Présidentielle 2017 : quels enjeux pour Marine Le Pen et le Front National ?

ÉLECTIONS EUROPÉENNES 2019
DÉCISIF – Promise à un succès le 23 avril au soir du premier tour, Marine Le Pen sait qu’elle joue gros lors de l’élection présidentielle à venir. Quel score obtiendra-t-elle ? Atteindra-t-elle, comme c’est attendu et annoncé, le second tour du 7 mai ? Revue de détails des enjeux du scrutin pour la candidate du Front National.

Bientôt l’heure de vérité. Alors que le scrutin présidentiel du 23 avril prochain approche à grand pas et qu’une grande partie de la France retient son souffle, Marine Le Pen et le Front National (FN) attendent avec impatience d’en découdre. Il faut dire que le parti populiste et sa présidente sont, comme jamais auparavant, promis à un score record au soir du premier tour du 23 avril, qui les placerait théoriquement en première position. La candidate de 48 ans devrait en tout cas confirmer si ce n’est conforter ses succès électoraux de ces dernières années (voir le graphique ci-dessous). Un enjeu de taille, tant sur le plan continental que national, puisque la candidate de 48 ans pourrait, comme son père en 2002, accéder au second tour.

"L'enjeu principal de cette élection présidentielle est le suivant : 'qui affrontera Marine Le Pen au second tour ?'", juge ainsi Corinne Deloy, chargée d’études au Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences-Po Paris et analyste à la Fondation Robert Schuman. "Au cours des cinq dernières années, le Front national n'a cessé de renforcer son influence. La candidate populiste a fait la course en tête dans les enquêtes d'opinion et tous les analystes politiques anticipent sa présence au deuxième tour du scrutin présidentiel depuis déjà plusieurs années", pointe-t-elle, estimant par ailleurs que Marine Le Pen "bénéficie d'un électorat très déterminé qui se moque bien des accusations et mises en cause dont elle fait l'objet".

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Plafond de verre et cordon sanitaire

Arrivera-t-elle néanmoins à briser le célèbre "plafond de verre" souvent invoqué pour expliquer son incapacité à gagner ? "Le plafond de verre me semble être une notion avec des limites, que certains observateurs, et notamment les médias, ont mis en avant pour expliquer que Marine Le Pen n’avait jamais atteint la barre des 30%", estime Jean Yves Camus, chercheur associé à l’Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris). "Mais le plafond de verre n’a rien de fondamental. Si le FN faisait 30,5% ou 31% mais se retrouvait absolument isolé, sans aucune autre formation pour passer d’alliance, il resterait seul malgré tout, malgré son score élevé." 


Le politologue préfère d’ailleurs un autre concept, cher à Jacques Chirac, pour analyser les résultats du FN. "L’éventuelle implosion de la droite pourrait permettre de briser, non pas le plafond de verre, mais le cordon sanitaire. Et ce pour aboutir à ce que le parti frontiste soit, au moins au plan local et régional, vu comme un partenaire possible", juge le chercheur, également auteur d'un récent "Les droites extrêmes en Europe" (co-écrit avec Nicolas Lebourg, Editions du Seuil). "Pour ce faire, il faudrait sans doute voir des cadres et des élus Les Républicains appeler à voter FN. Et c’est là-dessus que bute le FN." 

La seule chose qui pourrait lui arriver de catastrophique serait de ne pas être qualifiée pour le second tourJean-Yves Camus, politologue spécialiste des nationalismes et extrémismes en Europe

"Si toutefois les sondages avaient raison et que François Fillon terminait avec un mauvais score, la recomposition pourrait s’accélérer et la tentative de faire barrage à la gauche aussi", ajoute-t-il. "Parce que, ce qu’il y a de fascinant, c’est que si Emmanuel Macron est vu comme un candidat de la droite par les partisans de Benoît Hamon, la droite le voit comme un candidat de gauche. Et même comme un candidat de la gauche libérale, cosmopolite, apatride, financière… Bref, tout ce qui est détesté par une partie de la droite." Son de cloche similaire du côté de Corinne Deloy pour qui Marine Le Pen a trouvé en Emmanuel Macron – qu’elle aime à qualifier de "mondialiste" – un "adversaire idéal". 


Rien n'est cependant acquis. Ainsi, selon une enquête Ipsos Sopra Steria pour France Télévisions et Radio France publiée mardi, qu'ils soient fillonistes, mélenchonistes ou hamonistes au premier tour, les électeurs se reporteraient tous en majorité sur Emmanuel Macron au second tour. Le ratio le plus favorable à Marine Le Pen se trouverait chez les pro-Fillon avec 26% de report de voix, contre 42% en faveur du leader d'En Marche ! et 32% ne se prononçant pas. Mais à l'inverse de ce que prédisent les sondages depuis des mois, la candidate FN pourrait-elle subir un échec dès le 23 avril ? "C'est la seule chose qui pourrait lui arriver de catastrophique", explique Jean-Yves Camus. "Ce serait une assez grosse surprise et une défaite personnelle. Mais à partir du moment où elle passe le premier tour, le contrat sera rempli. Et si son score au second tour est, comme les sondages nous le promettent, de 40% face à Macron et de 45% face à Fillon, ce ne sera pas une victoire mais un triomphe."

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Marine Le Pen perd la présidentielle

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