Pourquoi Emmanuel Macron veut-il "tourner la page des cinq dernières années" de vie politique ?

Pourquoi Emmanuel Macron veut-il "tourner la page des cinq dernières années" de vie politique ?
Élections Municipales 2020

TABLE RASE - Lors d'une conférence de presse, mardi, Emmanuel Macron a tapé fort sur ses concurrents et averti ses soutiens politiques : ralliement ne vaut pas investiture. Pourquoi ce coup de semonce et cette clarification à quatre semaines du premier tour ? Eléments de réponse.

Depuis quelques jours, Emmanuel Macron prévient : son mouvement n'est "pas une maison d'hôtes". Celui qui ouvrait largement les bras depuis un an semble désormais vouloir resserrer l'étreinte, quitte à devenir plus étanche aux nouveaux venus. Le hasard faisant toujours bien les choses, il a choisi le jour où Manuel Valls devait s'entretenir avec ses soutiens en vue d'un hypothétique ralliement à En Marche pour sortir les griffes lors d'une conférence de presse.

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Dans son allocution, l'ancien ministre de l'Economie de François Hollande a égréné des propositions susceptibles d'éloigner efficacement les tenants de ce qu'il appelle "la vieille politique", de ceux qui ont déjà cumulé plus de trois mandats (la frontière édictée par En Marche pour être investi aux législatives) à ceux qui auraient un casier judiciaire, une activité de conseil en parallèle de leur mandat parlementaire ou encore un membre de la famille dans les bureaux de l'Assemblée. Bref, de quoi faire un brin de ménage dans le monde politique quand tant de caciques de droite et de gauche se pressent autour d'Emmanuel Macron, échappant à Benoît Hamon ou à François Fillon. Le candidat s'explique d'ailleurs : 

Notre objectif est de tourner la page des cinq dernières années, et plus largement des vingt dernières années avec les pratiques politiques qui les ont accompagnées- Emmanuel Macron

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Mais pourquoi cette mise au point dans la dernière ligne droite avant le premier tour ?

  • 1Une riposte stratégique à François Fillon et Marine Le Pen

    Face à la candidature d'Emmanuel Macron, identifié comme leur adversaire principal, François Fillon et Marine Le Pen ont adopté une stratégie similaire : faire de lui le successeur de François Hollande, et de son programme, la continuation du quinquennat qui s'achève. Le candidat de la droite le qualifiait lundi de "dauphin" du chef de l'Etat, le plaçant au centre de la théorie du complot qu'il déploie depuis plusieurs jours, expliquant que le pouvoir exécutif est à l'origine des poursuites contre lui. Depuis le premier débat télévisé, Marine Le Pen dépeint quant à elle Emmanuel Macron en héritier de François Hollande, qu'elle qualifie désormais de "Jean-Claude Van Damme de la politique", en référence à l'acteur dont personne ne comprend les propos alambiqués. A ce titre, Emmanuel Macron se devait de réagit promptement, quitte à fâcher ceux qui portent le bilan du quinquennat tout en lui apportant leur onction.
  • 2Une façon de se débarrasser des ténors socialistes, dont Manuel Valls

    Pour prouver qu'il n'est pas l'héritier du quinquennat de François Hollande, Emmanuel Macron doit se débarrasser de ses grandes figures. A commencer par l'ancien Premier ministre Manuel Valls, qui hésite sur la conduite à suivre - le soutenir ou pas - depuis que ce dernier a fermé la porte à Benoît Hamon. Et plus généralement, les encombrants soutiens des caciques socialistes dont certains ont plus de 30 ans de vie politique - ce qui ne cadre pas vraiment avec sa promesse de renouvellement. "Nous n'avons pas fait tout cela pour continuer à faire pareil avec les mêmes", explique-t-il d'ailleurs. "Un soutien vaut une voix, pas une investiture, pas une modification de notre programme".
  • 3Séduire les 40% d'indécis pour consolider son électorat

    Plusieurs sondages ont montré que les électeurs étaient plus que jamais indécis quant à leur choix de premier tour. Connaissant le risque que son propre socle électoral ne soit pas suffisamment robuste, Emmanuel Macron veut s'adresser à ceux qui rejetteraient le système politique actuel au point de ne plus voter. Il avertit d'ailleurs que c'est à eux qu'il s'adressera désormais, presque exclusivement, jusqu'à la veille du premier tour.
  • 4Construire une majorité cohérente

    Les détracteurs d'Emmanuel Macron n'ont de cesse de pointer du doigt le fait que le candidat d'En Marche devra gouverner avec des alliances de circonstance si son propre mouvement n'est pas majoritaire aux législatives de juin. S'il balaye cet argument, assurant que les Français "iront jusqu'au bout de leur logique" s'il est élu à la présidence de la République, il préfère baliser le terrain. Et pour cela, il veut s'assurer que les ralliements déjà réalisés sous son nom ne servent pas plus tard la cause des appareils politiques existants, du PS à LR en passant par l'UDI et le Modem. Aussi, alors qu'il affirmait depuis le début qu'En Marche était un mouvement "hors système" auquel on pouvait adhérer sans quitter sa formation d'origine, il vient de donner un cadre juridique précis à la futur majorité, qui ressemble franchement à un parti politique : "Chaque candidat sera investi sous la bannière de la majorité présidentielle, et non sous l'ancienne étiquette. Il n'y aura aucun accord d'appareil". Idem pour les ministres de son gouvernement, qui seront choisis "pour leurs compétences et non pour leur supposé poids politique". Emmanuel Macron veut ainsi endiguer la constitution d'alliances avec ou contre lui, qui pourraient rendre l'exercice du pouvoir très délicat. Mais peut-il vraiment y parvenir ?

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