Qui est Benoît Schneckenburger, le garde du corps philosophe de Jean-Luc Mélenchon ?

PORTRAIT – Enseignant et docteur en philosophie, ceinture noire et professeur de karaté, Benoît Schneckenburger, le responsable du service d’ordre de Jean-Luc Mélenchon, a un profil atypique. Qu’il assume, pour le plus grand plaisir de ceux qui l’entourent durant cette campagne présidentielle.

Une phrase a retenu notre attention dans la déclaration de patrimoine publiée sur son site, par Jean-Luc Mélenchon : "Le responsable du service d’ordre bénévole qui assure ma protection au fil de l’année n’est pas mon employé. Il est enseignant, docteur en philosophie et professeur de karaté." Tiens donc. Voilà qui nous change des gros bras, envoyés par des entreprises spécialisées, qui entourent habituellement les candidats à l’élection présidentielle. On s’est donc lancé sur la piste de Benoît Schneckenburger, d’autant plus ravi de nous parler de lui qu’il vient de publier un nouvel ouvrage (son 6e), Les phrases choc de la philosophie (ed. Ellipses).

Un livre écrit en pleine campagne électorale ? Le garde du corps, 1m75 et 65 kilos à vue de nez, admet qu’il ne peut pas toujours suivre le candidat de la France insoumise. Et pour cause. "Il y a des meetings trop lointains où je ne peux pas aller quand j’ai cours jusqu’à 12h30. Donc je délègue, raconte-t-il. On a une équipe. Lors de la marche pour la VIe République, le service d’ordre et de sécurité était constitué de 600 personnes, dont 20 pour la protection rapprochée. En meeting, c’est 50 personnes minimum, et ça peut monter jusqu’à 70 pour une salle type Zénith." C’est pourtant lui le chef d’orchestre de ce ballet particulier, même quand il enseigne la philosophie au lycée Carriat de Bourg-en-Bresse. "Assurer le service d’ordre nécessite d’animer des équipes, confirme Alexis Corbière, le porte-parole de Jean-Luc Mélenchon. Benoît a beau être un véritable intellectuel, il est prêt à toutes les tâches, même celles qui sont considérées comme les moins nobles. C’est assez fascinant."

Âgé de 45 ans, pacsé et sans enfant, Benoît Schneckenburger a fait la connaissance de Jean-Luc Mélenchon au début des années 1990. "J’étais jeune militant d’extrême gauche et je côtoyais d’autres militants, rembobine-t-il. J’ai alors rencontré des gens qui militaient avec lui et j’ai été rapidement séduit par ses convictions, sa fermeté, et aussi par l’attention qu’il portait à la formation des militants." Il le suit donc au Parti socialiste en 1992… Et quitte le PS avant lui, en 1996, par conviction. "J'ai recherché une alternative à gauche. Puis j’ai rejoint le Parti de gauche quand Jean-Luc l’a créé, en 2009. Entre-temps, j’avais fait d’autres choses, comme du syndicalisme. Mais à ce moment-là, j’ai décidé de rendre mon activité strictement politique." Car, pour lui, qui a passé sa ceinture noire de karaté en 2010, tout en poursuivant ses études de philo en autodidacte, être garde du corps est "une tâche politique comme une autre".

"Je ne pourrais pas assurer le service d’ordre de Macron ou de Le Pen"

Il s’en explique : "Par exemple, Jean-Luc Mélenchon  est actuellement suivi par des officiers du ministère de l’Intérieur. Qui sont donc garants d’une sécurité uniquement physique et corporelle du candidat. Moi, j’estime que je dois aussi protéger l’intégrité politique du message des provocateurs qui voudraient le faire taire. Seuls des militants peuvent le faire. Il faut avoir une bonne connaissance du terrain politique. Identifier que ce groupe-là est de telle mouvance, qu’ils ont telle ou telle position sur tel sujet, qu’aujourd’hui on se ressemble sur telle thématique et que c’est leur dada… C’est une approche politique, et plus seulement sécuritaire. Je ne pourrais pas assurer le service d’ordre de Macron ou de Le Pen."

Dans une situation un peu chaude autour de Jean-Luc Mélenchon, privilégie-t-il l’usage de la philosophie ou celle du karaté, qu’il a aussi enseigné ? "Sa singularité, c’est sa sagesse, décrit Alexis Corbière. La sécurité, chez lui, c’est d’abord une question méthodique. Il n’y a pas d’excitation. C’est ce qui l’amène à garder sa lucidité dans des moments où il faut prendre des décisions très rapidement. Pour empêcher telle personne de s’approcher, parce qu’il veut absolument parler à Jean-Luc, ou prendre un selfie, ça passe plus souvent par quelques mots. Tout ça nécessite du doigté et de l’humanité. Benoît reste philosophe même dans ces cas-là. Il est très cohérent comme individu. C’est même ce qui fait sa force. En dehors de ses fonctions aussi, c’est un garçon calme et réfléchi. Alors que Jean-Luc Mélenchon ou moi, on est plutôt des Méditerranéens."

Jean-Luc Mélenchon l'appelle "mon philosophe de poche"

Ce contraste n’empêche pas les vifs échanges, Benoît Schneckenburger révélant qu’il lui arrive souvent de débattre avec le candidat : "Pas plus tard qu’après le meeting sur la journée de l’Écologie, qui a eu lieu au Parc Floral (le 25 février, ndlr), comme c’est moi qui suis allé le récupérer et l’amener, on est passé devant le donjon de Vincennes, où je lui ai parlé de la rencontre entre Rousseau et Diderot, la question du matérialisme… On a parfois des discussions animées, sur le plan philosophique. Jean-Luc est plus stoïcien et moi plus épicurien (rires). J’essaye de lui montrer que si le stoïcisme est une certaine pensée de la liberté, cette liberté n’est pas assez conséquente. Et lui, qui est fin connaisseur des textes de Marc Aurèle, argumente en disant que la vertu du stoïcisme, c’est de penser l’action dans le possible. C’est une réaction politique. Mais ça ne dégénère jamais en engueulades, seulement en plaisanteries. On est plutôt bons vivants (rires)." Pour lui, et donc pour Épicure, la liberté devrait aller jusqu'à s'affranchir des notions d'argent, de faim, de manque de temps...

Celui que Jean-Luc Mélenchon surnomme affectueusement son "philosophe de poche", qui s'occupe aussi des questions de laïcité et d'anti-racisme au Parti de gauche, prend toutefois bien garde à ce que la politique n’interfère pas avec ses autres activités. "Mes élèves essayent toujours de me faire parler en entrant en cours. Avec Google, ils repèrent assez facilement qui je suis. Mais je refuse systématiquement, confie-t-il. En philosophie, je ne parle pas de mon engagement politique, même si la politique, l’État, la justice sont des notions philosophiques que je traite, mais avec Platon, Descartes ou Machiavel. Pas avec l’actualité. Le karaté ? Ça fait deux ans que je ne l’enseigne plus, je m’entraîne, mais je ne mélange pas les choses. Je ne vais pas recruter dans mon club de karaté quoi (rires)." Difficile, de toute façon, d’en trouver deux comme lui.

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Jean-Luc Mélenchon, l'"insoumis"

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