"Vous mentez aux gens" : après avoir tancé Florian Philippot en direct, le jeune étudiant reçoit des messages racistes

"Vous mentez aux gens" : après avoir tancé Florian Philippot en direct, le jeune étudiant reçoit des messages racistes

BUZZ - Un jeune étudiant de Clermont-Ferrand, qui a été confronté dimanche dernier au porte-parole du Front national lors de l’émission "C politique" sur France 5, milite pour le vote Macron. Sa prestation a fait le buzz mais lui a aussi attiré nombre de messages racistes ou insultants.

"S'abstenir, vraiment ?" Au lendemain du premier tour, Pierre a publié une tribune sur sa page Facebook. Inquiet, il y questionnait la démarche de l’abstention. Disait sa peur du Front national. Et appelait clairement à voter contre Marine Le Pen et le FN. Tout a commencé par cette tribune. "C'est un peu dingue", souffle Pierre, au téléphone. Parce que oui, l'histoire s'est emballée.

Pierre Bussière, 23 ans, est étudiant en Droit Sciences politique à Clermont-Ferrand. Il a voté Benoit Hamon au premier tour de la présidentielle. Sa publication a un peu tourné, vue un millier de fois... et a fini par atterrir dans le fil actu du programmateur de l'émission C Politique, sur France 5. Qui a invité  le jeune garçon à se confronter à... Florian Philippot lui-même, dimanche dernier. "Ma position est de dire que l'abstention fait le jeu du FN, et il trouvait intéressant qu'un militant de Hamon défende ce point de vue-là", raconte Pierre à LCI.

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Vous les trompez, vous manipulez la vérité- Pierre Bussière

Dimanche donc, sur le plateau, en face du journaliste Bruce Toussaint et du porte-parole du Front national, le jeune étudiant, par ailleurs très engagé dans la campagne du candidat socialiste, ne s’est pas démonté. "Je suis heureux d’être confronté à vous, en tant que Français né en Ethiopie, ayant passé mon enfance dans un petit village rural du Puy-de-Dôme puis dans une grande ville", a-t-il commencé en s'adressant à Florian Philippot. "En tant que citoyen et militant de gauche, c’est l’occasion pour moi de vous exprimer toute la colère que m’inspire votre parti". 

Il a d’abord dénoncé la "stratégie" du Front national : "Trouver coûte que coûte des coupables, des boucs émissaires. Vous êtes au chômage, c’est de la faute des immigrés ; vous êtes en insécurité, c’est de la faute des musulmans ; vous avez moins de pouvoir d’achat, c’est de la faut de l’euro", a-t-il poursuivi. "Et pour faire avaler toutes vos bêtises et vos absurdités, vous mentez aux gens, vous les trompez, vous manipulez la vérité, dans vos meetings, sur vos tracts, sur internet. Vouloir imposer sa vérité et sa vision du monde, en dépit de toute réalité objective, c’est une des caractéristiques du fascisme  !"

Une tirade à laquelle Florian Philippot n’a pas su vraiment répondre, et qui a très vite fait le tour des réseaux sociaux. La vidéo a été vue plus d’un million de fois via différents sites internet.

Sur le coup pourtant, Pierre Bussière est sorti frustré de l'émission. "Je devais avoir 3-4 minutes. J'avais envoyé mon intervention avant, les retours étaient positifs même si on m'avait demandé de raccourcir la fin. Mais ce que j'ai réussi à dire, c'était en quelque sorte l'introduction de l'introduction", raconte-t-il.  "Mais à la fin, quand c'était mon tour de parler, il ne restait plus beaucoup de temps. Je n'ai pu échanger avec Florian Philippot, ni répondre sur l'argument qu'il a sorti du "On n'est pas racistes, Mayotte a voté pour nous'", dit-il. Aléas du direct, frustration de la télévision... Il rentre chez lui, "hyper déçu". Avec l'impression que son message - Non, Macron ce n'est pas pareil que Marine Le Pen -, n'est pas vraiment passé.

Sauf que, magie des Internets, pendant la nuit, son message a grandi, de manière exponentielle. Repris sur plusieurs sites, le buzz est parti.  "Du coup, j'ai été très surpris que cette petite partie de mon intervention fasse le buzz", raconte Pierre après coup. "Pour moi, cette partie là sans tout le reste n'avait pas de sens. Mais tant mieux !" Surtout que les effets ont été démultipliés. Depuis lundi, il a reçu plus de 330 messages en privé, "beaucoup de remerciements, c'est un peu hallucinant...". Certains l'ont vraiment touché. "Le dernier en date, c'était celui d'un curé de campagne, du fin fond de la Bretagne, qui m'a dit qu'il n'avait jamais été aussi fier d'avoir la même nationalité que moi, d'être de la même Nation que moi." 

Dans le tas, il a aussi reçu une vingtaine de messages d'insultes, ouvertement racistes. Il en a publié un sur son compte. Juste pour montrer. "Pour ceux qui hésitent encore pour dimanche... Pas raciste alors, vraiment ?", s’est-il contenté d’écrire en haut de la publication. "En quelques lignes, il arrive à joindre la famine, l'Ethiopie, les dents longues", détaille Pierre. Il préfère presque en rire. Ou en tout cas ne pas en vouloir. "Je n'ai pas forcément de haine. Je me dis que ces gens-là viennent nourrir mon propos : le FN a beau avoir changé sa devanture, l'arrière boutique reste la même : xénophobie, haine de l'autre, repli sur soi..."

Depuis ce grand succès, Pierre continue de faire passer le message sur sa page Facebook, reprend les mêmes arguments. "Le Front national continue d’user de la même stratégie, avec ce même invariant psychologique. Trouver une causalité, des responsables, des boucs émissaires qui puissent décharger chaque individu du poids de sa propre responsabilité et lui permettre ainsi de retrouver l’estime de lui-même… dans la dévalorisation et la haine de l’autre", analysait-il ainsi le lundi 24 avril. Pour lui, la seule opposition possible est claire : "D’abord, le 7 mai, un bulletin Macron". Car le jeune homme s'inquiète : "Eu égard au nombre croissant de mes amis qui comptent aller voter blanc ou qui comptent s'abstenir, nous ne sommes pas à l'abri de laisser la République aux fascistes. N'a-t-on donc aucune conscience historique ?"

Dans d’autres posts publiés après le premier tour des élections, Pierre Bussière en appelle directement aux abstentionnistes. "Pour votre petit confort moral et pour garder votre 'pureté', vous attendez donc qu'on soit responsable à votre place ?", lance-t-il. "Qu'on mette la main dans le cambouis à votre place ? Ou bien espérez-vous secrètement que l'extrême-droite prenne le pouvoir ? Quelle confusion. Quelle inconséquence. Les fascistes n'ont plus qu'à tendre les bras pour récupérer la République."

Malgré son appel à voter Emmanuel Macron, le jeune homme n’entend pas pour autant donner un blanc-seing au candidat d’En Marche!. Le choix se fait juste par défaut. "Malgré nos profonds désaccords, il n’est ni raciste, ni homophobe, ni islamophobe, ni xénophobe. Marine Le Pen et le Front national, si." Voter d'abord, mais se mobiliser ensuite, prédit-il. "L’austérité alimentant et légitimant pour partie le discours du FN, il faudra aller protester à chacune des mesures antisociales de Macron. Parce qu’au moins, avec lui, on aura encore le droit et la liberté de manifester…"

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