maintenant, les gens commencent à sortir à 1 heure du matin. Donc la police municipale doit être doublée. Elle doit travailler la nuit en étant armée.

Sabine : mais il y a aussi une autre forme de délinquance à Marseille plus violente…
Il y a le travail du maire et le travail en lien avec l’Etat. J’ai tanné Manuel Valls pour remettre les policiers qu’on nous avait enlevé, 400 ! Valls les a remis. Ce n’est pas la solution générale, mais le nombre influe. Moi mon idée générale, c’est que dans une ville, il faut lutter contre le communautarisme, contre le fractionnement. Je n’accepterai pas les ghettos et les écoles qui en souffrent. Il faut un travail sur la carte scolaire. On a mis des gens dans un ghetto et on les a laissés.

"Gaudin n’a jamais été professeur comme il le prétend"

Sabine : et que comptez-vous faire pour les rythmes scolaires ?
Nous sommes en février et le budget n’a pas été voté. Celui qui gagnera doit le voter, mais on ne connaît encore pas l’investissement sur le périscolaire. Le rythme scolaire n’est pas de la responsabilité de la mairie. Le maire est informé sur les horaires. Mais il ne faut pas confondre la réforme de Peillon et le périscolaire. C’est ce dernier point que l’on doit faire évoluer. Mon objectif est d’ouvrir les écoles de 7h30 à 18h30. D’accueillir les enfants pour servir des petits-déjeuners. Les parents auront ainsi plus de facilités pour aller à leur travail. En fin de journée, si l’école ferme à 16h20, il faut chercher les gosses et s’il n’y a pas de nounous ou les moyens pour une école privée, ça devient difficile. Ce que je compte faire, c’est faire un plan éducatif de territoire. C’est-à-dire, regrouper les moyens de la municipalité avec nos musées et nos cinémas et les mettre à la disposition des écoles.

Sabine : oui mais certains quartiers ne bénéficient de ces structures…
Mais vous l’aurez… Mais on ne peut pas m’en vouloir de ne pas les avoir créées. On en a encore plus besoin de ça dans les secteurs populaires.

Alain : vous et Jean-Claude Gaudin êtes deux fortes personnalités. Mais au fond qu’est-ce qui vous différencie ?
La différence, c’est que moi j’ai une volonté pour Marseille et lui, a une volonté pour lui. Il dit vouloir mourir sur scène, c’est, je pense, une référence, à Dalida, mais c’est terrifiant. Moi je ne veux pas raconter de blagues. Gaudin n’est pas Escartefigue et moi je ne suis pas César. Et l’histoire n’est pas écrite par Pagnol. Je ne veux pas jouer au professeur comme il le fait. D’ailleurs il ne l’a jamais été comme il le prétend ! Pour être professeur, il faut un diplôme, il n’a même pas le bac. Je pense qu’il était répétiteur dans l’enseignement privé à une époque où on autorisait en définitive à avoir un certain statut. (Contacté l'entourage de Jean-Claude Gaudin précise que le maire est issu de l'enseignement catholique libre sous contrat. Après plusieurs inspections, il a été certifié par l'Education nationale, ce qui lui a permis d'enseigner de 1962 à 1978). 
 

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