Il distance Hamon et devance Fillon dans les sondages : et si Mélenchon gagnait son pari ?

PRÉSIDENTIELLE 2017- Le candidat de la France insoumise surfe sur une dynamique indéniable, illustrée par de récents sondages et une affluence populaire à l'impact encore difficile à mesurer. Reste maintenant à concrétiser cet élan dans les bureaux de vote.

"Mélenchon bondit dans un sondage" ; "Les écarts se resserrent entre Macron, Le Pen, Fillon et Mélenchon" ; "Mélenchon talonne Fillon". Les titres d'articles reprenant les dernières études d'opinion se suivent et se ressemblent, pour le candidat de la France insoumise. Une percée observée depuis qu'il a investi, avec ses soutiens, la place de la République, le 18 mars, à Paris (130.000 personnes selon un décompte gourmand de ses soutiens). 


Crédité de 11% des intentions de vote dans les sondages (OpinionWay, Ifop) avant le premier débat présidentiel, le 20 mars, Jean-Luc Mélenchon en recueillerait désormais au moins 15% : vendredi 7 avril, il était même donné à égalité avec François Fillon, à 19%, selon BVA, tandis que les deux favoris du premier tour, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, étaient mesurés à 23%, légèrement en baisse. Mieux encore, un sondage exclusif de LCI le place désormais devant François Fillon, soit à 18% (1 point de plus que le candidat LR).


La percée, à prendre évidemment avec des pincettes, est encore plus spectaculaire si l'on se réfère au lendemain de l'élection de Benoît Hamon à la primaire du PS, où il avait été mesuré à 9%.

Des vases communicants avec le PS

A vue d'oeil, cette évolution trouve son origine dans l'affaissement de Benoît Hamon, qui a connu son heure de gloire au lendemain de son triomphe à la primaire, le 29 janvier. Mesuré alors à 18%, il n'a cessé de dégringoler depuis, à mesure que Jean-Luc Mélenchon rejetait ses appels à l'union, refusant de "négocier quoi que ce soit" (Le Havre, 29 mars) ou expliquant vouloir prendre en étau le PS en jouant les casse-noix avec Emmanuel Macron ("et au milieu, ça fait de l'huile", s'amusait-il en janvier).


Mais dans l'entourage du candidat, on prend cette arithmétique avec des pincettes. "Il faut arrêter de croire que les électorats s'additionnent", prévient Danielle Simonnet auprès de LCI, qui note que l'effritement de Benoît Hamon prend aussi sa part dans le départ des électeurs "vers Emmanuel Macron".

Malgré tout, le député européen bénéficie-t-il de la méfiance de l'électorat de gauche vis-à-vis du Parti socialiste ? C'est ce que pense le politologue Thomas Guénolé, qui estime auprès du Figaro que les changements apportés au revenu universel en cours de campagne pour complaire, en vain, à l'aile droite du Parti socialiste, ont ravivé chez les potentiels électeurs socialistes le souvenir douloureux du discours du Bourget. De quoi faire basculer une majorité de l'électorat hollandais en 2012 en faveur de Jean-Luc Mélenchon, selon les chiffres d'OpinionWay repérés par la chercheuse Chloé Morin pour L'Obs.

Les sondages pris avec des pincettes

Dans l'entourage du candidat des Insoumis, en tout cas, on savoure. "Il se passe quelque chose", jugeait Eric Coquerel le 1er avril sur Europe 1, notant un avant et un après débat du 20 mars. "Il était au-dessus de la mêlée. Les gens se sont aperçus qu'il avait la carrure, qu'il avait la stature", enfonce Danielle Simonnet.


 Le 4 avril encore, après le débat à onze, Elabe le plaçait en tête des candidats les plus convaincants. Auprès de Public Sénat, son porte-parole Alexis Corbière voit dans son champion un "écho à des citoyens qui pensaient s'abstenir ou qui aimeraient la reconnaissance du vote blanc". Mais l'enthousiasme ne se limite pas aux bons sondages. Même si "c'est agréable que les horoscopes soient bons", rigole Danielle Simonnet, Alexis Corbière délaisse cet instrument de mesure pour évoquer les "360.000 Insoumis" inscrits sur le site du candidat, dont "70.000 sur les quinze derniers jours", mais aussi ces meetings où on rassemble large, comme à Marseille (70.000 personnes selon les organisateurs), ou on refuse du monde....

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Mélenchon, le futur vote utile ?

La dynamique a permis - en tout cas dans les sondages - à Jean-Luc Mélenchon de "rattraper et dépasser" François Fillon. "Si nous le doublons, il n'y aura plus de vote utile qui tient", estimait Eric Coquerel sur Europe 1, le 1er avril. Et le deuxième tour, pour l'instant bien loin (Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont donnés huit points devant lui), sera alors une perspective réaliste. 


Pour ce faire, une cible et une seule : les indécis, ces électeurs pas certains de se déplacer à l'élection présidentielle. "Là, on fédère le peuple", reprend Danielle Simonnet, qui estime que Jean-Luc Mélenchon peut également rallier au-delà du clivage droite-gauche. "Quand vous parlez avec des chauffeurs Uber, vous leur parlez de casse sociale, de dérégulation et des réponses qu'on a à leur offrir sur ce sujet. La gauche de la gauche, ça ne leur parle pas." De quoi assumer le fait de demander aux anciens militants de ne pas rapporter leurs drapeaux du Parti communiste ou de chanter un peu moins fort L'Internationale et un peu plus fort La Marseillaise.


Un ralliement à opérer pour éviter de renouveler l'expérience de 2012, où Jean-Luc Mélenchon avait également été mesuré autour de 16%, quelque temps avant le premier tour, avant de s'affaisser dans la dernière ligne droite, vote utile oblige, pour retomber à 11%. Cette fois, le vote utile, c'est lui qui veut l'incarner.

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Jean-Luc Mélenchon, l'"insoumis"

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