Petite, moyenne ou grande ville : trois maires racontent leur "sacerdoce"

Petite, moyenne ou grande ville : trois maires racontent leur "sacerdoce"

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MUNICIPALES - Branle-bas dans les 36.769 communes de France. Les postulants aux municipales des 23 et 30 mars ont jusqu'à jeudi soir 18 heures pour déposer leur candidature dans les préfectures. A cette occasion, metronews s'est penché sur l'activité des maires : sacerdoce ou sinécure ? Trois d'entre eux, élus de communes de moins de 2 000, de 20 000 et de plus de 150 000 habitants, racontent les joies et les peines du "métier".

Michel Desprez, maire (sans étiquette) de Nuillé-sur-Vicoin (Mayenne), 1250 habitants :

"On nous sollicite pour tout"

Après deux mandats, en tant qu'adjoint puis en tant que maire, je ne me représente pas cette année. A 70 ans, j'estime qu'il faut laisser la place aux jeunes. De plus, être maire prend du temps : je n'ai pas pris plus de huit jours de vacances par an ! Je suis surtout de plus en plus traumatisé par les nombreuses responsabilités qui nous incombent. Prenons l'exemple des nouveaux rythmes scolaires : dans une petite commune comme la mienne, trouver des animateurs acceptant de faire des kilomètres pour venir une heure pas semaine a été un casse-tête terrible.

D'autre part les gens, qui ne font pas la différence entre ce qui relève de la commune ou de l'Etat, ont de plus en plus d'exigences vis-à-vis du maire. On nous sollicite pour tout : j'ai même une femme qui est venue me voir parce que son mari la trompait et qu'elle voulait que je le fasse arrêter ! Pour répondre aux diverses requêtes, il faut sans cesse demander des avis juridiques. Très souvent par exemple, les gens considèrent à tort que c'est à la mairie de réaliser des travaux d'électricité ou d'eau dans leur propriété... 

Cette activité a aussi, bien sûr, de bons côtés. Pour mettre en place un Plan local d'urbanisme (PLU) comme nous venons de le faire, il faut décider quels terrains on va placer en zone à construire ou en zone artisanale, tout en prenant soin de préserver les terres agricoles. C'est une grosse responsabilité mais c'est passionnant. Faire des choses reconnues par les gens, comme l'amélioration des réseaux d'eau ou du chemin pour se rendre au cimetière, c'est aussi très gratifiant.

Sylvie Bonnin, maire (sans étiquette) de Lagny-sur-Marne, 20 300 habitants :

"C'est la 'mère' de la commune"

"Etre maire, c'est rester disponible 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, avec des responsabilités énormes. Et c'est de plus en plus compliqué.Aujourd'hui, lorsqu'un enfant tombe dans la cour d'école, les parents attaquent. Pour les habitants, le maire est responsable de tout. Il doit trouver un logement, un emploi, et même boucher les trous ou faire attention à ce que la peinture soit nickel dans les écoles ! C'est la "mère" de la commune, alors qu'un député ou un sénateur reste loin dans les esprits.

Notre activité a été rendue plus difficile ces dernières années à cause des baisses budgétaires. Peut-être que les villes vivaient un peu trop à coup de subventions pour financer leurs projets. L'Etat donne de moins en moins, la région encore moins et le Conseil général plus du tout. Dans mon prochain budget, je n'augmente pas les impôts et je diminue la dette, mais il faut y aller tout doucement.

J'aime particulièrement aller à la rencontre de la population. En ce moment avec la campagne pour ma réélection, je multiplie les "soirées appartement" en petit comité. Résultat, je travaille de 12 à 15 heures par jour et c'est compliqué pour la vie de famille - ça a toujours été le cas -, mais ces moments d'échange sont extrêmement plaisants. Mon engagement a toujours été citoyen. Ouvrir une crèche ou le centre de loisirs, c'est mon grand plaisir. Il faut réfléchir, anticiper l'avenir avec de gros projets sur 20 ans. Car une ville qui ne bouge pas, c'est une ville qui meurt."

Michel Destot, député-maire (PS) de Grenoble, 157 000 habitants :

"Le maire est amené à voyager beaucoup plus"

"Je quitte la mairie cette année. Après deux réélections, il était temps de renouveler les équipes et je m'étais engagé à respecter le non-cumul des mandats. En 19 ans, Grenoble s'est métamorphosée, avec notamment beaucoup d'innovations dans les domaines éducatif et culturel. Dans le même temps, l'activité des maires des grandes villes, dont je préside l'association, a fortement évolué. Les métropoles se sont ouvertes le monde, se sont affirmées autour de pôles de compétitivité, de recherche. Les enjeux de développement économique ont pris beaucoup d'importance, le tout à articuler avec les impératifs de solidarité sociale et l'émergence des questions liées à l'environnement.

Le maire est donc amené à voyager davantage pour voir ce qui se fait ailleurs, et à engager des opérations beaucoup plus importantes en matière d'investissements. Regardez les transports dans les agglomérations : toutes se sont dotées de réseaux de tramway ou de métro, et cela a engendré des transformations radicales en terme d'aménagement urbanistique.

Etre maire, c'est aussi une charge, indiscutablement, avec ses moments de bonheur mais aussi ses drames. Jusqu'au soir de ma vie, je me souviendrai de ce terrible accident de décembre 1995, lorsque six élèves d'une école privée de Grenoble étaient morts avec leur accompagnatrice, pris au piège par une montée brutale des eaux du Drac. Je retiens aussi des moments magiques, comme lorsque nous étions au sommet des Ecrins pour une opération en haute montagne en faveur des jeunes des quartiers. Etre maire est un engagement extrêmement fort, passionnant."  

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